En France, le chat forestier profite de l’accroissement des forêts

Assez peu connu, le chat forestier ou chat sauvage d'Europe est une espèce protégée qui se développe dans les belles forêts de France.

Clotilde Viala

Chargée de partenariats entreprises
En France, le chat forestier profite de l’accroissement des forêts

Quoique méconnu, le chat forestier, aussi appelé chat sauvage, est une espèce protégée dont la bonne santé profite de l’afforestement du pays, ainsi que de la réintroduction des haies qui abritent les rongeurs qui font l’essentiel de ses repas. Un exemple de ce qu’une bonne gestion forestière apporte directement à la faune sauvage.

Répartition du chat forestier en France

S’il fut menacé de disparition jusqu’à être protégé en 1979, le chat forestier a récemment repris du poil de la bête. Ce puissant matou occupe désormais des habitats plus ou moins denses dans 44 départements de France métropolitaine, la Corse accueillant, pour sa part, une espèce à part, nommée le Chat ganté, et peut-être encore cette extraordinaire espèce sur laquelle les scientifiques sont actuellement penchés, l’étrange chat-renard que l’on croyait réservé aux légendes. 
Si le chat sauvage a élargi son aire de répartition au cours des dernières décennies, c’est grâce à l’interdiction du piégeage mais aussi du fait de l’accroissement des forêts, de la réimplantation des haies et d’une meilleure gestion sylvicole. En effet, sur notre territoire, le chat forestier s’installe volontiers dans les forêts mixtes ou les forêts de feuillus, dédaignant les forêts uniquement peuplées de conifères. 
Le territoire des mâles s’étendant sur une superficie de 3 à 8 km², celui des femelles de 1 à 2,5 km², leur installation nécessite des espaces de plaines boisées associées à des prairies naturelles. Le chat forestier est en effet un habitant des lisières forestières, des forêts éclaircies, des clairières de régénération ou encore des prairies. Aussi les principales menaces qui pèsent sur son avenir sont-elles la transformation des prairies en champs cultivés, l'arrachement des haies (qui malheureusement se poursuit dans certaines régions) et la fragmentation de l’espace par les voies routières et le développement de l’urbanisation. Sauvage à l’extrême, le chat forestier fuit toute présence humaine et ne vit que dans les espaces sauvages. D’où la grande difficulté qu’il y a à l’observer.

Comment reconnaître un chat forestier ?

Felis silvestris silvestris est génétiquement différent du chat domestique que nous connaissons et dont certains individus retournent à l’état sauvage, ce qui n’en fait pas pour autant des chats forestiers. On appelle chats harets ou chats errants ces individus vivant à l’état sauvage ou semi-sauvage. Toutefois, et même si cela n’a été démontré que tardivement, ce sont bien deux espèces distinctes, depuis au moins quelque 230 000 ans, ce qu’ont prouvé les analyses génétiques
Avec le lynx boréal, felis silvestris silvestris est ainsi la deuxième espèce de félidés sauvages autochtones de France. Difficilement distinguable du chat domestique à l’oeil nu, il a toutefois une silhouette plus trapue, des pattes arrières plus épaisses, le crâne généralement un peu plus large et son pelage est fauve et gris, strié de noir. Sa queue est plus épaisse que celle du chat domestique, les rayures sombres y sont plus marquées et plus larges et le bout de la queue est toujours noir. Il existe beaucoup moins de disparités de motifs et de couleur de pelage chez les chats sauvages que chez les chats domestiques. Même si l’hybridation avec le chat domestique est attestée, la dilution génétique ne semble pas aujourd’hui menacer le chat sauvage de France, qui est l’une des plus belles populations d’Europe, et qui recolonise la Belgique et l’ouest de l’Allemagne depuis le grand quart nord-est de l’Hexagone où il se développe particulièrement bien. 

Quel est le régime alimentaire du chat forestier ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le chat forestier (ou chat sauvage d'Europe) ne cause pas de tort à la biodiversité. Longtemps, il a été dépeint comme un effroyable carnassier avide de sang et capable de tuer pour le plaisir tout ce qui passait à portée de ses crocs, y compris des êtres humains. La légende noire qui fut la sienne, à laquelle Buffon n’a pas que peu contribué, tient en grande partie du fantasme et sans doute de la capacité du chat à hérisser ses poils, à s’allonger sur ses pattes, le dos rond tout en sifflant, lorsqu’il se sent menacé. 
Mais pour l’essentiel, les analyses de ses fèces démontrent qu’il se nourrit de rongeurs : mulots, Campagnols des bois, Grand Campagnol, Campagnol des champs, Rat musqué, Rat noir, Loir gris ou encore (dans une moindre mesure) Lièvre d’Europe. 88 à 97% de son régime alimentaire est ainsi composé de ces rongeurs, le reste se répartissant entre oiseaux, poissons et végétaux. A l’occasion, le chat forestier peut aussi se faire charognard, ne dédaignant pas quelque petit festin de cerf élaphe, de sanglier ou de chevreuil. Mais cela est rare, tout autant que les pillages de poulaillers. Pour ainsi dire, le chat forestier est un allié du paysan et de l’agriculteur, et même du forestier, puisqu’il débarrasse haies, forêts, prairies et buissons d’une partie des rongeurs qui y causent des dommages. Pour l’aider à vivre, il convient donc d’encourager la plantation de haies et de préserver les forêts mixtes, les clairières et les prairies sauvages.