Tout savoir sur le sureau noir, auxiliaire de biodiversité

Arbuste commun de nos régions, le Sureau noir est une essence pionnière que l’on trouve dans les haies, les ruines et les friches. Il est essentiel à la biodiversité.

Guillaume Dannaud

Chargé de partenariats entreprises
Tout savoir sur le sureau noir, auxiliaire de biodiversité

Arbuste à croissance rapide, le Sureau noir est présent dans toute l’Europe, en Afrique du Nord et en Asie de l’Ouest. Il a connu diverses utilisations pour son bois et ses propriétés médicinales. Il favorise le développement de la biodiversité où il pousse, permettant la présence de nombreuses espèces d’oiseaux et d’insectes.

Caractéristiques et description du Sureau noir

Sambucus nigra est un arbrisseau qui ne dépasse guère 8 mètres de haut, et qui atteint plus généralement 4 à 5 mètres de hauteur. De croissance rapide lorsque le sol fertile et frais s’y prête, il fait partie de ces essences pionnières qui colonisent les friches, les décombres, les lieux enrichis en azote ou les ruines. On parle ainsi à son endroit d’essence rudérale. Le Sureau noir supporte donc bien la présence de l’homme et de ses constructions. On peut couramment le rencontrer autour des habitations, mais aussi dans les haies et, jadis, il était très présent dans les poulaillers. 
Le type de sol idéal, pour cette espèce de sureau, est un sol basique à neutre mais il se développe également sur des sols calcaires. Il supporte bien le soleil ou d’être à mi-ombre. Il se présente souvent sous la forme d’un buisson en boule, avant de s’élever et de se dégarnir au pied, en prenant de l’âge. Mais dans la période de sa jeunesse, il développe plusieurs tiges à la base, ainsi que de nombreux rejets. 
Son odeur forte est assez désagréable. Les feuilles du sureau sont opposées, composées et imparipennées, comportant 5 ou 7 folioles dentées de forme ovale. Son bois est creux et ses belles fleurs blanches, qui éclosent au début du printemps, donnent l’impression, à première vue, qu’il fleurit en ombelle, alors qu’il forme en réalité un corymbe. 
Lorsque les fleurs de sureau tombent pour laisser place à des baies noires, c’est l’annonce de la fin de la première miellée pour les abeilles. Les petites baies du sureau noir ont une chair molle, sont disposées en grappes et contiennent une ou trois graines. 
On peut reproduire assez facilement ce petit arbre par semis ou par bouturage, à l’automne, mais ce sont tout naturellement les oiseaux qui s’en chargent en se nourrissant de ses fruits.

Origine et distribution du Sureau noir

Le Sureau noir est assez présent dans les plaines, sur les collines et dans les montagnes jusqu’à une altitude de 1600 mètres. Il pousse principalement dans les forêts claires, les terrains vagues, les ruines, les haies ou sur les dunes littorales. On dit encore qu’il s’agit d’une essence nitrophile, pour caractériser ces plantes et arbres qui prolifèrent sur des sols riches en nitrates ou en déchets organiques à minéralisation rapide, ou qui s’adaptent bien à ces milieux. Les plantes rudérales sont généralement nitrophiles. C’est le cas par exemple de la grande ortie, des ronces, du lierre, mais aussi du pissenlit et de l’oseille. C’est ainsi que le Sureau noirsambucus nigra est un familier de l’homme avec qui il cohabite depuis plusieurs milliers d’années. Comme l’ortie, il se prête à la fabrication de purin pour soigner les cultures, et l’homme lui a trouvé de nombreux usages.
L’origine du nom de ce ligneux est encore discutée mais il est probable qu’elle vienne du goût âcre, aigrelet de ses baies, que l’on dit également sures. Le nom latin du genre Sambucus est dérivé du grec sambûke qui signifie flûte et, en effet, le bois creux de cet arbuste permet, une fois la moelle enlevée assez facilement, d’en faire des flûtes rustiques. 
Tandis que son cousin, le Sureau à grappes (Sambucus racemosa, aussi appelé Sureau de montagne) donne des baies rouges, Sambucus nigra et Sambucus ebulus, avec qui il peut être confondu, produisent des fruits noirs. Mais le Sureau yèble est plus petit, il ne dépasse guère les 2 mètres de haut, meurt en hiver et pousse le long des chemins, des fossés, des haies, dans les forêts humides, les prairies acides, les chemins creux ou les décharges publiques, surtout sur sols argileux riches en nutriments. Ses feuilles sont beaucoup plus allongées, présentent 7 à 11 folioles et son inflorescence est de couleur blanc-rosé, à l’odeur d’amande amère. Lorsqu’on écrase ses feuilles, une odeur fétide en émane. 

Sureau noir : un auxiliaire de biodiversité

Le Sureau noir est une essence privilégiée des haies champêtres et des sous-étages de forêts, pourvu qu’il soit planté à la lisière, afin de bénéficier d’un ensoleillement suffisant. Il offre en effet de nombreux bénéfices à une diversité d’espèces, notamment certains insectes qui lui sont inféodés. Ses feuilles sont parmi les premières à sortir au printemps, nourrissant beaucoup d’insectes dont certains papillons nocturnes (Phalène du Sureau, Sphinx du Troène…), dont les chenilles font quasiment tous leurs repas. Aphis sambuci, quant à lui, qui est le puceron noir du sureau, refusera obstinément toute autre essence d’arbre pour vivre et se nourrir, hivernant même sur ses racines, à l’état d’oeuf. Dès le printemps, tous les pucerons adultes s’emmanchent sur les jeunes pousses formant une longue traîne noire, pour le plus grand plaisir des fourmis qui se servent abondamment du miellat qu’extraient les pucerons, assurant leur protection en retour. Grâce à la sambugrinine, un alcaloïde toxique naturellement présent dans le sureau, que les pucerons adultes extraient des jeunes tiges, des feuilles et des fleurs, ils se protègent de la coccinelle à sept points. Mais la coccinelle à deux points est indifférente à cette arme, c’est alors que les fourmis protectrices entrent en jeu. 
Outre ce monde minuscule, le Sureau noir est utile au blaireau européen ainsi qu’à une soixantaine d’espèces d’oiseaux dont le merle noir, la grive, la fauvette à tête noire.
Bien qu’assez peu mellifères, ses fleurs bourdonnent d’insectes butineurs et pollinisateurs au printemps et sa floraison dure longtemps. Il est ainsi recommandé dans les haies champêtres ou mellifères, attirant une faune qui lui est propre et permet de nouvelles relations de commensalisme ou de prédation. 

Usages traditionnels du Sureau noir

Les feuilles mortes du sureau enrichissent efficacement le compost, et leur odeur désagréable peut éloigner taupes et campagnols. On en fait par ailleurs du purin en laissant macérer les feuilles hachées dans de l’eau. Autrefois, chaque poulailler avait son Sureau noir qui offrait ombre et nourriture aux poules. Celles-ci raffolent en effet de ses fruits, et la capacité qu’ont les feuilles de l’arbre d’enrichir le sol aide à l’accroissement de la population de vers de terre, ce qui n’est pas pour déplaire à nos amies gallinacées.
Enfin, le Sureau noir a depuis longtemps été mis à profit par la médecine traditionnelle. Il a été prouvé lors d’études relativement récentes que l’usage des fleurs de sureau était efficace pour soigner le rhume ou comme diaphorétique (provoque la sudation) et expectorant. En Israël, son efficacité pour guérir les symptômes de la grippe a été démontrée. Il convient toutefois de faire attention : les baies crues sont légèrement toxiques et peuvent provoquer diarrhées et vomissements. 
Mais cela ne concerne pas la multitude d’animaux que cet arbre fait vivre !