Pour mettre fin à l’ère des pandémies, il faut préserver la biodiversité

De nouvelles épidémies, plus terribles que la Covid-19, nous pendent au nez, si nous continuons d’empiéter sur l’habitat des animaux sauvages.

Baudouin Vercken

Directeur Général Délégué
Pour mettre fin à l’ère des pandémies, il faut préserver la biodiversité

Changement climatique, déforestation, réduction des habitats de la faune et de la flore sauvages, perte de biodiversité : voici les éléments favorables au développement de zoonoses susceptibles d’accoucher de nouvelles pandémies mondiales. Les scientifiques estiment que de nouvelles épidémies, plus terribles que la Covid-19 nous pendent au nez, si nous continuons d’empiéter sur l’habitat des animaux sauvages. Il est urgent de prendre la mesure des risques que nous fait courir notre manière de vivre.

Nous sommes entrés dans l’ère des pandémies

De nombreux scientifiques estiment que nous sommes entrés dans l’ère des pandémies. Au cours des dix-neuf premiers siècles de notre ère, l’humanité a compté environ une pandémie par siècle, un peu plus depuis l’ère moderne, à cause des épidémies de peste. Depuis le début du XXe siècle, nous comptons six pandémies : trois de grippe (dont la grippe espagnole), le VIH, le Zika, et la Covid-19. Au rythme auquel nous allons, une nouvelle pandémie mondiale pourrait apparaître tous les dix ans. Aujourd’hui, une nouvelle pandémie apparaît tous les 20 ans, et le système de santé ne pourra probablement pas soutenir ce rythme. 
La communauté scientifique estime le nombre de virus susceptibles de contaminer les hommes de l’ordre de 630 à 830 000. Et ce ne sont pas les virus qui sont en cause dans cette histoire, mais la manière dont vit l’Homme.

Ere des pandémies : nous la devons à la déforestation

Les virus étaient sur Terre bien avant que l’Homme fût. Ils y seront probablement bien après que l’Homme ne soit plus. Dans la lutte qui semble s’être engagée entre eux et nous, nous devrions toutefois déplorer leur victoire. En vérité, il est bien dommage qu’une telle lutte ait lieu. Car, il semble bien que tant que l’Homme n'empiète pas sur le territoire des animaux sauvages, ceux-ci ne répliquent pas en le contaminant. Evidemment, cette contamination se fait à l’insu de leur plein gré ! Il n’empêche : si les gens se comportaient comme il faut, le monde serait comme il doit être, ainsi que l’écrivait Charles Dickens. Cette apparente tautologie est pourtant pleine de bon sens : nous ne pouvons déplorer les effets dont nous chérissons les causes. 
Aujourd’hui, la pandémie de Covid-19 paralyse le monde, et cela dure depuis un an. Mais dans le même temps, la déforestation massive et la conversion de terres sauvages en terres de culture se poursuit à un rythme effréné. Or, c’est précisément parce que nous empiétons sur le territoire des virus, qui sont pour la plupart réfugiés dans les espèces sauvages comme les grands singes, les chauves-souris, les moustiques, qu’ils nous contaminent. Le virus Zika en est l’exemple : apparu en Afrique dans les années 1940, il a été importé en Amérique latine en 2015 où il a contaminé des centaines de milliers de personnes et causé d’immenses ravages. Il a été transmis par un moustique qui s’en prenait jusqu’alors aux grands singes, lesquels sont le réservoir de ce virus. Les singes ayant peu à peu disparu, le moustique s’est tourné vers les hommes. Et la disparition des singes est en grande partie due à la déforestation qui affecte massivement les forêts primaires du bassin du Congo, comme celles de l’Amazonie ou de l’Océanie. 

Il est urgent de protéger la biodiversité

La réduction des risques de nouvelles pandémies passe par la protection de la biodiversité. La faune sauvage est menacée de toutes parts et nous menace en retour. Les économistes estiment à 1000 milliards de dollars les dommages économiques annuels qui seraient dus aux pandémies, mais le coût de la pandémie de Covid-19 est déjà huit fois plus élevé. 
A ce jour, 30% des maladies infectieuses émergentes sont attribuées au changement d’utilisation des terres, à l’expansion agricole et à l’urbanisation. Dans le même temps, le commerce d’espèces sauvages a augmenté de 500% depuis 2005. 
Les mesures à prendre sont donc théoriquement simples : réduire notre impact sur la nature sauvage pour éviter les contacts entre la faune sauvage et les hommes, cesser de convertir les forêts en terres cultivables ou bétonnées, et stopper le commerce des espèces sauvages. Bien entendu, la théorie se heurte souvent au mur de la réalité et il est plus facile pour nous, Européens, de critiquer la déforestation en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud que pour les peuples qui comptent dessus pour vivre ou survivre. Il est donc de la responsabilité de chacun de veiller à réduire son impact environnemental, à soutenir les entreprises vertueuses et à préserver la biodiversité partout où elle existe. Car il est hors de question pour nous de donner des leçons de morale et de distribuer des bons et des mauvais points. Nous estimons en revanche qu’il est de notre devoir de préserver la nature la plus proche de nous. C’est pourquoi nous entretenons les forêts françaises et nous attelons à préserver la biodiversité française. Car nous sommes dans un monde d’interconnexions constantes et ce qui a lieu ici a des répercussions là-bas, la propagation du Coronavirus nous l’a parfaitement démontré.