Moineau domestique, un locataire des arbres de nos villes

Petit oiseau le plus commun de nos villes et de nos campagnes, le moineau domestique recherche la compagnie des hommes qui le nourrissent sans peine.

Vianney Passot

Secrétaire général
Moineau domestique, un locataire des arbres de nos villes

Le moineau domestique est l’un des oiseaux les plus communs de nos villes et de nos campagnes. Habitué à la présence de l’homme depuis quelque 10 000 ans, ce petit piaf craintif n’aime pourtant rien moins que la présence des hommes qui lui fournissent l’essentiel de sa nourriture.

Le moineau domestique gîte dans les arbres, les buissons et les haies

Le moineau domestique est un petit oiseau pas si discret que nous connaissons tous. Et pour cause, il s’est si bien adapté à la compagnie des hommes qu’il ne vit presque plus dans les lieux sauvages. Ainsi, l’on n’en rencontre pas dans les forêts fermées, car il aime mieux les zones agricoles, les villes et surtout les villages ruraux où le gîte et le couvert sont mis à sa disposition toute l’année. En cela, ses mœurs ressemblent à celles de l’hirondelle
S’il affectionne, dans les campagnes, les haies et les buissons épineux qui le protègent des prédateurs, son hôtel en ville est le plus souvent un arbre ou un groupe d’arbres au feuillage épais, comme les platanes qui surplombent les avenues. Peu importe le bruit à ce locataire mal éduqué, il supporte très bien le vacarme de la ville ou même la proximité d’une voie de chemin de fer, tout ce qu’il demande pour dormir, c’est un feuillage épais qui l’abrite du vent et de la pluie. Aussi, quand les arbres viennent à perdre leurs feuilles en automne, change-t-il de domicile. On voit fréquemment dans les villes des cohortes de moineaux domestiques s’établir sur les branches, souiller le sol de leurs déjections et, comble de l’ingratitude, n’offrir à l'arbre aucun dédommagement. Pensez-vous que le petit bipède volant, qui piaille tant et plus jusqu’à éteindre le vacarme de la ville, comme seules savent faire les cigales en été, se nourrirait de chenilles, de larves phytophages, d’insectes grouillant sur les arbres, leur payant, en un mot, son loyer, en les débarrassant des indésirables ? Que nenni, il aime mieux ne pas se fatiguer à trouver sa nourriture, et profiter de tous les déchets produits par l’être humain : miettes et restes, reliefs de repas en tout genre. Mais pas uniquement !

Comment se nourrit le moineau

Maître moineau sur son arbre perché pourrait s’attaquer au fromage. Il préfère néanmoins les graines, affiche une prédilection pour les céréales, et on le trouve partout où l’homme oublie sa nourriture ou rassasie ses bêtes. C’est ainsi que, du Campo Santa Margherita à Venise, où il vient manger les miettes de pâte à pizza jusque dans la main des touristes à la ferme du fin fond de la Creuse où il se jette goulûment sur la nourriture distribuée aux veaux, vaches, cochons, poulets, ce prince des déchets a tout colonisé. Pourquoi est-il l’oiseau le plus connu ? Parce qu’on le retrouve sur les cinq continents et qu’il est partout chez lui, avec un sans-gêne impayable. 
Dans les champs, il pille les cultures de blé et d’avoine, d’orge, de seigle, de riz, de millet, de maïs et de sorgho, provoquant l’ire des agriculteurs. Hélas, les néonicotinoïdes qui coûtent déjà la vie aux insectes pollinisateurs, au premier rang desquels les abeilles, tuent aussi nos jolis moineaux. Paraphrasant Apollinaire en un sanglot, nous pourrions écrire : les moineaux y mangeant, lentement s’empoisonnent. 
Alors le moineau des villes a-t-il plus de chances ? En un sens oui, car il y a moins de prédateurs, l’épervier n’est pas là pour le chasser, il reste tout de même le chat, domestique lui aussi, et aussi sournois et habile que le moineau est cossard et labile. Mais puisqu’il aime les graines de céréales que son bec est fait pour briser, sa langue composée de deux os, habilement prévue pour chasser la cosse et engloutir l’amande, il peut se satisfaire de morceaux de pain, de croûtes de pizza, et de tout ce qui, de près ou de loin, a à faire à de la farine. 
Plus amusant, le moineau se nourrit de cailloux par dizaines, par centaines, et même par milliers ! Le Petit Poucet fut ainsi bienheureux qu’il ne se trouvât point de moineau dans la profonde forêt pour manger aussi ses cailloux. A quoi peuvent-ils bien lui servir ? A former ses œufs ? Non pas, mais à briser les graines qu’il avale. Dans son estomac, les cailloux s’entrechoquant jouent le rôle de molaires dont Dame Nature ne l’a pas pourvu. Au bout de quelques heures, il défèque ses cailloux minuscules (un demi millimètre de long en moyenne), et puis en avale d’autres. 

Vie quotidienne du moineau commun

Passeridé cousin du moineau friquet, notre moineau commun s’en distingue par une taille un peu plus importante et un fort dimorphisme sexuel. Non non, ce n’est pas là une déviance ou un vice : cela signifie seulement que mâle et femelle se distinguent beaucoup physiquement. Tandis que la femelle du moineau porte une robe beige monacale (ce qui lui vaut d’ailleurs ce nom dérivé de celui du moine), nous pouvons voir le mâle arborant une superbe plumaison colorée et une bavette noire qui prend de l’importance à mesure qu’il prend de l’âge et du grade. Lors de la parade nuptiale, les mâles s’assemblent autour de la femelle le bec pointé vers le ciel, la poitrine bombée sur leur large bavette noire, ailes entrouvertes qu’ils laissent tomber jusqu'au sol, la queue déployée et dressée. La femelle leur répond par des coups de bec, et puis ils s'envolent. Les parades finissent souvent en batailles entre mâles, même en l'absence de femelle, parce que Messieurs moineaux sont bagarreurs. Vivant peureux et grégaires en troupes de plusieurs dizaines ou centaines, ils passent leur temps à se chamailler. Et ce sont les mieux dotés par la nature (en l’occurrence ceux qui ont la bavette noire la plus large sur la poitrine) qui se servent en premier, s'octroient la part du lion pour manger, le meilleur dessous de feuille pour dormir, et, évidemment, la femelle la plus en vue. La nature n’est tendre pour personne. Monsieur moineau est néanmoins monogame et garde même femelle pour toute la saison, ce qui laisse de la place à la concurrence. 
A quoi servent-ils dans la nature, vous demandez-vous peut-être ? Les moineaux n’ont pas seulement un rôle ornemental, ce qui serait déjà suffisant, car leurs tchip, tchiup, tchirp nous sont devenus si communs que nous ne les remarquerions peut-être que s’ils venaient à disparaître. Ils se nourrissent tout de même d’insectes, même si, en bon flemmards qu’ils sont, ils préfèrent les graines. Ils nourrissent à leur tour les oiseaux de proie. Enfin, qui sait si leur compagnie ne manquerait pas cruellement aux arbres où ils logent ? Si les platanes ne se dessécheraient pas de tristesse dans nos villes, si les moineaux oubliaient d’y venir loger ?

Pour toutes ces raisons, et parce que nous aimons la nature dans toute sa diversité, il convient de protéger ce petit oiseau dont l’habitat est menacé, dans les villes, par la bétonisation, dans les campagnes, par les insecticides.