Quand le castor protège les forêts et les zones humides

Quand le castor protège les forêts et les zones humides

Parce qu’ils coupent les arbres, agglutinent pierres, branchages, graviers et sable afin de former des barrages, donnant un air de chaos aux paysages bien peignés, les castors n’ont pas toujours bonne presse. On peut voir en eux des ennemis de la nature qu’ils ne ménagent pas, des Attila ravageant berges, bois et rivières. Pourtant, les castors sont tout au contraire de très efficaces auxiliaires des forêts et des zones naturelles. Nous sommes fiers d’en compter un dans la vallée de l’Yerres, petite rivière qui borde notre forêt de Pézarches, et qui est classée en Zone Natura 2000 pour la protection des oiseaux.

Le castor d’Europe a failli disparaître en France

A la fin du XIXe siècle, relate l'ONCFS, désormais inclus dans l’Office Français de la Biodiversité (OFB), Castor fiber ne survivait plus que dans la basse vallée du Rhône. Ayant été pourchassé depuis le XVIIe siècle pour sa chair, sa fourrure et pour la raison qu’il abîmait les berges, il avait disparu de la plupart des régions de France, si bien qu’au début du XXe siècle, il n’en demeurait que quelques dizaines d’individus dans la basse vallée du Rhône. 
Dès 1909, il était protégé dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et le Gard, recolonisant lentement le couloir rhodanien, jusqu’à apparaître au Sud de Lyon vers 1960. Depuis lors, des opérations de réintroduction ont eu lieu dans une quinzaine de départements, permettant aux populations de castors de se réinstaller dans des régions d’où elles avaient été chassées. Tous les castors de France proviennent de cette ultime population de la vallée du Rhône, si bien que c’est toujours dans le Sud-Est de la France qu’il est le plus présent. 
L’ONCFS estime le nombre de castors présents aujourd’hui en France à plus de 14 000 individus répartis sur une cinquantaine de départements, et indique que c’est une espèce en constante expansion, malgré des disparités sur les territoires, essentiellement dues à l’aménagement géographique.

Caractéristiques essentielles du castor d’Europe

Castor fiber occupe l’espace géographique de manière discontinue de l’Europe de l’Ouest au Nord-Est de la Mongolie, entre le 40° et le 65° de latitude nord.
En France, on le trouve essentiellement dans les cours d’eau des régions Sud-Est, Nord-Est et Centre, ainsi que dans le bassin de l’Aulne, dans le Finistère, et depuis 2016, très probablement dans l’Essonne, puis en Seine-et-Marne
Cet animal semi aquatique est le plus gros rongeur d’Europe. L’adulte peut mesurer plus d’un mètre et son poids moyen est de 21 kg. Il se distingue principalement du ragondin à sa queue plate, et nage presque totalement immergé à l’exception de la tête et du haut du corps, contrairement au ragondin qui nage en surface. 
Son poil gris-brun est dru, il a de petites oreilles, de petits yeux et de grandes dents. Il vit généralement à proximité de zones boisées ou le long des berges végétalisées des grands cours d’eau. Le castor est totalement végétarien et un castor adulte a besoin de deux kilogrammes de matière végétale chaque jour, ou de 700 grammes d’écorce. Il peut se nourrir de feuilles et de jeunes pousses de plants ligneux ou hydrophytes, de fruits, de tubercules, ainsi que de la végétation herbacée terrestre. Une trentaine d’espèces d’arbres composent également son alimentation, mais les salicacées sont ses préférées : saules et peupliers
Il coupe essentiellement des troncs et des branches de 3 à 8 cm de diamètre et c’est au début et à la fin de la nuit qu’il est surtout actif. Il est à la fois lié aux milieux terrestre et aquatique. La terre lui fournit l’essentiel de son alimentation jusqu’à une trentaine de mètres des berges et c’est dans l’eau qu’il se déplace et vit. L’entrée de son gîte est toujours immergée. 
Il marque son territoire par une sécrétion à forte odeur de musc appelé castoréum. Sociables, la plupart vivent en groupes familiaux composés d’un couple adulte, des jeunes de plus d’un an et des jeunes de l'année. En moyenne, quatre individus composent la famille de castors d’Europe. 
Toutefois, près de 40% du total des effectifs des castors européens vivent seuls.

