15 juil. 2022

Les chauves-souris, témoins de la biodiversité forestière

Les chauves-souris, très sensibles à leur environnement, sont des bioindicateurs très pertinents des milieux qu’elles occupent.

Louise Bouchardy
Louise BouchardyChargée de projet biodiversité
Les chauves-souris, témoins de la biodiversité forestière
Nichoir à chauve-souris

Vous les voyez peu en forêt, et pourtant, elles sont bien présentes. Créatures nocturnes, les chauves-souris, de l’ordre des chiroptères (de “chiro” main et “ptère” aile), sont les uniques mammifères à pouvoir voler. Leur étrange nom est en réalité une déformation de "chouette-souris". La nuit, la forêt devient leur terrain de chasse. Observer leur présence permet de mieux comprendre l’état de la biodiversité alentour.

Le riche régime alimentaire des chauves-souris

L’image populaire de la chauve-souris buveuse de sang n’est pas tout à fait exacte. Si quelques rares espèces de chauves-souris sont hématophages et se nourrissent du sang de leurs proies, bien d’autres encore sont frugivores, nectarivores, piscivores... La majorité d’entre elles (70%), et l’intégralité des 36 espèces européennes, sont insectivores. Elles peuvent consommer jusqu’à plus d’un millier d’insectes par nuit, soit d’un tiers à la moitié de leur poids. 

Moustiques et papillons de nuit sont un mets parfait pour les chiroptères, de même que les nuisibles telles que pyrales, tordeuses, processionnaires du pin, mouches de l’olive, et autres espèces causant du tort aux cultures, arbustes et arbres fruitiers. En régulant les populations d’insectes, les chauves-souris rendent ainsi un fier service aux humains, leur évitant le recours à d’autres méthodes plus agressives et polluantes, comme l’épandage d’insecticides. Dans les régions tempérées, les chauves-souris sont essentiellement insectivores. Capables de consommer 25% de leur masse corporelle par nuit, elles participent à la régulation des populations d'insectes dont certains sont vecteurs de maladies (moustiques) ou ravageurs de cultures. "Les travaux de plusieurs équipes de recherche INRAE attestent de leur rôle en arboriculture et pour limiter les populations de chenille processionnaire du pin. Aux Etats-Unis, la contribution des chauves-souris à la régulation des insectes ravageurs a été jugée équivalente à une économie moyenne de 22,9 milliards de dollars de dépenses en pesticides agricoles."

De nombreuses menaces pèsent sur les chauves-souris 

En Europe, l’intégralité des espèces présentes est sur la liste rouge de l’UICN et toutes sont officiellement protégées. Il est donc interdit de les capturer, manipuler, ou posséder, mais aussi de porter atteinte à leur habitat sans autorisation. Ces mesures n'empêchent pas la barbastelle d’Europe ou le grand rhinolophe, entre autres, d’être en danger critique d’extinction. En effet, les chauves-souris, fragiles, font face à plusieurs prédateurs (rapaces, martres, chats domestiques), mais sont aussi quotidiennement soumises aux pressions humaines : éoliennes, pollution lumineuse, rénovations de vieux bâtiments, coupes rases en forêt, ou encore monocultures et pesticides qui réduisent drastiquement leur ressource alimentaire.

Les chauves-souris, bioindicatrices environnementales 

On appelle "bioindicateurs" les entités biologiques qui répondent à l’altération des caractéristiques de leur environnement. C’est le cas des chauves-souris pour plusieurs raisons. Les chiroptères ont divers régimes alimentaires (chaque espèce a tendance à avoir son insecte préféré) et leur présence reflète donc la qualité de la ressource alimentaire présente dans un certain environnement. A contrario, si les insectes prolifèrent de manière excessive dans un milieu, c'est qu'ils manquent de prédateurs. D’autre part, ces mammifères volants sont assez exigeants : ils ont des préférendum écologiques (conditions dans lesquelles elles se développent au mieux) assez variés, et sont donc le reflet de leur environnement. Leur sensibilité à la chaleur en font par exemple d’intéressants indicateurs du changement climatique. Elles sont aussi considérées comme un “baromètre de la qualité des eaux”.

