Covid-19, maladies infectieuses : nous les devons au déclin de la biodiversité

Covid-19, maladies infectieuses : nous les devons au déclin de la biodiversité

Si les épidémies infectieuses comme le Coronavirus augmentent ces dernières décennies, elles ne sont pas sans lien avec le réchauffement climatique et l’appauvrissement de la biodiversité. C’est notre rapport à la nature et aux fragiles équilibres des écosystèmes terrestres et marins qu’elles mettent en cause. Il est urgent de l’admettre et d’agir.

Le problème n’est pas que médical

Bien sûr, les virus ont toujours existé, mais les épidémies que nous connaissons ces dernières décennies, qui sont des zoonoses, (maladies et infections dont les agents se transmettent naturellement des animaux vertébrés à l'être humain, et vice-versa), ainsi que les définissent les scientifiques, nous arrivent avec une fréquence accélérée. Comme le réchauffement climatique ? Hélas, c’est un peu le même phénomène d’accélération qui se remarque. Comme l’explique dans Le Monde Philippe Grandcolas, spécialiste de l’évolution des faunes et du comportement des insectes dictyoptères, directeur de recherche au CNRS et directeur de laboratoire au Muséum national d’histoire naturelle, “nous savons qu’il ne s’agit pas que d’un problème médical”.

L’homme est responsable des épidémies par son atteinte aux milieux naturels

Par les atteintes qu’il porte aux habitats naturels de nombreuses espèces sauvages, l’homme a une grande part de responsabilité dans ce qui lui arrive aujourd’hui, via la pandémie de Covid-19. Et cette responsabilité est largement partagée dans le monde. Elle n’est pas que l’affaire de Chinois pour le Coronavirus, ou d’Africains pour le Sida. Car, rappelle Philippe Grandcolas, nous autres tuons un très grand nombre de renards chaque année, qui sont les prédateurs de rongeurs porteurs d’acariens. Or, ces derniers peuvent transmettre la maladie de Lyme par leurs piqûres. De la même manière, les élevages intensifs d’animaux sont des foyers de maladies, telle que la grippe aviaire. Pour éviter les épidémies, on les gave d’antibiotiques, qu’ils rejettent dans les milieux naturels, contribuant à des phénomènes d’antiobiorésistance. On peut encore prendre l’exemple des néonicotinoïdes, cette innovation industrielle et commerciale qui permet de meilleurs rendements mais dévaste toute la biodiversité alentour.
L’émergence de ces maladies infectieuses correspond à notre emprise grandissante sur les milieux naturels. On déforeste, on met en contact des animaux sauvages chassés de leur habitat naturel avec des élevages domestiques dans des écosystèmes déséquilibrés, proches de zones périurbaines. On offre ainsi à des agents infectieux des nouvelles chaînes de transmission et de recompositions possibles”, explique le spécialiste.

Des épidémies et des bêtes

Au début des années 2000, une épidémie de SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) avait été stoppée avant de causer des ravages. Elle était due à un coronavirus issu de la combinaison de virus d’une chauve-souris et d’un autre petit mammifère carnivore. L’épidémie de Sida est due, elle, à “une contamination de primates, puis une transmission à des centaines de millions de personnes”. Ebola, c’est encore une maladie que l’on doit à une chauve-souris.
Mais alors faudrait-il éradiquer chauve-souris, pangolins, primates, etc, pour éviter les épidémies ? Bien sûr que non, car tout ce qui vit est utile et absolument indispensable à l’équilibre de l’écosystème terrestre, dont nous faisons partie. Des grands singes aux micro-organismes. Le problème est que nous brisons les barrières naturelles entre le monde sauvage et les animaux d’élevage, et que nous chamboulons des écosystèmes qui étaient parfaitement organisés, où les maladies étaient régulées.
La biodiversité est plus compliquée à comprendre que l’évolution du climat qui se mesure en concentration de gaz à effet de serre et produit des événements météorologiques extrêmes. Ainsi l’émergence de nouvelles maladies ne se résume pas à des statistiques de rencontres entre des populations humaines en santé précaire et des milieux tropicaux riches en agents infectieux. Il s’agit surtout d’un problème de simplification des écosystèmes, de morcellement des habitats naturels où la diversité baisse. La capacité des agents infectieux à se transmettre de proche en proche en est renforcée, leur prévalence augmente, leurs ennemis peuvent disparaître”, dit encore le scientifique.
Pour éviter de nouvelles pandémies meurtrières et de nouveaux confinements de population, il convient donc d’apprendre à mieux connaître la biodiversité et les écosystèmes complexes que nous malmenons trop souvent sans les considérer. Et il est nécessaire d’enrichir la biodiversité, non seulement pour réduire le changement climatique qui affecte toute la faune et la flore mondiales, mais également pour prévenir de nouvelles maladies.

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