Sortir de la crise : Emmanuel Macron a entendu les préconisations des citoyens

Les 150 membres de la convention citoyenne ont remis 50 propositions au gouvernement pour bâtir une société plus sobre et respectueuse de l’écologie

Baudouin Vercken

Directeur Général Délégué
Sortir de la crise : Emmanuel Macron a entendu les préconisations des citoyens

Ils sont 150 membres de la société civile, tirés au sort, formant la convention citoyenne pour le climat. Dans les 50 propositions qu’ils ont faites au gouvernement et au chef de l’Etat, nous avons retrouvé certains éléments que le président de la République a mis en avant dans son discours télévisé, lundi 13 avril 2020. Et si nous transformions vraiment l’essai ? Si un monde plus sobre, fondé sur une consommation vertueuse et responsable s’ouvrait à nous ? Et si l’écologie reprenait toute sa place ?

Vers une responsabilité sociétale

Nous vivons un tournant, sinon historique, au moins sociétal. Les Français, d’ordinaire indisciplinés, comme l’a dit Emmanuel Macron, individualistes et habituellement opposés les uns aux autres pour ce qui est de la direction à donner au pays et à sa politique, semblent réunis autour d’une cause commune. Il faut dire que la crise majeure que nous traversons, liée à la pandémie de Covid-19, n’y est pas pour rien. Et elle met au jour une véritable conscience commune. Comme dans chacune des périodes difficiles que le pays a traversées, les citoyens français trouvent à se réunir autour d’un combat difficile mais noble, à mener de concert. C’est aujourd’hui la reprise économique, mais surtout écologique. Chacun a bien conscience désormais de l’enjeu primordial du respect de la nature et de la biodiversité. C’est ce qui ressort du sondage réalisé par Les Echos et Radio Classique. C’est ce que reflètent les 50 propositions faites au gouvernement des membres de la convention citoyenne pour le climat. C’est ce qu’a entendu notre président de la République, eu égard à son discours de lundi 13 avril. Si tout cela n’est pas que feu de paille, ce que nous espérons profondément, nous nous acheminons vers une société plus responsable, plus sobre, plus collective.

Des préconisations remises plus tôt au chef de l’Etat

C’est donc une “contribution à la sortie de crise” qui a été remise le 9 avril au soir à Emmanuel Macron et à son gouvernement, de manière anticipée. Et l’on peut s’en féliciter, car nous avons retrouvé dans les paroles du président un certain nombre des orientations que souhaite donner cette convention à la politique française, qui concorde avec les résultats du sondage réalisé dans le même temps. La crise liée au Covid-19 a accéléré une réflexion qui était en cours depuis six mois. Au bout du compte, la convention citoyenne propose rien de moins qu’un nouveau modèle de société qui ne sacrifierait pas le climat, l’humain et la biodiversité à l’autel de la relance économique. Et si nous transformions les paroles en actes, et ne répétions pas l’erreur commise à la suite de la crise financière de 2008 qui n’a résolu aucun des problèmes qu’elle avait mis au jour, les amplifiant plutôt ? Cela répondrait aux interrogations angoissées de ce jeune membre de la commission citoyenne, qui confiait au Monde sa “peur que le climat ne soit plus la priorité de personne au gouvernement, mais aussi au sein de la population qui pense d’abord – et c’est normal – à sauver son travail, sa maison, avant la planète.”

Réduire l’impact carbone des logements 

L’une des premières mesures envisagées par ce groupe de citoyens, est l’amélioration des performances énergétiques des logements. L’ambition serait ainsi de rénover 20 millions de logements français, ainsi que des bâtiments publics et tertiaires pour atteindre un niveau de performance A et B pour tous. Rappelons-nous que les bâtiments sont, en France, le premier consommateur d’énergie, et le quatrième émetteur de Gaz à Effet de Serre. Reste à savoir comment faire pour réduire drastiquement les émissions de CO2 de tant de logements, au cours des 20 prochaines années. Aides publiques, système de bonus, malus ? C’est ce que propose la convention citoyenne

Préserver les terres agricoles et sauver la biodiversité

Contenir l’étalement urbain et lutter contre l’artificialisation des sols est bien entendu une mesure que nous soutenons avec ardeur. Ce, afin d’agir en faveur de la biodiversité et de la préservation des écosystèmes si importants à la vie sur terre et à notre bien-être. Dans le but également de réduire les consommations d’énergie liées aux déplacements. L’objectif est ainsi de limiter jusqu’en 2030 le nombre d’hectares artificialisés pour chaque commune au quart de ce qui a été fait au cours des deux premières décennies du siècle. Et de mettre immédiatement fin à l’aménagement de nouvelles zones commerciales périurbaines qui s’arrogent de grands espaces grignotés à la nature. 

