4 févr. 2026
Face aux tempêtes, tous les arbres ne sont pas égaux
Lors d’une tempête, certains arbres tombent, d’autres pas, car tout dépend de la gestion forestière.

Quand une tempête traverse une forêt, tous les arbres ne réagissent pas de la même façon. Certains tombent, d’autres tiennent bon. Cette idée, centrale à la gestion forestière, n’a fait que se confirmer ces dernières années avec des épisodes de vents violents qui ont frappé nos territoires.
Alors qu'en 2020, la tempête Ciara secouait l’Europe, c'est la tempête Ciarán qui frappait violemment les côtes bretonnes et la France en novembre 2023. Goretti, Harry, Ingrid, Chandra… : début 2026, les tempêtes se suivent et ne se ressemblent pas forcément. Mais chaque fois, nous déplorons de grandes pertes, des arbres arrachés, brisés, des forêts soufflées, des édifices détérioriés et parfois, hélas, des morts.
La tempête Ciarán, qui a traversé la France nord-occidentale dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 novembre 2023, a laissé une trace significative dans nos paysages. Dans l’ouest de la Bretagne, des rafales record dépassant 200 km/h ont été enregistrées, provoquant des chablis massifs et laissant des centaines de milliers d’arbres déracinés sur de larges surfaces forestières. Plusieurs forêts d'EcoTree ont été touchées, notamment la forêt de Pleyben et la forêt de Langoëlan, et trois ans plus tard, nous n'avons pas encore fini d'en réparer les dégâts.
Pourtant, sur la multitude d'arbres arrachés, il ne s’agit pas que d’arbres malades. Tous les arbres, pourrions-nous dire, sont susceptibles de céder face à de fortes bourrasques de vent. Tous, mais pas dans n’importe quelle circonstance.
La taille de l’arbre compte
Hêtres, épicéas, pins, chênes, arbustes, jeunes pousses ou vieux arbres, tous peuvent céder lorsque les vents sont violents. Lorsque le vent atteint une certaine puissance, l’effet est mécanique sur les arbres. Quand ceux-ci atteignent 40 ou 50 mètres de haut, ils rompent, à défaut de pouvoir plier. C’est donc une question de hauteur, mais aussi de profondeur des sols. Lorsque l’enracinement est moins profond, l’arbre est moins bien accroché et résiste moins bien. Si, en outre, le sol a été détrempé par la pluie, l’arbre aura encore moins de tenue au sol, et le risque de chablis est accru. En ce qui concerne les résineux dont la cime se charge d’eau, l’effet levier est même plus important.
Ainsi, pour résumer, dans le cas d'une tempête, les arbres résistent ou tombent selon :
- La taille et l’enracinement : les arbres très hauts ou à enracinement superficiel sont plus vulnérables lorsque les vents atteignent des vitesses exceptionnelles.
- L’état du sol : des sols gorgés d’eau – comme c’était le cas dans certaines régions en automne 2023 – réduisent la tenue des racines et favorisent les chablis.
- La structure de la lisière : une lisière progressive atténue l’effet du vent sur l’intérieur du peuplement ; une lisière abrupte, au contraire, agit comme une rampe d’accès pour les bourrasques.

L’effet lisière en cause
Lorsqu’une forêt est dense et que sa canopée est en bon état, la vitesse du vent au sol est réduite. On appelle lisière la zone de transition entre deux terrains abritant des espèces d’arbres différents, au sein d’une même forêt. Celle-ci laisse plus d’espace aux vents pour s’engouffrer, facilitant la chute de ceux qui ont poussé dans cet espace.
La forme de la lisière est donc primordiale, pour éviter les chablis. Lorsqu’elle est progressive, la turbulence du vent au contact de la forêt est atténuée. Mais quand elle est abrupte, les dégâts causés par les vents peuvent être considérables dans le peuplement forestier.
Les arbres qui ont eu l’habitude d’une exposition au vent développent un enracinement profond, si le terrain le leur permet, tandis que ceux qui sont exposés d’un seul coup n’auront pas eu le temps de s’enraciner profondément.
Des tempêtes pas si rares en France
L’épisode Ciarán est un exemple récent, mais il s’inscrit dans un contexte plus large d’événements tempétueux sur l’Europe de l’Ouest. Nombre de ces tempêtes prennent de l’ampleur à mesure que les profils météorologiques deviennent plus instables, avec des pics de vent de plus en plus marqués sur les littoraux et à l’intérieur des terres.
Historiquement, des tempêtes comme Lothar (1999) ou d’autres épisodes hivernaux ont déjà montré combien les forêts pouvaient être fragilisées lorsque le vent dépasse certaines limites. Chaque épisode apporte son lot d’enseignements pour améliorer la gestion forestière.

EcoTree prend en compte les risques de tempêtes dans ses forêts
Les tempêtes, mais aussi le changement climatique, sont autant d'aléas naturels inhérents à la propriété forestière, dont il faut avoir conscience, et que personne ne peut maîtriser. Pour autant, chez EcoTree, nous avons mis en place tout ce qui est en notre pouvoir pour limiter ces risques. D'abord, nous cherchons à adapter les essences au changement climatique, et à les diversifier ; à favoriser la gestion en futaie irrégulière et la régénération naturelle. Nous nous attelons également à conserver les lisières forestières en identifiant les couloirs à vent.
Ensuite, nous proposons des arbres dans de nombreuses parcelles situées à différents endroits afin de diluer encore le risque de pertes. Mais lorsque vous devenez propriétaire d'un ou plusieurs arbres, vous participez à la mise en valeur de tout un massif forestier.
Vous contribuez ainsi au développement et à la préservation d’un écosystème. Plus les arbres sont adaptés à leur milieu et plantés dans une optique de résilience écologique, plus ils ont de chances de vivre longtemps et de se développer dans les meilleures conditions possibles.
C’est pourquoi il est essentiel que les forêts soient administrées et gérées en tenant compte des évolutions climatiques, des risques naturels potentiels, et du principe selon lequel plus il y a de diversité plus la résilience est forte, plus la résistance naturelle est, par conséquent, puissante.
En matière de tempêtes, il ne s’agit donc pas d’éviter le vent – c’est impossible – mais de comprendre comment et pourquoi certains arbres résistent mieux que d’autres, pour mieux planifier, gérer et renforcer la résilience de nos forêts face aux aléas climatiques. Car si tous les arbres ne sont pas égaux face aux tempêtes, une forêt bien gérée a plus de chances de traverser les bourrasques sans s’effondrer.













