Vianney d’EcoTree évoque son métier de forestier

Forestier d’EcoTree, Vianney nous raconte son travail au quotidien et sa passion pour les forêts, dans le cadre de la Semaine du développement durable.

Sophie le Masne

Chargée de communication
Vianney d’EcoTree évoque son métier de forestier

Dans le cadre de la semaine européenne du développement durable, nous avons décidé de donner la parole aux acteurs de la forêt. Pour ouvrir le bal, Vianney nous parle de son beau métier, et des forêts d'EcoTree, qui poussent grâce à nos clients et abonnés, qu'ils soient particuliers ou entreprises.

Vianney, tu es cofondateur et forestier d’EcoTree. Peux-tu nous rappeler quelles sont tes missions ?

Ma mission première est de chercher des terrains à acquérir pour EcoTree. Pour cela, il convient de mener une étude afin de déterminer si le terrain (qu’on appelle une station, en forêt) convient pour ce que nous voulons en faire chez EcoTree. C’est-à-dire l’exploitation du bois
Je regarde donc si la station pourra convenir pour les plantations forestières. Il convient d’étudier le sol, son pH et sa texture ; la pluviométrie ; l’orientation des pentes. A partir de là, je réfléchis aux essences que l’on pourra y planter.
A partir de ces données et du prix demandé par le vendeur, j’étudie la rentabilité du projet. Dans un second temps, je m’occupe de l’acquisition du terrain. Puis de l’organisation de la plantation. Je fais le maître d’oeuvre pour le travail du sol, les plantations, et le suivi des plantations. 

Ce n’est pas toi qui effectues les plantations ?

Non. En Bretagne, où je travaille principalement, c’est Paul-Henri Guillier qui s'en occupe, avec son entreprise.

Peux-tu nous dresser un état des lieux de ce que possède et gère EcoTree aujourd’hui ?

Il y a cinq ans, EcoTree ne possédait pas grand-chose. Aujourd’hui, nous avoisinons les 1000 hectares de forêts à gérer et exploiter
Pour ce qui concerne les projets, nous avons évolué. D’une simple production de bois, nous avons enrichi notre offre par la vente de projets de restauration de la biodiversité
Nos plantations font partie d’un écosystème que nous devons prendre en compte. On ne peut pas planter sans tenir compte d’une zone humide, par exemple, ou des abeilles, des fourmis, toute la faune et la flore présentes sur le site. 
Nous avons donc décidé de favoriser la biodiversité présente dans nos forêts. Ce, dans un souci de travail dans un écosystème global. C’est pourquoi nous plantons désormais des haies, restaurons des ripisylves ou des zones humides
Le service que nous offrons est beaucoup plus complet, pour nos clients et pour les forêts. Celles-ci sont donc en meilleure santé. Toute la biodiversité a un impact sur la forêt.

Comment peut-on faire pour que la restauration de la biodiversité soit rentable ?

Nous avons désormais des entreprises, mais aussi des particuliers, qui subventionnent cet enrichissement de la biodiversité. Toutefois, il ne faut pas en attendre une rentabilité immédiate. Mais, sur le long terme, cela favorise les forêts. Nous nous mettons au service de la faune et de la flore locales. 

Il y a un terme à la mode que tu n’aimes pas, c’est celui de “reforestation”.

Une reforestation n’a de sens qu’après une déforestation. Or, cela n’existe pas en France où la gestion est durable, en futaie régulière ou irrégulière. La France est un des pays où les forêts sont le mieux gérées en Europe. 
Le Plan de Gestion Simple est obligatoire pour toutes les forêts privées d'une surface supérieure ou égale à 25 ha d'un seul tenant. 
En France, on ne parle donc pas de reforestation mais de reboisement. C’est une erreur de langage de parler de reforestation. Cela serait valable en Amazonie, par exemple, lorsque d’énormes coupes ont lieu et que rien n’est fait pour reboiser par la suite. Mais en France, la forêt est très bien organisée. Le reboisement est non seulement légal mais obligatoire. Parler de reforestation est un abus de langage. 

En revanche, tu parles de forêt continue, peux-tu nous dire en quoi cela consiste ?

