Régénération naturelle, forêt naturelle ?

La régénération naturelle d’un peuplement forestier semble préférable à la régénération artificielle. Pourtant, toutes deux ont leurs atouts !

Vianney de la Brosse

Gestionnaire Forestier
Régénération naturelle, forêt naturelle ?
Régénération artificielle dans la forêt de Pont de Buis (Finistère), au printemps 2021.

Lorsqu’une forêt est laissée à l’état sauvage et n’est ni exploitée ni entretenue, sa seule méthode de régénération est la régénération naturelle, qui a lieu au terme d’une forte pression concurrentielle entre les espèces. La sylviculture permet une approche alternative qui est la plantation d’arbres : on appelle cela procéder à une régénération artificielle. Pourtant, au bout du compte, nous aurons dans les deux cas une forêt, mais l’une poussera peut-être plus facilement que l’autre. Et ce n’est pas forcément celle que l’on croit.

Préférer une régénération naturelle ou artificielle ?

De la régénération naturelle ou de la régénération artificielle, aucune des deux méthodes n’est bonne en soi pour renouveler une forêt, et si toutes deux ont leurs avantages et leurs inconvénients, elles sont souvent imposées aux forestiers par des facteurs extérieurs et indépendants de leur volonté. Le forestier est humble, et s’il apporte sa contribution à l’élan de la nature, il sait pertinemment que c’est toujours elle qui a le dernier mot.
Tout forestier, après avoir connu le travail que requiert une plantation, espère pouvoir s’en passer ou la réduire à son strict minimum en comptant sur la prolixité de mère nature et sur le travail qu’elle mène en suivant l’instinct de survie qui lui impose. 
Il compte donc sur l’amour que se portent les arbres pour reproduire leur patrimoine et engendrer une belle lignée qui fera la joie de leur propriétaire tout autant que de la faune et de la flore locales. 
Il lui faut toutefois se confronter à la réalité qui n’est pas toujours en adéquation avec le désir, et se poser les bonnes questions :

  • Les arbres semenciers sont-ils d'assez bonne qualité pour perpétuer l’espèce et donner de bons fruits ?
  • La pression qu’exerce le gibier sur la station ne voue-t-elle pas les efforts de la nature à l’échec ? Dans certaines forêts, le renouvellement naturel est bien trop menacé par le gibier pour être une option pertinente. 
  • La génération spontanée issue de la régénération naturelle sera-t-elle adaptée aux conditions climatiques de la station dans 30, 50 ou 100 ans ?

Il revient dès lors au forestier de confronter les facteurs limitants aux avantages de ce mode de renouvellement. 
La régénération naturelle est avantageuse en coût, car elle ne nécessite pas l’achat de plants et se prête à des terrains peu accessibles à la plantation ou à des stations en lesquelles les essences principales sont bien adaptées et portent de beaux fruits. Mais ce qui paraît une solution économique à première vue ne l’est pas toujours sur le long terme. En effet, si la régénération naturelle peine à se mettre en place en dépit des travaux exécutés en ce sens, ce peut être au bout du compte une perte économique et écologique, puisque la régénération de la forêt sera plus longue. 
C’est pourquoi il convient avant tout de poser un diagnostic. Celui-ci est très concret : s’il y a déjà assez de semis (entre 2000 et 5000 à l’hectare), que les arbres semenciers ne sont pas trop espacés (une fois et demi à deux fois leur hauteur), qu’ils sont âgés de plus de 35 ans et ont des fructifications fréquentes (c’est-à-dire moins de tous les trois ans pour les hêtres ou les chênes) et que la végétation concurrente est peu importante, alors les conditions sont favorables à une régénération naturelle. Sinon, il faudra envisager une régénération artificielle, sachant qu’il est possible de mêler les deux dans une même forêt.

Comment s’effectue la régénération naturelle ?

La régénération naturelle est assez simple quoique délicate à mettre en place. Il convient surtout, pour le forestier, de veiller à ce que ses petits plants soient protégés des prédateurs mais aussi d'une lumière et d’une sécheresse excessives. Autrefois, on ouvrait vite le couvert pour laisser croître les petits chênes, mais à présent les forestiers favorisent les levées en demi-lumière, et non plus en pleine lumière à cause des sécheresses plus récurrentes qui font courir un risque aux plants.
L’inconvénient d’une régénération naturelle est que, même lorsque le diagnostic est très favorable, les conditions de repeuplement sont toujours un peu aléatoires car les graines qui germent sont plus fragiles que de jeunes plants installés. Il est par ailleurs plus difficile de protéger une régénération naturelle de l’attaque des rongeurs et du gibier que des plants mis en terre par les forestiers et immédiatement protégés. Par ailleurs, la régénération naturelle pure ne permet pas d’introduire de nouvelles essences dans la station.

Comment effectuer une régénération artificielle ?

Le principe de la régénération artificielle est une opération de plantation consistant à mettre en terre des plants provenant de pépinières dans une parcelle préparée à cet effet. La régénération artificielle ne doit pas être vue comme une action de l’homme contre-nature mais comme une aide de l’homme à la nature dont il ne fait qu’accélérer l'œuvre. 
Si la régénération artificielle est généralement plus coûteuse, elle est également moins aléatoire et donc souvent plus efficace. Elle permet en outre de sélectionner les meilleurs individus et d’introduire des essences qui résisteront mieux aux variations climatiques ou qui apporteront dans le peuplement de la diversité qui est une clé de la résilience des forêts
Avant de planter les petits arbres, le sol doit être préparé par les forestiers. Les plants sont généralement mis en terre en ligne, ce qui donne l’impression d’une forêt plantée, mais au fur et à mesure des éclaircies qui seront réalisées, un certain nombre d’entre eux étant prélevés, cela finit, après plusieurs décennies, par former une vraie forêt telle qu’on les imagine. Au cours des deux ou trois années suivant la plantation, le forestier procèdera à un regarni si plus de 25% des plants mis en terre sont morts. Ensuite, les travaux d’entretien seront les mêmes que dans une forêt qui a poussé par régénération naturelle. Et le résultat sera absolument identique.