Planter 1200 milliards d’arbres sur la planète ?

Thomas Crowther estime que l’on peut planter 1200 milliards d’arbres sur la Terre, sans que cela affecte la production agricole.

Planter 1200 milliards d’arbres sur la planète ?

Thomas Crowther, gallois de 32 ans, nommé professeur à l’université ETH de Zurich, estime que l’on peut planter 1200 milliards d’arbres sur la Terre, sans que cela affecte la production agricole. Il s’agirait d’en planter un seul petit milliard en France. Programme ambitieux ou démesuré ? Examinons la situation de plus près.

La mission d'EcoTree est d'entretenir les forêts de France

La première mission d’EcoTree est écologique. Pour parvenir à œuvrer dans le sens d’un mieux-être collectif, la start-up bretonne plante et entretient des forêts. Le programme de plantation de Thomas Crowther devrait donc sonner gentiment à ses oreilles et lui donner le sourire. Toutefois, sachons raison garder : l’idéal n’est pas la quantité, mais la qualité. Planter un milliard d’arbres en France, ce peut être une très belle opération, mais dans une perspective de renouvellement de forêts vieillissantes ou mal entretenues. Comme l’indique l’article de Batirama, ce projet reviendrait à couvrir de forêts l’équivalent de la Suisse !

Sur quoi se fonde l'étude de Thomas Crowther ?

Les recherches menées par le scientifique mettent en évidence le "potentiel époustouflant" de la plantation d'arbres pour faire face à la crise climatique. Elles sont basées sur la mesure de la couverture arborescente par des centaines de personnes à l'aide de 80 000 images satellites à haute résolution de Google Earth. L'intelligence artificielle a ensuite combiné ces données avec 10 facteurs clés du sol, de la topographie et du climat pour créer une carte globale des endroits où les arbres pourraient pousser. 

Cela a montré qu'environ deux tiers de l'ensemble des terres - 8,7 milliards d'hectares - pouvaient supporter la forêt, en plus des 5,5 milliards d'hectares sont déjà boisés et sans empiéter sur le milliard et demi d'hectares utilisés pour l'agriculuture. 

"Cette nouvelle évaluation quantitative montre que la restauration [des forêts] n'est pas seulement l'une de nos solutions au changement climatique, c'est surtout la plus importante ", a déclaré le professeur Tom Crowther de l'EPFZ, qui a dirigé les recherches. "Ce qui me sidère, c'est l'échelle. Je pensais que la restauration serait dans le top 10, mais elle est beaucoup plus puissante que toutes les autres solutions proposées en matière de changement climatique."

M. Crowther a souligné qu'il demeurait essentiel d'inverser la tendance actuelle à la hausse des émissions de gaz à effet de serre dues à la combustion d’énergies fossiles et à la destruction des forêts, et de les ramener à zéro. Selon lui, cela est nécessaire, pour éviter que la crise climatique ne s'aggrave encore, et parce qu'il faudra 50 à 100 ans pour que la restauration des forêts envisagée produise tous ses effets, à savoir l'élimination de 200 milliards de tonnes de carbone.

La plantation d’arbres est surtout une solution à la portée de tous. "C'est disponible maintenant, c'est le moins cher possible et chacun d'entre nous peut s'impliquer." Les individus pourraient avoir un impact tangible en cultivant eux-mêmes des arbres, en faisant des dons aux organisations de restauration forestière et en évitant les entreprises irresponsables, a-t-il ajouté.

Avec ce nouveau système perfectionné de comptage des arbres dans le monde mise en place par le porfesseur Thomas Crowther et l'université de Yale, ces nouvelles forêts ne feraient pas concurrence aux terres agricoles. C’est tant mieux. Cela pourrait au contraire servir à lutter contre l’artificialisation des sols ; c’est encore une bonne chose. Mais est-ce un défi que nous sommes capables de relever aujourd’hui et est-il en tous points vertueux ?

Faut-il étendre la couverture forestière sur Terre ?

Les scientifiques discutent vigoureusement les vertus et les défauts d’une plantation massive de forêts dans le monde, comme le montre un article paru au moins de janvier dans la revue Nature. Si vigoureusement que, si l’on en croit l’article de Nature, la scientifique Nadine Unger aurait reçu des menaces de mort, à la suite d’un article publié dans The New York Times, dans lequel elle émettait l’hypothèse qu’un trop large afforestement du monde pourrait accroître la hausse des températures. Nous frisons là l’irrationnel. A moins que cet épisode ne mette en lumière les colossaux enjeux financiers qui se cachent derrière une idéologie de façade.

Sachons donc faire la part des choses. La thèse défendue par la scientifique est qu’une trop large couverture forestière empêcherait les rayons du soleil de retourner dans l’atmosphère après avoir touché la Terre, que les feuilles des arbres feraient donc effet de serre. C’est un argument discutable, mais qui n’est pas inaudible. En toute chose, il faut se prémunir de la démesure. Faut-il donc planter 1200 milliards d’arbres sur la Terre ?

Ne vaut-il pas mieux d’abord gérer les forêts qui existent ?

En France, la couverture forestière s’étend chaque année, depuis un siècle et demi. Près d’un tiers du pays est déjà couvert de forêts. C’est très beau, mais à condition que les forêts soient entretenues et gérées. L’objectif n’est pas uniquement économique, il est intimement lié à l’écologie. Des forêts non entretenues peuvent libérer plus de carbone qu’elles n’en absorbent. Si l’on y ajoute un éventuel effet de serre, on en parvient à la conclusion qu’il vaut mieux planter dans des proportions plus raisonnables et de manière intelligente. Que certaines régions du monde aient besoin de nouvelles forêts, c’est absolument sûr. Que la recherche scientifique se développe en ce domaine, c’est une excellente chose. Que le Crowther Lab, soutenu par une ONG hollandaise, s’attelle à une approche multi-disciplinaire afin de mieux comprendre l’interaction entre les forêts et le climat, nous ne pouvons que nous en réjouir.

Mais nous sommes plus mesurés sur le fait qu’il faille absolument couvrir de forêts tous les espaces non-agricoles du monde. Il ne suffit pas de semer des graines, il faut encore être capable d’accompagner la pousse des plants et de les aider à atteindre leur maturité dans de bonnes conditions. Etre forestier est un métier. Et les forêts doivent être traitées avec respect.