De nombreuses espèces de chiroptères sont forestières : dans les bois, elles trouvent de la nourriture, se regroupent, hibernent… Certaines, comme les pipistrelles, préfèrent les lisières et les espaces plus dégagés. Nombreuses sont celles qui utilisent des petites parcelles de forêts ou des haies comme couloirs de migration et pour se reposer lors de leurs migrations.

La présence des chauves-souris dans les forêts, ainsi que leurs activités, dépendent donc fortement de la manière dont les activités sylvicoles sont réalisées. La structure des forêts, leur âge, leurs essences, influent sur la ressource alimentaire présente et des gîtes potentiels. Ainsi, la présence des chiroptères témoigne de la qualité du type de forêt qu’elles fréquentent.

Si leurs effectifs fluctuent anormalement, cela peut ainsi signifier que les conditions environnementales locales ont été altérées. Or, leur absence peut se répercuter sur toute la chaîne alimentaire, car elles régulent des populations entières d’insectes. Les chauves-souris sont aussi considérées comme des espèces parapluies dont d’autres espèces patrimoniales dépendent : elles ont un rôle clé pour la faune et la flore des écosystèmes qu’elles occupent.

Protéger les chauves-souris est l’affaire de tous !

Espèces-clés de nombreux écosystèmes, les chauves-souris nous rendent de fiers services en contrôlant les populations d’insectes. Dans certains pays tropicaux, elles sont même impliquées dans la pollinisation. À différents niveaux, nous pouvons contribuer à leur sauvegarde en leur fournissant des conditions propices.

A l’échelle d’un milieu rural, la diversité des milieux est bénéfique aux chauves-souris, et la présence de corridors de déplacement comme les haies bocagères leur est très bénéfique.

Dans les milieux plus urbanisés, réduire la pollution lumineuse peut être utile : une allée de lampadaires est pour certaines espèces un couloir infranchissable, tandis que d'autres sont capables de chasser près d'une source lumineuse. Conserver ou ajouter de petites ouvertures dans les toits de granges et maisons ou laisser des espaces entre les tuiles des toitures permet d’offrir des gîtes aux chauves-souris. En retour, elles contribuent à la lutte biologique en mangeant les insectes des jardins, et leurs déjections (le guano) servent d’engrais pour potager. Les chauves-souris étant fidèles à leurs gîtes d’une année sur l’autre, leurs habitats doivent être conservés dans la mesure du possible. Lorsqu’elles hibernent, elles ne doivent être dérangées sous aucun prétexte, au risque de mourir, car elles respirent beaucoup moins, afin de préserver leur énergie, et les battements de leur coeur diminuent très fortement.

C’est pour cela que lorsque nous réalisons les travaux forestiers les plus invasifs, nous le faisons au cours de périodes de transit (au printemps et à l'automne), pour ne pas trop déranger ces petits mammifères volants. En outre, une bonne gestion forestière contribue à favoriser la présence de plusieurs espèces de chiroptères. Pour les espèces qui aiment chasser près des points d’eau, comme le murin de Daubenton, on peut préserver les ripisylves ; pour les espèces de haut vol comme les pipistrelles, ont peut conserver les lisières, clairières et allées forestières ; pour d’autres encore, on pourra conserver une strate arbustive où elles peuvent chassent. Préférer les peuplements mixtes ou feuillus aux résineux, maintenir des peuplements âgés, conserver des arbres sur pied dont l’écorce décollée, les fentes et autres cavités servent de gîte d'été ou d'hiver, s’assurer de la présence de points d’abreuvements (mares, rivières…) et installer des nichoirs à chiroptères en cas de déficit d'habitats et jusqu'à ce que les habitats naturels reprennent leur place, sont quelques exemples d’actions qu'il est possible de mener en leur faveur.

Pour protéger les chiroptères, il est donc important d’adopter une approche fonctionnelle globale. Dans différents milieux, nous pouvons mettre en place diverses actions en leur faveur, mais il est aussi nécessaire d’agir sur la réduction des risques auxquels elles sont exposées.
 

 

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