Autour des palombes, rapace de nos forêts

Espèce protégée en France, l’avenir de l’autour des palombes dépend essentiellement d’une bonne gestion des massifs forestiers.

Agathe Hitzel

Chargée de partenariats entreprises
Autour des palombes, rapace de nos forêts

Présent presque partout en Eurasie, en Amérique du Nord et au Nord du Maroc, l’autour des palombes est le plus grand des oiseaux du genre accipiter, si bien qu’il est parfois confondu avec l’épervier d’Europe. Espèce protégée en France, son avenir dépend essentiellement d’une bonne gestion des massifs forestiers. Car c’est principalement là qu’il gîte et qu’il chasse.

Comment reconnaître un autour des palombes ?

Ressemblant fortement à l’épervier d’Europe, accipiter gentilis est toutefois plus grand que son cousin. Ce rapace diurne de la famille des accipitridés, (qui compte aussi les aigles et les busards), est de taille moyenne. Ses ailes sont courtes et larges et il est doté d’une longue queue, lesquelles sont parfaitement adaptées au vol en forêt où il niche, vit et chasse. 
Le mâle se reconnaît à son dessus gris ardoise, son dessous gris pâle strié, ses sous-caudales blanches, ses parotiques (parties latérales de la tête situées sous l'oeil partant de la base du bec jusqu'à l'oreille) et sa calotte (partie supérieure de la tête) noirâtres, son sourcil blanc (taches brillantes au-dessus des yeux ayant une fonction d'attirance sexuelle et de reconnaissance). La femelle est beaucoup plus grande que le mâle, pesant une fois et demi son poids. Elle ressemble au mâle, bien que ses couleurs soient beaucoup plus ternes. 
Le mâle a la taille d’un épervier femelle, tandis que la femelle autour est du gabarit de la buse variable, dont elle se distingue notamment par une queue plus longue. En vol, mâles et femelles présentent des rémiges secondaires (plumes plus petites et plus souples que les primaires qui offrent la portance aux oiseaux) saillantes. Les jeunes individus diffèrent des adultes par leur coloration, étant plus bruns dessus et ayant le dessous taché avec de grossières rayures brunes.

L'autour des palombes, un fameux prédateur

Son comportement le fait souvent confondre avec l’épervier d’Europe, bien que ses battements d’ailes soient plus lents. Ses ailes courtes et arrondies et sa longue queue lui permettent de voler très rapidement en manœuvrant avec agilité entre les arbres. Ses apparitions sont aussi brèves que fulgurantes. Chassant en rasant les haies et les buissons, il lui arrive également de pratiquer l’affût sur une branche basse ou un piquet, restant de préférence à couvert. Lorsqu’il attaque, l’autour fond sur ses proies qu'il capture à l'issue de fortes accélérations. Il peut atteindre la vitesse de 100 km/h, qui laisse peu de chances à ses proies surprises. 
Il chasse aux lisières des bois, dans les clairières et en pleine forêt, de même que dans les champs et les prairies, mais aussi près des villages ou aux abords des villes où il est capable de s’adapter. L'autour des palombes tue ses proies avec ses serres et les plume sur un arbre, une souche ou à même le sol. Il lui arrive de chasser des animaux plus lourds que lui, mais c'est la femelle qui tue les plus grosses proies. En été, son terrain de chasse est réparti sur 2000 ha, et 5000 ha en hiver.

Ce rapace vole souvent en cercles à hauteur de la cime des arbres avant de se poser et d’attendre en position droite. Il alterne le vol battu rapide et de courtes phases de vol plané, au cours desquelles il ne perd jamais de hauteur. Pendant la parade nuptiale, qui est accompagnée de cris, mâle et femelle planent très haut dans le ciel et exécutent des piqués vertigineux.

Parade et reproduction de l’autour des palombes

Alors qu’en vol il se balance tel un funambule, en parade il effectue des acrobaties, s'arrêtant souvent en plein vol, ailes grandes ouvertes.
C’est lors des journées ensoleillées depuis la fin du mois de janvier jusqu’à mars que l’on peut le mieux observer cet oiseau qui est alors en pleine parade nuptiale. A partir du mois de février, mais surtout en mars, le mâle construit plusieurs ébauches de nids dont la femelle choisira peut-être l’un ou l’autre, à moins qu’elle préfère un ancien nid de rapace ou de corvidé. 
Au cours de la période de reproduction, elle pond 2 à 5 oeufs qu’elle couve généralement seule, tandis que le mâle chasse. Il se contentera toutefois de rapporter la nourriture que la femelle distribuera à ses petits, lesquels quitteront le nid après six semaines, mais ne seront tout à fait autonomes qu’à l’âge de 70 jours. 
Parmi la nourriture qu’affectionne l’autour des palombes, on peut compter les écureuils, les lièvres, les lapins de garenne, les campagnols, parfois même des renardeaux. Mais ce rapace aime aussi se nourrir d’autres oiseaux, au premier rang desquels les geais, les pigeons domestiques et les pigeons ramiers, les étourneaux, les corneilles, mais aussi des éperviers, des buses, des hiboux moyen-ducs, des gallinacés. 

La sous-espèce arrigonii en danger

Cet habitant des forêts, que l’on peut trouver dans des bois de feuillus, des forêts mixtes ou de résineux à grandes clairières, qu’il affectionne tout particulièrement, est présent en montagne jusqu’à 1600 mètres. Très présent dans toute la France, excepté dans le quart nord-ouest, et le plus souvent dans les forêts matures de l'Est, du Centre et du Sud-Ouest, il abonde dans les grandes forêts de plaine comme en Sologne. Bien que sa population soit en augmentation, il bénéficie d'une protection partielle sur le territoire français depuis l'arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. La sous-espèce Accipiter gentilis arrigonii a, quant à elle, été inscrite à l'annexe I de la directive oiseaux. Elle est ainsi protégée par la commission européenne. Naturellement restreinte, sa population, que l’on trouve dans une partie de la Corse et de la Sardaigne, est fortement menacée, surtout sur l'Île de Beauté. 
A ce jour, il resterait au mieux une centaine de couples de cette sous-espèce, qui subit la dégradation de son habitat (due au surpâturage, aux incendies et à l'exploitation forestière), le braconnage et la contamination des oiseaux par les pesticides, notamment en Corse où le déclin de cet oiseau est tout particulièrement préoccupant.