Plantes hygrophiles de Bretagne

Les zones humides, notamment de Bretagne, recèlent une flore spéciale, ce sont les plantes hygrophiles dont nous présentons certains spécimens.


Chargé de partenariats entreprises
Plantes hygrophiles de Bretagne

Les zones humides diffèrent suivant leur localisation géographique, leur climat, la typologie du sol qui les accueille ainsi que leur origine (naturelle (autogénique) ou créée de main d’homme (allogénique)). Elles sont ainsi l’un des milieux les plus diversifiés du monde. C’est pourquoi, nous nous contenterons ici d’un focus sur les plantes hygrophiles typiques des zones humides de Bretagne, où se trouvent plusieurs de nos forêts.

Quelles zones humides trouve-t-on en Bretagne ?

La région Bretagne accueille trois paysages principaux permettant d’abriter des zones humides : les littoraux, les fonds de vallée et, de façon plus occasionnelle, les pentes et plateaux. 

Zones humides littorales

Les zones humides littorales sont caractérisées par des eaux salées ou saumâtres. On en trouve de quatre sortes :
- La Slikke ou vasière ;
- Le Schorre ou pré-salé ;
- Le marais littoral et l’arrière-dune ;
- Le marais salant ou saline. Les marais salants de Guérande, d’une superficie de 37 500 ha, sont parmi les plus connus. 

Zones humides de pente et de plateau

Les zones humides de pentes et de plateaux sont caractérisées par la présence de dépressions et d’un substrat imperméable qui permettent le développement de milieux humides déconnectés du réseau hydrographique. On en trouve de deux sortes :
- Les mares et ceintures d’étangs ou de plans d’eau et leurs rives.
- Les tourbières.

Zones humides de fonds de vallées bordant les cours d’eau

Leur extension dépend du profil de la vallée. Plutôt resserrées dans les vallées encaissées, elles peuvent s’étendre plus largement lorsque celles-ci s'évasent. La Bretagne a un réseau hydrographique dense qui explique la forte présence de zones humides.
On estime que 15 à 20 % de la surface bretonne a été ou est encore occupée par des zones humides de bas-fonds fonctionnelles. Plus de la moitié des surfaces occupées par des zones humides se trouve en amont des bassins versants.
On dénombre sept sortes de zones humides de fonds de vallées.

La ripisylve

La ripisylve est une bande boisée qui s’étend le long des berges des cours d’eau. En Bretagne, elle peut accueillir le castor d’Europe, la loutre d’Europe, le campagnol amphibie ou encore le Martin-pêcheur.
La flore qui la compose est essentiellement représentée par l’aulne glutineux, le frêne commun, les saules, l’iris jaune et l’osmonde royale…

Iris jaune, qui es-tu ?

Iris pseudacorus est couramment appelé iris jaune ou encore iris des marais. On peut le confondre avec le Lys, d’autant plus qu’il pousse en abondance au bord de la Lys, une rivière qui coule au nord de la France et en Belgique. Ils ne sont toutefois pas de la même famille. 
Cette plante vivace à rhizome peut mesurer de 40 cm à 1,20 m. Ses feuilles sont longues, linéaires, en forme de glaive, larges d’un à trois centimètres. Au printemps, une tige érigée, cylindrique pousse, portant à l’extrémité des fleurs jaunes inodores, disposées par deux ou trois. La floraison a lieu d’avril à juillet. Les fruits sont mûrs avant la fin de l’été et les graines peuvent demeurer une année dans l’eau sans perdre leur pouvoir germinatif. Mais la plante se reproduit aussi par rhizome. Commune aux milieux humides de France, on dit que c’est elle qui a inspiré le blason des rois de France et sa fleur de Lys d’or. 

La forêt alluviale et le boisement humide

Ces zones humides sont des formations arborées installées dans les fonds de vallée. On distingue les boisements constitués d’espèces ligneuses colonisatrices telles que les saules, des futaies plus anciennes. Elles abritent la bécasse des bois, l’escargot de Quimper, des chauves-souris… Pour ce qui est de la flore, elles associent l’aulne glutineux, le frêne commun, le chêne pédonculé, les saules, les bouleaux, les peupliers et l’osmonde royale…

Osmonde royale, qui es-tu ?

