L’écologie de la réconciliation au secours de la biodiversité

L’écologie de la réconciliation suggère de ménager la diversité du vivant où il se trouve, dans notre vie quotidienne et dans nos espaces urbanisés.

Léa Toulet

Chargée de relation clients
L’écologie de la réconciliation au secours de la biodiversité

Pour sauvegarder la biodiversité que l’ère anthropocène a mise en péril, les sociétés humaines ont imaginé de mettre sous cloche des îlots de biodiversité rare, de protéger certaines espèces ou de créer des réserves naturelles. Et si l’impact le plus puissant que nous puissions avoir sur la biodiversité se jouait dans notre vie quotidienne ? Et s’il était plus important de concilier la nature sauvage et la vie des humains dans un même espace que de les isoler ? C’est l’objet de l’écologie de la conciliation qui propose une voie médiane à laquelle nous pouvons tous participer.

Protéger la diversité du vivant où elle se trouve

Maintenir, inventer et rétablir des habitats faunistiques et floristiques pour la plus grande diversité d’espèces là même où vivent, travaillent ou se divertissent les êtres humains, tel est le fondement de l’écologie de la réconciliation théorisée par Michael Rosenzweig*. Si bien que vous participez peut-être déjà à la vivification de la biodiversité et mettez en application les préceptes de l’écologie de la réconciliation en l’ignorant, comme M. Jourdain fait de la prose sans le savoir.
La théorie est assez simple, mais il fallait y penser ! Nous sommes tous désireux d’avoir des arbres sous nos fenêtres, des plantes sur nos balcons (quand nous avons la chance d’en avoir), d’entendre le chant des merles et des passereaux et de voir courir des écureuils roux dans les parcs. Mais si les plantes de nos balcons se reproduisent, c’est généralement qu’elles ont été pollinisées par quelques insectes, et si les oiseaux continuent de chanter en ville, c’est qu’ils ont des arbres où nicher, des insectes à dévorer. Préserver les abeilles et les oiseaux en ville, laisser les arbres et les plantes s’y épanouir, en un mot ne pas repousser la nature sauvage où elle s’installe, même au cœur de nos cités, voici comment contribuer quotidiennement à sa préservation.
L’écologie de la réconciliation postule ainsi que l’homme doit vivre avec une part de nature sauvage jusqu’au plus profond de ses espaces urbanisés et de sa vie connectée, que c’est la condition sine qua non pour ne pas détruire la diversité du vivant et donc les conditions de sa vie sur Terre.

La biodiversité doit être protégée partout

Michael Rosenzweig est parti du constat qu’il n’y avait pas assez de terres pour protéger la biodiversité dans des réserves ou des espaces naturels protégés ; qu’en outre il n’était pas suffisant de ne préserver que les espèces rares mais que les espèces communes avaient également besoin d’être protégées là où elles se trouvaient. Que, par conséquent, il revenait à la société des humains d’accroître la présence de la biodiversité dans les espaces où sa présence est dominante. Le pari est gagnant-gagnant dès lors que la préservation de la biodiversité n’empiète pas, ou si peu, sur les activités humaines. C’est tout simplement l’installation de ruches sur les toits des immeubles, la généralisation des toitures végétales, que l’on a même vu fleurir sur les bus de certaines villes, l’installation de potagers urbains ou d’îlots de verdure au centre des villes, l’aménagement de places dédiées aux arbres sur les balcons des immeubles ainsi qu’on l’a vu à Milan dans le Bosco verticale de stefano Boeri
Il y a ainsi deux manières de participer à l’écologie de la réconciliation, de façon passive en s’interdisant de chasser les insectes ou les oiseaux qui s’installent dans nos espaces urbains, en protégeant arbres et plantes des villes ; la manière active qui peut être à l’initiative de citoyens, d’associations, ou d’institutions. 
Installer des nichoirs spécifiques dans la ville est un acte qui peut être entrepris de manière individuelle. Mais certaines mairies prennent aussi des initiatives comme celle de la ville de Jérusalem qui a fait installer sur les toits de la ville des tuiles dont la forme est propice à la nidification du faucon crécerellette afin de favoriser le maintien de cette espèce endémique*. 
Réconcilier l’être humain avec les milieux de vie naturels est l’objet de cette écologie qui n’a rien de punitif mais qui est au contraire un enthousiasmant défi pour voir refleurir nos cités et émerveiller nos quartiers du chant des oiseaux et de la course nocturne des renards


*Michael L. Rosenzweig, Win-Win Ecology : How the Earth’s Species Can Survive in the Midst of Human Enterprise, Oxford University Press, 2003
*in La nature ordinaire face aux pressions humaines : le cas des plantes communes. Sujet de thèse de Jean-Claude Abadie soutenue en 2008, p.8