Quelle est l’activité des castors ?

En fonction de la qualité du milieu dans lequel ils se trouvent, la famille castor peut occuper de 500 mètres linéaires à trois kilomètres sur un cours d’eau. Leur présence peut être décelée au sol par les coupes d’arbres et d’arbustes destinés à satisfaire leurs besoins alimentaires et de construction de barrages. Sur la berge, on peut apercevoir leurs gîtes, dont l’entrée est immergée. C’est d’ailleurs là que réside l’essentiel de l’activité pour laquelle le castor s’est rendu célèbre. S’il ronge les arbres, causant ça et là quelques dégâts mineurs, c’est qu’une fois son gîte construit de branchages, de cailloux, de graviers, il a besoin que son entrée soit sous le niveau de l’eau, afin d’être protégé des prédateurs qui se trouvent tous sur terre. C’est ainsi que, fabriquant un barrage, il fait monter le niveau de l’eau de plusieurs centimètres, jusqu’à ce que son gîte soit à l’abri et qu’il puisse y entreposer les branchages et les plantes ligneuses destinées à le nourrir en hiver. 
Par cette activité, le castor limite l’étiage du cours d’eau et agrandit son domaine vital par l’extension de la nappe d’eau. On doit aux castors non seulement un aménagement complexe et sain des cours d’eau mais également un agrandissement des zones humides, dont on sait l’importance écologique. 

Le castor, espèce facilitatrice et clé de voûte des écosystèmes

Parce qu’il modifie depuis des millions d’années l'environnement naturel en augmentant le nombre, la proportion et la taille des zones humides, des eaux libres et du linéaire de berge, créant des zones de sédimentation et de puits de carbone. Parce qu’il complexifie la forme des petits cours d'eau, ainsi que la composition et la répartition de leur faune et de la végétation alluviale ainsi que les cycles biogéochimiques des éléments nutritifs. Parce qu’il améliore la recharge des nappes, la qualité de l'eau, limite la fréquence, la gravité et la durée des incendies de forêt et des crues ; que ses barrages filtrent les sédiments et évitent au niveau de l’eau de trop baisser en été. Que ces derniers favorisent de nombreuses espèces de poissons, d’amphibiens, de mammifères, d’oiseaux d'eau, d’invertébrés et de plantes aquatiques et palustres, la présence des castors enrichit l'écosystème global. C’est pourquoi on dit qu’il est une espèce facilitatrice et clé de voûte. 
Une étude scientifique menée en Amérique du Nord a ainsi démontré que les barrages créés par les castors (castor canadensis) permettaient de recueillir et de sauver de très nombreuses espèces animales en cas d’incendies de forêts.
Par leur activité incessante de rehaussement des berges, de fortifications et, finalement, d’extension des zones humides, ils favorisent un écosystème où les incendies n’ont pas de prise et où beaucoup d’animaux trouvent refuge le temps que le feu passe. Certaines photographies prises en Amérique du Nord de zones endiguées par des castors, qui demeurent vertes alors que tout autour a brûlé, sont épatantes. 
En France, le contexte n’est pas tout à fait le même et les incendies de moins grande envergure qu’en Amérique, mais la présence des castors est tout aussi essentielle et il faut apprendre à vivre avec eux, bien que leur présence puisse d’abord importuner. On comprend que le premier réflexe soit de chasser une bête qui endommage les arbres, inonde la terre, et “transforme de petits ruisseaux bien rangés en de grandes zones humides complexes et désordonnées”, comme le dit Emily Fairfax, écohydrologue à l’université d’Etat de Californie, mais il faut admettre que ces modifications qui sont de la patte de l’animal, non plus de la main de l’homme, sont bonnes. 
 

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