L'Osmonde royale (Osmunda regalis), que l’on appelle aussi fougère royale ou fougère fleurie, est une grande fougère vivace. Poussant en touffe et de couleur vert clair, elle a une souche épaisse formée d’un rhizome dressé. Ses frondes (l’équivalent des feuilles chez les fougères comme chez les palmiers) sont bipennées et peuvent atteindre deux mètres de long. 
L’Osmonde royale renaît chaque printemps des bourgeons de sa tige souterraine. Elle vit sur des sols pauvres assez acides (sableux, argileux ou tourbeux), caractérisés par une forte humidité. Bien que présente dans de nombreuses régions du monde, elle y est souvent rare et menacée de disparition. En France, elle est protégée dans de nombreuses régions, mais pas en Bretagne, où elle est assez typique.

La mégaphorbiaie ou friche humide

Cette zone humide est caractérisée par une végétation herbacée haute hétérogène, qui peut atteindre entre 1,50 m et 3 m. La friche humide s’installe le plus souvent à la place de prairies humides en fond de vallée à la suite d’une déprise agricole.
Elle abrite de nombreux insectes, des araignées, la couleuvre à collier et des micromammifères. Les plantes caractéristiques de la mégaphorbiaie sont la reine des prés, l’angélique des bois, l’épilobe hirsute, l’eupatoire chanvrine, la salicaire commune…

Epilobe hirsute, dis-nous qui tu es

L'épilobe à grandes fleurs (Epilobium hirsutum) aussi appelé épilobe hirsute est une plante herbacée vivace de la famille des Onagraceae. Grande plante aux feuilles sessiles formant facilement des colonies, elle porte des feuilles pourpres sur de longs pédoncules à l'aisselle des feuilles et à 4 pétales très échancrés, en grappes feuillues. Elle est appelée aussi Epilobe hérissé en raison des poils hérissés qui parcourent sa tige. Les poils des aigrettes de ses graines furent un temps exploités pour tenter de remplacer la culture du coton, sans succès.

La cariçaie et la roselière

Ces deux types de zones humides sont des mégaphorbiaies particulières, qui se développent en ceinture de plans d’eau ou en fond de vallée, et au sein desquelles la végétation herbacée haute est non plus hétérogène mais dominée par une famille : les grandes laîches ou carex, formant des sortes de dômes végétaux (les touradons), dans les cariçaies et les roseaux en colonie dense dans les roselières.
On peut y trouver des passereaux paludicoles (rousserolles, phragmites, gorge-bleue...), des hérons (butor, héron pourpré...), des anatidés (canards), des odonates (libellules et demoiselles), la vipère péliade…
La flore qui lui est associée se compose essentiellement du roseau commun, des massettes ou quenouilles, de la baldingère, de la marisque, de la glycérie aquatique, des laîches ou carex.

Roseau commun, qui penses-tu être ?

Le Roseau commun, aussi appelé Roseau à balais ou Sagne (Phragmites australis) est une espèce cosmopolite de plantes herbacées vivaces. Il existe plusieurs lignées de roseau commun ayant évolué indépendamment pendant des milliers d'années. Cette graminée atteint 3 à 5 mètres de hauteur et possède des feuilles de 20 à 50 cm de long pour 2 à 3 cm de large. Ses longues tiges fines ornées d'un plumeau argenté peuvent mesurer jusqu'à 3 m de haut. L'inflorescence est une panicule pourpre de 20 à 50 cm de long, mature à la fin de l'été. Cette plante a colonisé à peu près toutes les régions du monde, appréciant les sols gorgés d’eau et peu oxygénés en formant de grandes roselières. 

