Hibou moyen-duc, oiseau commun de nos forêts

Rapace nocturne de taille modeste, le hibou moyen-duc est un peu plus petit que la chouette hulotte, et c’est un grand chasseur de petits rongeurs.


Secrétaire général
Hibou moyen-duc, oiseau commun de nos forêts

Rapace nocturne de taille modeste, le hibou moyen-duc est un peu plus petit que la chouette hulotte. En France, il fait partie des espèces protégées. Il n’est pas menacé de disparition mais l’élimination des haies bocagères, des prairies en jachère et des bosquets boisés, qui sont ses territoires de chasse, ne favorise pas son expansion. Alors qu’il est un très prolifique chasseur de petits rongeurs.

Caractéristiques du hibou moyen-duc

Asio otus, du nom scientifique que lui a attribué le naturaliste Carl von Linné, se caractérise par des yeux orangés et des aigrettes érectiles de trois à quatre centimètres qu’il peut rabattre en vol ou au repos, qui peuvent alors le faire confondre avec la chouette hulotte, bien qu’il soit plus petit, et que celle-ci ait les yeux noirs. Les aigrettes très visibles du hibou moyen-duc sont ce que l’on appelle plus communément des oreilles, mais qui n’en sont pas du tout. C’est-à-dire qu’elles ne jouent aucun rôle dans l’audition, d’ailleurs très bonne, du hibou. Formées de six à huit plumes, le hibou s’en sert pour exprimer son attention ou qu’il est en état d’alerte. Lorsque les aigrettes sont dressées le hibou est attentif ou sur ses gardes. On remarquera que les rapaces nocturnes sont les seuls oiseaux à avoir les deux yeux situés à l’avant de la tête comme l’homme. Mais contrairement à l’homme, le hibou peut tourner la tête à 270° sans bouger le corps, ce grâce à ses quatorze vertèbres cervicales. Il peut ainsi voir ce qui se passe derrière lui en toute discrétion. 
Mesurant de 35 à 40 cm de long, le hibou moyen-duc mâle est plus petit et plus léger que la femelle, pesant environ 250 grammes contre un peu plus de 300 g de moyenne pour la femelle. Cette dernière a par ailleurs un plumage plus foncé. Le plumage du hibou moyen-duc est roux jaunâtre à gris-brun, fortement rayé et vermiculé de brun noir. Son disque facial blanc roussâtre est cerné de noir, avec au centre les sourcils blancs en forme de V, bien apparents. Grâce à cette formidable tenue de camouflage, il peut se tenir perché dans les arbres toute la journée sans être aperçu. En vol, il mesure un peu moins d’un mètre d’envergure et croise ses ailes derrière le dos lorsqu’il est au repos ce qui, avec ses aigrettes levées et ses sourcils froncés, lui donne un air sévère d’instituteur de la troisième république.

Comportements et habitudes du hibou moyen-duc

Hors période de migration, le hibou moyen-duc chasse la nuit, dès le crépuscule dans les champs ou les marais ouverts. Doté d’une vue et d’une ouïe excellentes, il capture généralement ses proies au vol en piquant sur le sol où courent les rongeurs. Puis il tue sa proie en lui cognant l’arrière de la tête et l’avale tout rond, avant de régurgiter des pelotes trois ou quatre heures plus tard. Cela, quand il chasse pour lui seul. Mais lorsque la période de reproduction est arrivée, Monsieur hibou moyen-duc, s’il a eu la chance d’être choisi par Madame, lui assure les repas pendant toute la période où elle couve (environ 28 jours), puis il entretient loyalement sa petite famille, qui s’est tout à coup agrandie de quatre à six petits hiboux au duvet blanc-gris et à l’air tout perdu. Il peut arriver qu’il y ait jusqu’à huit petits, le nombre d’oeufs fécondés dépendant de l'abondance de la nourriture à l’entour. Après trois semaines de vie, les petits savent eux-mêmes dépecer les proies que leur père leur apporte, mais ils ne savent pas encore voler et le hibou rapportera la nourriture toutes les nuits pendant encore quatre semaines. 
Pour nourrir ses petits hiboux moyen-duc, papa hibou peut ainsi capturer jusqu’à 25 proies par nuit. Celles-ci sont majoritairement composées de campagnols, de mulots et souris grises, plus rarement de musaraignes, de petits oiseaux et d’insectes. 
Animal monogame à union saisonnière, le hibou moyen-duc est sexuellement mature à un an. Après avoir paradé dès avant la fin de l’hiver pour être sûr d’avoir une femelle pondeuse au tout début du printemps, il choisit un nid avec Madame, qu’elle retapera sommairement et le mâle y restera fidèle jusqu’à l’envol des petits hors du nid.
Dans la nature, il peut vivre 18 ans.

Répartition et habitats du hibou moyen-duc

Les hiboux moyen-ducs s’installent généralement dans d’anciens nids de pies bavardes ou de corvidés que la femelle réaménage simplement en ajoutant quelques brindilles et faisant un coup de ménage. La densité des couples dépend de la présence d’arbres et de nids de corvidés, mais également de l’abondance des proies. Elle peut ainsi varier de 10 à 100 couples pour 100 km2. Se nourrissant principalement de micromammifères, le hibou moyen-duc est très dépendant de la géographie qui l’entoure. En un an, un couple peut se nourrir de presque 2000 petits rongeurs. S’il a trois petits avec lui, le couple dépasse les 3300 rongeurs mangés à l’année. Pour dénicher ses proies, le hibou moyen-duc, qui niche dans les lisières des forêts ou les petits bosquets, arpente les clairières de forêts de feuillus ponctuées de résineux touffus, les prairies naturelles à végétation courte, les champs cultivés entrecoupés de bois, de boqueteaux, de haies hautes et d’arbres isolés. Il fréquente peu les forêts profondes ou les grands massifs forestiers compacts. 
Il est ainsi menacé par la disparition des surfaces de prairies naturelles au profit de la céréaliculture ; par la disparition progressive des boqueteaux, des haies larges à gros bois ou par l’abattage des arbres isolés et en bouquets, notamment les arbres porteurs de nids de corvidés. La suppression des jachères constitue une menace supplémentaire, car le hibou moyen-duc s’alimente dans des espaces herbeux de plaine.
L’utilisation des rodenticides (préparation chimique tuant les rongeurs) entraîne la réduction du nombre de proies disponibles et cause des empoisonnements, pouvant entraîner un déclin sensible des populations des prédateurs. Enfin, l’augmentation du trafic routier entraîne une mortalité croissante des oiseaux nocturnes par collisions.
Malgré cela, la population européenne de hibou moyen-duc est estimée entre 400 000 et 800 000 couples, la Russie étant le pays où l’on en compte le plus, avant la Roumanie, l’Allemagne et la France, où l’aire de répartition du hibou moyen-duc a été étendue à la Bretagne dans les années 1970, mais dont les populations restent faibles en Corse et en Provence, préférant visiblement le climat continental. Toutefois, un certain nombre de ces oiseaux vient passer l’hiver en France. C’est un migrateur partiel, et les individus du nord de l’Europe peuvent parcourir plus de 2000 km pour venir trouver des zones plus tempérées en hiver. On trouve alors de vrais dortoirs à hiboux où ils se rassemblent à vingt ou trente sur un arbre, parfois jusqu’à 100 ou 200 individus, dans des cimetières boisés, des parcs, des allées d’arbres ou des massifs forestiers, le plus souvent résineux (sapins et pins). Ce hibou est décidément un drôle d’oiseau.