Hérisson d’Europe : un maillon essentiel à la biodiversité

Le hérisson commun est un petit mammifère présent dans toute l’Europe de l’Ouest, indispensable à la biodiversité mais menacé de disparition.

Melchior Quennec

Responsable Marketing & Croissance B2C
Hérisson d’Europe : un maillon essentiel à la biodiversité

Espèce répandue dans toute l’Europe de l’Ouest et dans une partie de la Scandinavie et de la Russie, le hérisson commun ou hérisson d’Europe est indispensable à la biodiversité mais menacé de disparition. Qu’il vive en lisière de forêt, qu’il niche dans une haie ou aux abords des villes, sa seule présence rend possible celle d’autres espèces animales. Mais ses nombreux prédateurs ne sont pas que naturels.

Caractéristiques biologiques du hérisson d’Europe

Erinaceus europaeus est un petit mammifère omnivore, aux moeurs nocturnes, très répandu en Europe occidentale et au nord de la Russie, en Turquie et dans le Caucase. En France, il est sur la liste des espèces protégées, il est donc formellement interdit de le chasser. On l’appelle hérisson européen, hérisson commun ou hérisson ordinaire. On lui reconnaît également plusieurs sous-espèces : le hérisson d’Europe de l’Ouest, le hérisson du Portugal et le hérisson sarde.
Le hérisson a un odorat et une ouïe très développés, mais sa vue n’est pas très bonne. Entre eux, les hérissons communiquent principalement par de petits cris qui peuvent être très stridents. Solitaires, ils n’aiment pas partager leur territoire avec un autre congénère et se débrouillent ainsi pour ne pas se croiser s’ils sont sur la même parcelle. Lors de la saison du rut, les mâles sont en compétition et peuvent se battre. Il est toutefois rare que mâles et femelles restent ensemble plus que le temps nécessaire à l’accouplement, bien qu’on trouve occasionnellement des couples de hérissons dans un même terrier. Le petit du hérisson s'appelle le hérissonneau ou le choupisson.
Se déplaçant à une vitesse de trois mètres par minute environ lorsqu’il chasse la nuit, le hérisson peut toutefois faire de brèves pointes de vitesse lorsqu’il se sent en danger et atteindre la vitesse de 7,2 km/h ! Son aire vitale est d’environ 3 hectares. Un mâle moyen pèse environ 800 grammes l’été et 1,6 kg en hiver lorsque l’hibernation arrive. Au cours de cette hibernation, qui dure de longs mois, il lui faut se réveiller une fois par semaine pour éliminer l’acidose qui survient au cours de ses phases d’hypothermie. Régulièrement, il lui faut donc retrouver de la nourriture, même au fort de l’hiver, pour refaire ses réserves de graisse. Ce nonobstant, à la fin de l’hiver, il aura perdu environ 30% de son poids. 

Le hérisson est-il un animal paresseux ?

Si même au cours de son hibernation qui de septembre à mars, le hérisson est capable de se mettre en boule en un rien de temps, dès lors qu'il ressent le moindre menace, et alors qu'il est au plus profond de son sommeil hivernal, il ne ressemble normalement pas à un oursin lorsqu'il dort. Et Dieu sait si le hérisson dort ! Il passe déjà près de la moitié de l'année en hibernation, le reste du temps, son activité quotidienne ne dépasse pas 6 heures. D'ailleurs, ce n'est que la nuit qu'il s'éveille pour chasser. Alors, vous pensez bien qu'il se fiche d'avoir une bonne vue. En quelque quatre heures, il aura absorbé assez de nourriture pour tenir le reste du temps. Il chasse en zigzag, au clair de lune ou dans la nuit noir, la truffe collée aux feuilles mortes. Et alors, pas de quartier pour ce qu'il déniche ! De là à dire qu'il est paresseux ! En fait, le hérisson est surtout malin, il sait économiser son énergie.

