Connaissez-vous le Martin-pêcheur, cet oiseau d’eau douce ?

Oiseau des cours d'eau et des étangs, le Martin-pêcheur est protégé et sa présence révèle une bonne qualité des eaux.

Anaëlle Heisch

Chargée de partenariats entreprises
Connaissez-vous le Martin-pêcheur, cet oiseau d’eau douce ?

Espèce protégée en France, le Martin-pêcheur n’est pas rare mais menacé par la destruction des zones humides et la pollution des rivières, des étangs et des bassins d’eau douce en général. Bioindicateur, sa présence avérée sur un site justifie la création d’une Zone de Protection Spéciale (Natura 2000).

Martin-pêcheur, quel oiseau es-tu ?

Le Martin-pêcheur d’Europe Alcedo atthis appartient à la famille des Alcédinidés qui compte 19 genres et 118 espèces. Elle occupe tous les continents sauf l’Antarctique mais celui auquel nous nous attacherons ici s’appelle Martin-pêcheur d’Europe, bien que son aire de répartition s’étende bien au-delà, à travers une grande partie de l’Asie centrale et du Sud-Est, de l’Océanie, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Il est toutefois largement présent en Europe de l’Ouest toute l’année, alors qu’il ne colonise les régions froides de l’Eurasie que lors de la période de reproduction, au printemps et en été, et le Maghreb essentiellement hors de sa période de reproduction, en hiver. 
Ce petit oiseau, qui ne semble pas taillé pour de grandes migrations, est sédentaire dans les régions tempérées, mais migrateur lorsque les conditions s’y prêtent. Il parcourt alors de longues distances mais à petits pas, pourrait-on dire, et en s’octroyant des périodes de repos que ne s’autorisent pas les grands migrateurs.
Son plumage bleu et rouge orangé ainsi que son long bec pointu le rendent aisément reconnaissable, bien qu’il ne soit pas aisé de l’apercevoir. Capable d’un vol stationnaire pour pêcher ses proies, il est d’ordinaire très vif et peut voler jusqu’à 80 km/h, si bien qu’on le surnomme la flèche bleue. Espèce cavernicole, il creuse généralement lui-même son nid au bord d’un cours d’eau ou d’un étang et la femelle pond souvent deux portées de six à sept œufs au cours du printemps et de l’été. Mais dans l’hémisphère sud, notamment pour les oiseaux qui vivent au Sri Lanka, la période de reproduction s’étale de novembre à juin. 

Le Martin-pêcheur est un habitant des zones humides

Le Martin-pêcheur aime le bord des eaux stagnantes et courantes. Il n’a pas de préférence marquée, sinon pour les eaux poissonneuses où il peut pêcher de petits poissons adaptés à sa taille. Il faut également que l’eau soit assez claire pour qu’il puisse y guetter ses proies. Compte tenu de sa petite taille, qui excède rarement les 16 cm pour 30 à 45 g, il se nourrit de poissons qui n’excèdent pas 12,5 cm de long, et cherchera des poissons beaucoup plus petits encore pour nourrir sa progéniture. Gardons, truitelles, vairons, vandoises… Nombreux sont ceux qui peuvent satisfaire son appétit, sachant que son régime est composé d’au moins 60% de poissons mais aussi de petits amphibiens, de gros arthropodes aquatiques et de mollusques. 
Pour saisir ses proies, il les guette depuis un perchoir, à moins de trois mètres au-dessus de la surface de l’eau. Parfois, il pratique également le vol stationnaire. Dès que la proie est repérée, il plonge, généralement à l’oblique, rabattant les ailes vers l’arrière au moment de toucher l’eau. Une fois le poisson saisi avec le bec, il refait surface par un coup d’ailes et regagne son perchoir. Quand la proie est petite, il l’avale sans sommation, la tête la première. Mais s’il s’agit d’une proie plus conséquente, elle sera assommée contre la branche avant d’être engloutie. Une fois tout cela digéré, il régurgitera par le bec les os et les écailles sous forme de petites pelotes blanches et grises.     
La nidification du Martin-pêcheur commence par des parades nuptiales qui comportent de longues poursuites aériennes bruyantes au cours desquelles mâle et femelle volent au ras de l’eau puis au-dessus de la cime des arbres. Ils paradent ensuite depuis un perchoir en s’adonnant à toute sorte d’acrobaties, et ces préliminaires peuvent durer plusieurs heures voire plusieurs jours, jusqu’à ce que Madame se décide. C’est elle qui choisit le site de nidification parmi tous ceux que lui propose le prétendant. Finalement, en guise de bague, celui-ci lui présente un poisson par la tête en s’inclinant très bas. De cette façon, la femelle acceptant le présent donne sa confiance à celui qui sera son pourvoyeur de nourriture tandis qu’elle se consacrera à la reproduction de l’espèce.

Une espèce protégée, symbole de biodiversité

Une fois que le couple de Martin-pêcheurs a creusé son terrier à coup de becs, ce qui peut lui demander jusqu’à deux semaines de travail, la femelle y pourra venir pondre. A tour de rôle, ils couveront le jour, la femelle seule la nuit, pendant trois semaines. 
Les poussins naissent nus et aveugles et sont nourris par leurs géniteurs de minuscules poissons. En mangeant leur poids de poisson chaque jour, ils grandissent vite et peuvent quitter le nid au bout de quatre semaines. Quelques jours après, ils plongent à leur tour dans le cours d’eau. La femelle est alors occupée par une deuxième couvée qu’elle fera naître dans une nouvelle cavité, le mâle s’occupant des jeunes oisillons.
Ce mode de reproduction fait que l’espèce n’est pas globalement menacée, mais tout de même protégée. Car les activités humaines et les bouleversements climatiques sont un danger pour elle. La pollution des rivières ou des étangs est un réel problème, de même que les aménagements des berges des cours d’eau. Aujourd’hui, le Martin-pêcheur est considéré comme un bio-indicateur naturel de la qualité d'un milieu aquatique. Il figure en France sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, considéré comme vulnérable et dans la “Directive oiseaux”, justifiant, par sa présence, la création d’une Zone Natura 2000. 
C’est un délit de capturer ou détenir un Martin-pêcheur, de même pour ses nids et ses oeufs, et la présence d'au moins cinq couples nicheurs sur un site permet de l'inscrire parmi les zones Naturelles d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF).