Pourquoi le blaireau d’Europe est-il mal aimé ?

Essentiel à la biodiversité, le blaireau souffre de mauvaise réputation parce qu’il retourne la terre, pille parfois les potagers et transporte des maladies.

Vianney Renard

Directeur Forêt
Pourquoi le blaireau d’Europe est-il mal aimé ?

Parce qu’il retourne la terre pour creuser ses galeries et qu’il peut causer des ravages dans les jardins potagers ou les cultures de céréales, le blaireau souffre d’une mauvaise réputation. Encore régulièrement chassé sans raison en France, il rend pourtant de grands services à la nature. Nous sommes fiers d’avoir des blaireaux dans nos forêts !

Les services écosystémiques rendus par le blaireau européen

Sa seule présence sur un territoire est indicatrice d’une riche biodiversité. Parce que le blaireau, que l’on range au nombre des espèces carnivores, mais qui a davantage une morphologie et un comportement d’animal omnivore, se fait un régal de vers de terre dont il peut manger jusqu’à cent kilogrammes par an. Or, nous savons combien la présence de lombrics dans un sol est synonyme de sa bonne santé. Là où les terres ont été dégradées par des monocultures intensives et appauvries par l'aspersion de pesticides, les lombrics se font rares, les blaireaux aussi. 
A l’inverse, là où la biodiversité est riche et la vie fructueuse, le blaireau s’installe et participe à l’enrichissement de cette vie abondante. Il est l’un des maillons d’une chaîne alimentaire qui forme un cercle vertueux. 
Animal forestier, par son incessante activité d’aménagement du territoire, qui l’apparente au castor pour son caractère d’espèce-ingénieur, il aère et mélange les sols qu’il creuse en permanence. Le blaireau retourne la terre non seulement pour chercher sa nourriture, mais aussi pour creuser son terrier. Par cette action, il met au jour des graines enfouies dans les profondeurs du sol, favorisant la germination de plantes et d’arbres autochtones. Dans le même temps, il enterre des graines qui seront peut-être désenfouies beaucoup plus tard. 
En marquant le sol de son urine, il contribue à l’enrichir en azote. Gros mangeur de fruits et de baies, il contribue à en disséminer les graines dans ses excréments. 
Enfin, cet infatigable creuseur délaisse parfois ses terriers que d’autres animaux exploitent, certains allant jusqu’à loger dans le même terrier que le blaireau : renard roux, lapin de garenne, mulots et campagnols, dont il fait par ailleurs de grands festins, ou encore une espèce de chauve-souris, le Petit rhinolophe. 
Enfin, ce gros mangeur de vers, de gastéropodes ou de rongeurs participe à la régulation des espèces. Il est un maillon indispensable de la chaîne alimentaire forestière.

Caractéristiques et habitudes du blaireau d’Europe

Le blaireau européen (Meles meles) est l’une des quatre sous-espèces de blaireau d’Eurasie. Autrefois largement présent sur le continent, son aire de répartition y est plus ou moins dense suivant les régions, mais s’étend à peu près partout en France en-dessous de 2000 mètres d’altitude, sauf en Corse où on ne le trouve pas. 
Plus grosse espèce de mustélidés d’Europe, ce petit ours est aussi nommé Blaireau vulgaire, Blaireau ordinaire ou Tesson. Sa femelle est la blairelle et ses petits les blaireautins. Trapu et court sur des pattes robustes, il est aisément reconnaissable aux deux bandes noires qui s’étirent de chaque côté de sa tête blanche, incluant les yeux, jusqu’en haut du dos. Le reste de son pelage est gris sur le dessus, noir au-dessous et sur les pattes. Il porte un liséré blanc sur les oreilles, des poils clairs à la base et au bout, noirs au milieu. Le bout de sa queue est blanche, sa tête est petite et très allongée vers le museau. Son pelage mue au printemps, ses nouveaux poils de jarre et de bourre croissent à l’automne. 
Son activité est essentiellement nocturne et crépusculaire. Entre mai et août, il sort de son terrier avant la nuit, après avoir longuement observé les alentours, à l’orée de son terrier, pour être bien sûr qu’aucun prédateur ne soit dans les parages. Pour cela, il utilise principalement son odorat, extrêmement développé et son ouïe, qui est assez fine, tandis que sa vue est assez basse, étant un animal de terrier. 
De novembre à février, il quitte moins régulièrement son terrier, car la nourriture est moins abondante et, bien qu’il n’hiberne pas, il vit principalement sur les ressources de graisse qu’il s’est composées au cours de l’été, pesant trois à quatre kilos de plus au début de l’hiver. 
Les blaireaux mâles atteignent leur maturité sexuelle au début de la troisième année. La reproduction se déroule principalement entre janvier et mars mais la femelle peut être réceptive à d’autres périodes de l’année. Celle-ci se fait ensemencer par plusieurs mâles et l’ovule fécondé peut rester logé plusieurs mois en elle avant de nidifier dans l’utérus et d’être développé. La gestation est alors rapide, ne durant que deux mois. Les petits naissent aveugles, entre 2 et 7 par portée, et sont largement dépendants de leur mère, qui s’est entretemps établie avec un mâle, au cours de leur première année. La moitié des blaireautins ne passe pas la première année, tandis que 30% des blaireaux adultes meurent chaque année.

Blaireau de la forêt de Préaux

Pourquoi chasse-t-on le blaireau ?

Parce que cet animal fouisseur est capable de retourner et déplacer jusqu’à 40 tonnes de terre afin de creuser son terrier aux multiples entrées et galeries, il n’est pas apprécié des cultivateurs et des ordonnateurs des paysages. 
Les uns lui reprochent de s’attaquer aux jardins potagers, ce qu’il fait notamment quand la sécheresse ou le gel rendent les sols difficilement accessibles pour y trouver les vers de terre qu’il aime. D’autres n’aiment pas sa présence autour des champs cultivés parce qu’il est également amateur de céréales (maïs, orge, blé, seigle…) 
Mais c’est surtout sa forte propension à transporter des maladies comme la tuberculose bovine et la rage qui lui a valu cette haine d’une partie du monde paysan. Le blaireau a ainsi longtemps été chassé et abattu sans complaisance, une pratique qui est désormais moins courante mais qui perdure malgré tout. 
Sa population n’est toutefois pas très importante en France, sinon peut-être dans l’Est, et les maladies, ainsi que le trafic routier qui s'intensifie régulent assez largement le nombre de blaireaux d’Europe présents sur notre territoire, ses prédateurs naturels faisant le reste : lynx, loups, aigles, chiens, hiboux grand-duc et renards. 
Alors qu’en Belgique, c’est une espèce strictement protégée, en France il est encore chassé dans certains départements. Nous en avons photographié un à la nuit tombée dans notre forêt de Préaux en Mayenne, et nous en faisons une grande joie.