Le hérisson d’Europe : une richesse pour la biodiversité

Le hérisson vit dans un terrier, qui peut être l’ancien terrier d’un lièvre ou d’un lapin, dans des troncs d’arbres creux, et il hiberne dans un nid d’herbe ou de feuilles, dont il change au moins une fois au cours de l’hiver. Omnivore, il se nourrit de limaces, d’escargots, de coléoptères, ce qui en fait l’ami du jardinier, mais aussi de petits reptiles, de rongeurs, de batraciens, d’oiseaux, et lorsqu’il se nourrit, il mâche et mastique à grands bruits. 
Notre animal dort environ 18 heures par jour sous des feuilles qu’il aménage dans des buissons ou dans des haies. Il fouille également l’humus grâce à sa truffe pointue et peut entendre le glissement d’un ver de terre sous les feuilles mortes, qu’il sera capable de dénicher même à trois centimètres sous terre. 
En temps normal, le hérisson commun est habitué aux lisières de bois, de haies, de buissons ou de jardins mais il a tendance à se rapprocher de plus en plus des villes où il peut trouver sa nourriture. “En 2009, la ville de Nantes a lancé une étude sur le cheminement du Hérisson d’Europe en collaboration avec l’Ecole Nationale Vétérinaire nantaise. Les résultats ont montré qu’en ville, le Hérisson d’Europe s’apparente à une espèce « parapluie », c’est-à-dire que sa simple présence garantit celle de nombreuses autres espèces (fouine, écureuil roux…). Il représente ainsi un témoin essentiel de la biodiversité urbaine”, lit-on dans Cohabiter avec… Le hérisson en ville.

Quelle est la principale cause de mortalité du hérisson ?

Le hérisson est toutefois menacé par plusieurs prédateurs naturels mais également par l’activité humaine. En Grande-Bretagne, où les hérissons sont plus petits que sur le continent, et où son espèce est désormais extrêmement protégée, sa population a chuté de 36,5 millions d’individus dans les années 1950 à 1,55 million en 1995. Dans la nature, les principaux prédateurs du hérisson d’Europe sont le hibou grand-duc, la chouette hulotte, la buse variable, le renard, le sanglier, le chien, le chat, la fouine et, surtout, le blaireau. Si le renard et le chien sont d’une grande habileté pour retourner un hérisson en boule et l’attaquer d’un coup rapide là où ses piquants ne sont pas encore refermés, le blaireau est le seul de ses prédateurs à être capable de déplier le hérisson pour le manger. Une étude a ainsi démontré que le hérisson manquait principalement dans les lieux où le blaireau était bien installé. 
Paradoxalement, le hérisson serait plus en sécurité aux abords des villes que dans les campagnes, mais ce n’est pas tant à cause de ses prédateurs naturels que des activités humaines. En effet, les pesticides et les néonicotinoïdes lui sont très néfastes. Il s’empoisonne souvent en mangeant des limaces qui se sont elles-mêmes nourries de produits toxiques qui lui sont destinés. Ou bien, il se nourrit de graines empoisonnées. Par ailleurs, la disparition progressive du bocage, donc des haies champêtres, des bosquets et des petits taillis où le hérisson trouvait à la fois gîte, nourriture et partenaires de reproduction, lui est très néfaste. De la même manière, les grillages des jardins et les haies trop serrées l’empêchent de chasser et de rencontrer ses congénères. 
Mais, outre les maladies et parasites naturels dont il est victime, les détritus de plastique ou de métal que nous abandonnons dans la nature lui sont très dangereux. Enfin, le trafic routier est très néfaste à l’espèce, si bien qu’il est peut-être plus dangereux d’être un hérisson des champs qu’un hérisson des villes. Car le hérisson, qui aime les lisières des bois, est souvent amené à traverser des routes, et lorsqu’il entend le danger approcher, sa seule défense est de se rouler en boule et, malheureusement, de finir écrasé par les roues du véhicule. La moyenne annuelle de hérissons morts sur les routes de France est ainsi de 1,8 million. Les véhicules écraseraient un hérisson tous les 300 mètres !
Le meilleur moyen d’éviter la disparition des hérissons est donc de réhabiliter les haies bocagères et d’éviter la pollution en général et l’épandage de produits chimiques en particulier.