Une forêt continue est une forêt dans laquelle il n’y a jamais de coupe rase. Il s’agit d’une futaie irrégulière où on ne pratique que des éclaircies et où la régénération est naturelle. Ainsi, il y a toujours dans une forêt continue de grands arbres, mais aussi des moyens, des petits et des plants en régénération. Il n’y a donc pas de bouleversement de l’écosystème, comme cela peut être le cas dans une futaie régulière. Dans une futaie régulière, on plante par exemple 20 ha de bois, qui seront totalement coupés 40 ans plus tard. On détruit ainsi l’écosystème qui s’y était formé, parce que tout est rasé, la terre est retournée par une pelleteuse, et tout est bouleversé. 
Le principe de la forêt continue est une sylviculture beaucoup plus douce, où il reste toujours des arbres. 

Comment prends-tu en compte le réchauffement climatique dans ton travail ?

Comme nous faisons beaucoup de plantations, nous choisissons nos plants. Ce choix est fait en fonction des stations. Nous faisons en sorte que les plantes conviennent le mieux possible à la station (pluviométrie, pH du sol, orientation des pentes). Outre cela, nous choisissons nos plants avec prudence, en nous transposant dans 20, 30 ou 40 ans, prenant en compte le fait que la pluviométrie risque d’être moins importante, ou qu’il y aura des sécheresses estivales plus importantes
Pour cette raison, nous introduisons le cèdre de l’Atlas, qui est une essence méridionale. Nous ne plantons pas trop de hêtres, qui ont besoin d’une forte pluviométrie. Mais nous le conservons pour la biodiversité. 
Pour autant, ce n’est pas une science exacte, et l’on s’est beaucoup focalisé sur le hêtre, alors que nous remarquons que le châtaignier souffre davantage des périodes de sécheresse estivale, bien que le châtaignier ait la réputation de n’avoir pas besoin de beaucoup d’eau. 
Nous sommes également attentifs à l’introduction du chêne pédonculé auquel nous préférons le chêne sessile, dans les stations sensibles, parce que ce dernier exige moins d’eau. 

Est-ce que tu remarques une différence de pluviométrie au fil des années en Bretagne ?

Non. C’est sur la répartition dans l’année qu’a lieu le changement. Il peut pleuvoir beaucoup à un moment, puis arrivent des périodes de sécheresse. Les précipitations sont moins bien réparties sur l’année désormais. Nous subissons également des épisodes de gel importants, qui étaient beaucoup moins réguliers. Je remarque aussi de plus fréquents épisodes de vents violents
Nous devons donc privilégier des essences d’arbres qui s’enracinent mieux. Nous ne faisons presque plus de boisement sur des zones humides parce que l’enracinement y est très superficiel. Nous privilégions aussi le mélange d’essences, car ainsi les arbres résistent mieux au vent, aux intempéries en général et cela favorise une meilleure résistance aux maladies ou aux insectes
A contrario, dans une monoculture, les insectes peuvent se multiplier rapidement, comme on le voit dans certaines forêts de l’Est et du Nord de la France qui sont attaquées par les scolytes

Est-ce que les essences s’adaptent au changement climatique ?

Oui, les essences s’adaptent, mais nous ne savons pas dire en combien de temps. Il nous faudra plusieurs décennies pour pouvoir tirer des conclusions. Il est certain que les plants qui ont à subir les effets du changement climatique dès le début de leur existence s’adaptent plus vite. Les arbres forment des racines plus profondes s’ils savent qu’ils devront lutter pour survivre. 
Et si on plante des arbres dans des conditions très favorables et que celles-ci viennent à se dégrader dans quelques décennies, ils auront plus de mal à s’adapter. Comme l’homme, l’arbre est plus malléable dans sa jeunesse. 
Le mieux, c’est que les arbres soient bien adaptés à la station et de diversifier nos plantations. C’est pourquoi nous plantons pied à pied, par exemple un Douglas et un châtaignier sur une ligne, et tous les dix plants, une autre essence, qui permet de diversifier. Ainsi, sur un hectare de plantation, nous avons une dizaine de bosquets d’essences d’ombre, comme le hêtre et le sapin pectiné, qui apportent de la diversité. 

Avez-vous déjà procédé à des coupes et des ventes de bois dans les forêts d’EcoTree ?

Oui. Nous avons procédé à plusieurs coupes, et nous en avons vendu la majorité à des scieries locales. Les châtaigniers du Faouët que nous avons exploités cette année ont fini dans une scierie bretonne, à une quarantaine de kilomètres, qui est spécialisée dans le châtaignier.