Favoriser les circuits courts et une alimentation durable

Un autre des points-clés abordés par cette convention de citoyens est l’alimentation, secteur fortement consommateur d’énergies et émetteur de gaz à effet de serre, s’il ne respecte pas certains prérequis que sont les circuits courts, le développement d’une agriculture et d’un mode d’élevage respectueux de la nature. Les membres de la convention proposent ainsi d’agir sur des leviers publics en créant des fermes municipales et des “plates-formes de regroupement des productions.” Ils proposent également la création d’un guide d’achat à destination des acheteurs publics, dans le but de “valoriser les produits issus de circuits courts, locaux, durables, et à faible coût environnemental”. Enfin, ils demandent que soit renégocié le CETA (traité de commerce passé entre l’Union européenne et le Canada). 

Décourager la surconsommation 

Pour atteindre tous ces objectifs, qui nous feraient entrer dans une société plus sobre et plus respectueuse de la nature, les 150 citoyens proposent de mettre un terme à la surconsommation, en changeant radicalement de paradigme. C’est ainsi qu’ils proposent une éducation à la sobriété numérique, à l’environnement et au développement durable. Ils demandent une régulation et un encadrement strict de la publicité, afin de “mettre un frein à la surconsommation”. A partir de 2023, on interdirait ainsi la publicité des produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre (GES) ; on s’appliquerait aussi à “limiter fortement les incitations quotidiennes et non choisies”. Ils proposent l’éradication des panneaux publicitaires dans l’espace public extérieur et l’obligation d’une mention accompagnant les publicités du type : “En avez-vous vraiment besoin ? La surconsommation nuit à la planète”.

Réduire l’impact carbone des véhicules

Les véhicules sont également, nous le savons, responsables de 29% des émissions de GES en France, dont la moitié pour les seules voitures. Agir sur le climat, c’est nécessairement s’attaquer à la place de la voiture individuelle dans le pays. Il faut donc, estiment-ils, encourager d’autres modes de transport en rendant obligatoire et augmentant la prime de mobilité durable prévue par la loi d’orientation des mobilités, afin qu’elle bénéficie à l’ensemble des Français qui effectuent leur trajet domicile travail à vélo ou en covoiturage.
Ils préconisent également d’inciter au développement des pistes cyclables et de l’usage du vélo, et d’accroître l’usage du train, moins émetteur de GES, en abaissant la TVA sur les billets. 
Il faut par ailleurs faire évoluer le parc automobile, estiment-ils, en réduisant le nombre de SUV et appliquant des mesures plus drastiques à l’encontre des véhicules les plus polluants. 

Décarboner l’économie

Enfin, toutes ces mesures ont pour finalité et pour moyen de décarboner l’économie. Cette crise doit être perçue et comprise comme le moment d’un changement radical afin de “revisiter les modes de production et de travail”. Nous devons accélérer la transition écologique vers une économie décarbonée, d’ici à 2050. Les propositions qui sont faites mettent en avant un financement public de la recherche et l’innovation dédiées à l’écologie et à l’environnement. “Sortir de l’innovation pour l’innovation”, clament-ils, pointant du doigt le passage de la 4G à la 5G, qui n’est nullement nécessaire et générerait plus de 30% de consommation d’énergie carbonée en plus.
Ils mettent ainsi en avant une innovation vertueuse, et l’on comprend que ce que cherche cette convention de citoyens est avant tout le sens des choses et leur utilité au développement d’un mieux-être. Comment ne pas souscrire à ces mesures et ne pas soutenir cet objectif ? Comment ne pas être en accord avec le projet d’une société sobre, vertueuse et respectueuse de la nature dans toutes ses dimensions ? Ajoutons que le développement du recyclage et la fin de l’obsolescence programmée des produits comptent également parmi les préconisations
Rien de révolutionnaire donc, dans l’ensemble de ces propositions, à moins que la vraie révolution soit celle-ci : faire un tour sur soi-même pour revenir à une vie plus respectueuse de la nature et enjamber quelques décennies qui ont cru pouvoir s’affranchir de leur lien à la terre-mère.