La prairie humide

La prairie humide est généralement riveraine des cours d’eau, caractérisée par un engorgement de son sol en eau temporaire (l’hiver) par remontée de la nappe phréatique. La formation végétale herbacée caractéristique de la prairie humide ne se maintient, le plus souvent, que par l’entretien réalisé par la pratique agricole (fauche et/ou pâturage).
Elle accueille des batraciens (grenouille rousse), la campagnol amphibie et de nombreux insectes (papillons, abeilles, criquets et sauterelles…)
Sa flore se compose essentiellement de joncs, de la molinie bleue, des lychnis à fleur de coucou, de la cardamine des prés, de la cirse des Anglais …

Molinie bleue, dévoile-toi !

Molinia caerulea est aussi appelée « paleine ». Plante herbacée vivace monocotylédone originaire d'Eurasie et d'Afrique du Nord, elle pousse en touffes jusqu'à 2 mètres de haut, de préférence sur les sols acides. Elle forme localement des peuplements denses monospécifiques très étendus, appelés des molinaies. Son inflorescence est une panicule de couleur violacée ou verdâtre, longue et lâche, linéaire ou oblongue, de 5 à 40 cm de long sur 1 à 10 cm de large.
Dans les milieux pauvres et acides que sont les landes humides, les molinies bleues forment des tapis caractéristiques, sortes de mottes constituées par les parties anciennes de la plante, accumulées durant des décennies et prenant l'aspect de souches surélevées rendant la marche parfois difficile. Comme les sphaignes, elles jouent un rôle de plantes facilitatrices pour l’établissement d’autres plantes et d’abri à de nombreux petits animaux.

La lande humide

Lande dont, du fait de sa topographie ou de sa proximité avec le réseau hydrographique, le substrat est gorgé d’eau en hiver. De Nombreux insectes spécialisés, araignées, mais aussi le lézard vivipare, la vipère péliade, le courlis cendré, des busards s’y plaisent.
Poussent notamment dans les landes humides la bruyère à quatre angles, la callune, des ajoncs, des sphaignes, la molinie bleue, la gentiane pneumonanthe…

Qui es-tu gentiane pneumonanthe ?

La Gentiane des marais ou Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe) est une plante herbacée vivace. Haute de 10 à 60 cm, sa tige porte des feuilles linéaires, longues de 25 à 40 mm et des fleurs bleu vif, rayées de vert à l'extérieur, parsemées de taches arrondies à l'intérieur. Les fleurs mesurent environ 4 cm de long, sont pédonculées, alternes et solitaires à l'aisselle des feuilles supérieures. Elle fleurit en été et accueille un petit papillon, l’Azuré des Mouillères (Phengaris alcon). Elle est protégée dans de nombreuses régions de France et en Belgique.

La prairie inondable

C’est une zone humide située dans la zone d’expansion des crues d’un cours d’eau, généralement à l’aval d’un bassin versant. Les inondations saisonnières (hivernales) lui confèrent un peuplement biologique riche et particulier : tarier des prés, vanneau huppé, frayères de poissons… pour ce qui est de la faune. Jonc acutiflore, oenanthe à feuille de silaüs, gratiole officinale, fritillaire pintade… pour ce qui est de la flore.

Le Jonc acutiflore

Juncus acutiflorus est aussi appelé en français jonc à tépales aigus. Plante vivace de 40 à 80 cm, glabre, à rhizomes longuement traçants, elle porte des tiges dressées, un peu comprimées, feuillées. Ses fleurs sont d'un brun fauve, petites, en panicule ordinairement étalée ; les intérieures sont plus longues et souvent recourbées.

Plante typique des zones humides : l’Orchis tacheté

L'Orchis tacheté ou Orchis maculé (Dactylorhiza maculata) est une plante herbacée terrestre de la famille des Orchidaceae. Elle peut atteindre un mètre de haut et le sommet de sa tige porte des fleurs roses ou blanches en épis à fleurs serrées. Ses feuilles portant généralement des taches brunes transversales lui ont valu son nom. 
Orchidée assez commune en France, même en Corse, elle aime les prairies riches et humides, les landes et les bois humides. On la rencontre assez facilement dans les massifs montagneux, ainsi qu’en Bretagne et en Normandie. Elle peut grimper jusqu’à 2000 mètres d’altitude. Elle se mêle assez facilement à sa cousine l’Orchis des bruyères avec qui il lui arrive même de se reproduire, créant des variétés hybrides.