Réchauffement climatique, gare à la désinformation !

Les réseaux sociaux Youtube et Twitter véhiculent des contenus climatosceptiques, or leur force de frappe est puissante.

Pierre-François Dumont Saint Priest

Directeur Général Délégué
Réchauffement climatique, gare à la désinformation !

Les réseaux sociaux jouent un rôle prépondérant dans notre société de communication, or leur caractère climatosceptique est pointé du doigt. Malgré eux, Youtube et Twitter promeuvent des théories remettant en cause les démonstrations scientifiques ainsi que le bon sens quant au réchauffement climatique. Comble de l’histoire, c’est l’intelligence artificielle qui nie l’impact de l’homme sur le changement climatique !

Le réchauffement climatique n’est pas un fantasme

Est-il encore nécessaire de démontrer que le réchauffement climatique est en cours, qu’il affecte toute la Terre dans le même temps, pour la première fois de l’Histoire, et qu’il est notamment d’origine anthropique ? Il semble que oui, tant il demeure de sceptiques dans le monde. L’étonnant, c’est que tout le monde semble croire que le virus Covid-19 existe bien, alors que nul sauf les biologistes ne l’a vu. En ce domaine, nous faisons confiance à la médecine et aux scientifiques et nous ne le ferions pas pour ce qui est d’un problème plus conséquent, aux effets sans doute plus dramatiques, le réchauffement climatique ?
Nul ne cherche à nier le fait que nous soyons biologiquement, géologiquement dans une phase de réchauffement naturel de la biosphère. Les scientifiques, les experts, les observateurs et en fin de compte tout un chacun pensent et ajoutent à cela que les activités des hommes accélèrent largement un phénomène naturel. C’est ce que l’on nomme le réchauffement climatique d’origine anthropique, qui s’ajoute au réchauffement biologique

Peut-on être climatosceptique ?

Peut-on croire que toutes nos émissions de gaz à effet de serre, que toutes ces fumées que nous rejetons, et les déchets plastiques, l’essence que l’on brûle dans les véhicules, les avions qui sillonnent le ciel, l’usage permanent de l’électricité, d’Internet, des smartphones, que tout cela n’ait aucun effet sur l’air que nous respirons ? Sur la couche d’ozone ? Sur l’atmosphère ? Finalement, sur le climat ? En ce domaine, la science ne vient qu’étayer et confirmer ce que le bon sens a déjà noté. Mais s’il nous faut encore des chiffres, nous pouvons considérer la différence des taux d’émissions de particules fines et d’oxyde d’azote avant le confinement et depuis que l’activité humaine a diminué à la suite du confinement. Nous pouvons observer les changements physiques et climatiques concrets du réchauffement et leur effet sur la faune, la flore et toute la biodiversité. Nous pouvons encore considérer l’empreinte carbone des Français et des autres pays du monde. Et s’il nous vient encore à l’esprit que tout cela ne peut avoir aucun impact sur la Terre où nous vivons, sur la mer qui nous nourrit et le ciel qui nous berce, c’est peut-être que nous subissons l’influence des robots et des algorithmes de la Silicon Valley. 

Youtube et Twitter climatosceptiques

Trève de boutade, examinons les choses sérieusement. D’abord, nous apprenons, d’un rapport de l’ONG Avaaz, que les vidéos à caractère explicitement climatosceptique sont nombreuses sur Youtube. Chacun a le droit de s’exprimer, telle n’est pas la question. Ce qui semble plus problématique, c’est que, algorithmes aidant, ce genre de vidéos se développe, se transmette et soit proposé couramment aux internautes, parmi d’autres vidéos évoquant le changement climatique. Et qu’elles soient souvent sponsorisées par nombre de grandes entreprises voire d’ONG tels que WWF ou Greenpeace. 
Non pas que celles-ci soutiennent ces discours, mais elles ne sont même pas au courant du contenu qu’elles sponsorisent ou financent. C’est l’inconvénient de laisser faire les machines et l’intelligence artificielle. Au bout du compte, environ 20% des vidéos visionnées au sujet du réchauffement climatique aurait un propos sceptique voire carrément hostile envers le discours scientifique. 
Dans le même domaine, The Guardian révèle qu’un quart des tweets émis au sujet du climat proviendrait de bots, c’est-à-dire d’intelligence artificielle capable d’écrire comme un être humain. Or, la plupart d’entre ces tweets remettrait également en cause les propos officiels sur le changement climatique d’origine anthropique. C’est ainsi que lorsque le président Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, les bots auraient eu tendance à la féliciter sur Twitter
Que les robots nient l’impact des activités humaines sur le réchauffement climatique ne manque pas de piquant, puisque nous savons que les nouvelles technologies et l’usage d’Internet sont loin d’avoir un bilan carbone positif
Alors que la crise sanitaire dont nous subissons les effets est en partie due à notre manque de respect envers l’environnement et l’écosystème terrestre fragile, il est plus que temps de prendre nos responsabilités et d’admettre que nous devons favoriser la richesse de la biodiversité tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre. C’est à ces deux conditions que notre monde se portera mieux, non pas en refusant de voir l’évidence.