Reconstitution du bocage français : plantons des haies !

La plantation de haies est soutenue par le gouvernement français pour faire revivre la biodiversité et orienter l’agriculture vers une transition douce.

Charlotte Olagne

Responsable de la Communication B2C
Reconstitution du bocage français : plantons des haies !

Et si planter des haies était l’une des solutions au réchauffement climatique, à l’érosion des sols, au ruissellement de l’eau et à la pénurie de paille, les étés de sécheresse ? Tel est le pari que fait le gouvernement français qui investit 50 M€ pour la reconstitution de 7000 km de haies dans l’Hexagone d’ici à 2022. Reste néanmoins à convaincre tous les agriculteurs que l’on avait convaincus d’arracher il y un demi-siècle qu’il est maintenant temps de replanter...

Ces haies que l’on arrache

Les temps ont changé, et nous sommes de plus en plus nombreux à prendre conscience de l’importance vitale de la biodiversité et que tous les écosystèmes sont intriqués ; que supprimer un bouquet d’arbres, arracher une haie ou laisser refermer une mare forestière engendrera plus de méfaits que de bienfaits. Nous sommes de plus en plus nombreux, et pourtant, ce ne fut pas toujours le cas : depuis 1950, nous indique le ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance, “70 % des haies ont disparu des bocages français et continuent de diminuer.” Oui, nous sommes peut-être de plus en plus nombreux mais encore loin d’avoir acquis gain de cause, car la vérité est telle : il disparaît toujours davantage de haies qu’il n’en est planté. Le gouvernement le dit lui-même, et l’association de protection Manche-Nature arrive au même constat : “les disparitions de haies surpassent les plantations en Normandie.” Elle incrimine les constructions, le réaménagement de parcelles et l’intensification de l’élevage. 
Loin de la volonté gouvernementale, la réalité est que l’on continue de grignoter des terres arables pour construire, que la taille des exploitations agricoles continue d’augmenter et les haies d’être arrachées pour laisser plus facilement naviguer les engins agricoles et permettre de gagner en efficacité et en productivité. Malheureusement, cela n’aura qu’un temps, nous le constatons déjà depuis des années. Sur le long terme, la perte est plus importante que le gain.

Pourquoi planter des haies ?

Planter 7000 km de haies et d’alignements d’arbres intraparcellaires est donc l’objectif du gouvernement français d’ici à 2022. Pour cela, il encourage les agriculteurs à faire des demandes de subvention et nous explique les bienfaits de la plantation de haies
A la bordure des champs, les haies permettent de donner abri à des animaux désignés comme des auxiliaires de cultures. Ceux-ci peuvent être des pollinisateurs ou des prédateurs de ravageurs. Ainsi accueillent-elles pêle-mêle des crapauds, des lézards, des coccinelles (l’un des meilleurs alliés de tout cultivateur), des merles, des mésanges…
Par ailleurs, la haie est un véritable brise-vent qui protège les bêtes des grands froids, ainsi que des grandes chaleurs : les arbres qui la composent conservent l’humidité, donc la fraîcheur en été, procurent un abri ainsi que de la nourriture aux troupeaux, et leurs feuilles forment un humus qui enrichit les sols. Nous savons bien, également, quel rôle tiennent les arbres dans l’évitement de l’érosion des sols et du ruissellement des eaux, grâce à leurs racines. 

Les haies apportent litière et nourriture aux bêtes

Replanter des haies, c’est encore permettre aux agriculteurs, qui sont aussi souvent des éleveurs, une certaine autonomie et le retour de pratiques ancestrales. En effet, longtemps les troupeaux ont été nourris de branchages et de feuilles d’arbres en été, et la plantation de haies peut constituer un appoint alimentaire aux bêtes, lorsque les prairies sont sèches en été. Les feuilles du mûrier blanc sont très riches en protéines et celles du frêne, du tilleul, de l’aulne ou du saule ont des vertus médicinales. 
Les rémanents de coupe peuvent également servir à la litière des bêtes. Le bois broyé remplace très aisément la paille et remplit même mieux son office : plus économique, plus sain pour les animaux car absorbant mieux les excréments et limitant la prolifération des agents pathogènes, il conserve également une litière sèche plus longtemps, faisant gagner du temps aux éleveurs. 
Ainsi, pour faire revivre des traditions et des écosystèmes fragilisés, plantons des haies et entretenons-les !