Pour sauver le climat changeons notre mode de vie

Planter des arbres pour sauver le climat, oui, mais d’abord penser à la réduction des émissions de CO2.

Baudouin Vercken

Directeur Général Délégué
Pour sauver le climat changeons notre mode de vie

Planter des arbres pour sauver le climat, oui, mais d’abord penser à la réduction des émissions de CO2. Le changement climatique n’est pas une question secondaire que l’on réglera à la va-vite, même en plantant un milliard d’arbres. Méfions-nous des solutions trop simples et trop unanimes.

Consensus à Davos

Le consensus était si parfait qu’il ne pouvait que nous interpeller. A Davos, même le président Trump, d’ordinaire si réfractaire aux mesures permettant de limiter le réchauffement climatique, s’était prononcé en faveur de la Trillion Trees Initiative. Cette plateforme est destinée à réunir tous les projets de reforestation en vue de la séquestration du dioxyde de carbone par 1000 milliards d’arbres. Or, ce projet hégémonique n’est-il pas justement l’arbre qui cache la forêt ?

Une dangereuse distraction climatique ?

C’est en quelque sorte ce que craint la très sérieuse Technology Review du MIT. Si les dirigeants politiques se sont accordés si rapidement sur un plan de telle envergure, c’est qu’il arrange bien leurs intérêts, et leur permet de s’offrir une bonne conscience à peu de frais. Laissons-les planter des arbres, et poursuivons nos affaires, semblent dire les plus cyniques.
Ce n’était pas tout à fait cela, la philosophie qui nous mena aux accords de Paris lors de la Cop 21. Il y était davantage question d’une véritable transition énergétique.

Planter des arbres, mais encore ?

Planter des arbres n’est pas un substitut aux efforts profonds que nous devons faire pour modifier notre mode de vie et limiter drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce sont des modifications profondes dans nos comportements qui auront un véritable impact sur le changement climatique. La politique doit s’occuper de ce problème, mais chacun d’entre nous peut prendre part à ce mouvement planétaire. Ainsi, adoptons une sobriété heureuse. Restreignons l’énergie que nous dépensons dans nos logements, soyons frugaux dans notre consommation de nouvelles technologies, prenons garde à notre usage d’Internet, veillons à ne pas gaspiller l’eau, à produire le moins de déchets possible. De la même manière, ayons un oeil sur nos manières d’utiliser les moyens de transport et adoptons l’écoconduite, ou préférons l’usage du train à celui de l’avion.

La contribution écologique est plus importante que la compensation carbone

Réduire nos émissions de GES est indispensable. Nous ne devons pas croire ou laisser croire que la compensation carbone serait une sinécure. Car cela reviendrait à nous dédouaner de la pollution dont nous sommes responsables, au prétexte que les arbres pourraient absorber les énormes quantités de CO2 qu’émettent nos activités industrielles, notre utilisation des multiples technologies qui sont à notre portée, ou nos voyages.
A l’inverse, contribuer à l’écologie, au bien-être des forêts ou à l’accroissement de la biodiversité nous fait prendre conscience que nous évoluons dans un environnement naturel où tout est lié. Cela nous pousse à prendre en considération l’oeuvre de la nature et à la respecter, sans croire qu’elle pourra pallier tous nos manquements et notre absence de volonté.

Il faut prendre soin des forêts pour sauver le climat

Avant de planter 1000 milliards d’arbres, nous serions bien avisés de prendre soin des forêts qui existent chez nous et de tout faire pour freiner la déforestation qui est en cours en certaines parties du monde. Là aussi, nous sommes immédiatement responsables et avons une carte à jouer, en adoptant une consommation responsable et en contribuant à des projets concrets. Les utopies sont certes séduisantes mais pas toujours sensées. Les arbres que nous plantons aujourd’hui, nous rappelle le MIT, n’absorberont que demain les émissions de CO2 qui ont un impact hic et nunc. Bien sûr, il ne s’agit pas de ne rien faire, mais de commencer par ce qui est possible et déjà à l’oeuvre.
En outre, les terres compatibles avec une reforestation ne sont pas infinies, de même que les ressources de la Terre ne sont pas illimitées. La Technology Review du MIT estime qu'il faudrait 155 millions d'hectares de nouvelles forêts pour compenser les émissions des Etats-Unis, soit plus de deux fois la taille du Texas.
Enfin, il serait contreproductif de planter des forêts non gérées qui feraient courir le risque de nouveaux incendies aussi gigantesques que ceux qu’ont récemment subi l’Australie ou l’Amazonie. Auquel cas, une très grande partie du CO2 absorbé serait relâché dans l’atmosphère, et nous n’y aurions rien gagné.
Il est toujours séduisant d’avoir de beaux et grands projets pour l’avenir, mais le combat contre le réchauffement climatique se livre dès à présent. Soignons dès maintenant les forêts qui sont sur pied et continuons d’en planter de nouvelles, que nous puissions entretenir et soigner. C’est à un travail de fourmi que nous sommes appelés, plus qu’à une oeuvre de Titan.