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22 juil. 2026

Treize ans après une coupe rase, la forêt de Lacelle recommence à pousser

En Corrèze, la forêt de Lacelle attendait depuis 2013 d'être reboisée. Retour sur les premiers mois de plantation, essence par essence, et le premier bilan.

Treize ans après une coupe rase, la forêt de Lacelle recommence à pousser

Sur le plateau des Millevaches, en Corrèze, une parcelle attendait depuis 2013 qu'on lui redonne des arbres. C'est chose faite depuis mars 2026 : 28 000 plants de dix essences différentes, et déjà de quoi observer, mesurer et parfois s'inquiéter un peu.

Il y a en France de vieilles forêts, des forêts bien gérées, des forêts laissées à l'abandon et puis des friches qui poussent en bataille sur d'anciennes parcelles abîmées par les coupes à blanc. La forêt de Lacelle, qui se situe en Corrèze, sur les plateaux granitiques du Limousin, était une friche quand nous en avons repris la gestion en mars 2024. Une vingtaine d'hectares y avaient subi une coupe rase sur une plantation résineuse en 2013, jamais reconstituée par le propriétaire précédent. Depuis treize ans, cette parcelle ne faisait donc plus vraiment forêt : de la végétation spontanée, des accrus résineux denses, mais plus de gestion, plus de diversité, plus grand-chose à offrir à la biodiversité locale.

La propriété de 69,2 hectares au total se partage en trois ensembles bien distincts : environ 18 hectares de prairies louées à un agriculteur local, une trentaine d'hectares de peuplements sur pied désormais gérés en futaie irrégulière, et cette fameuse parcelle en friche. Elle est traversée par le ruisseau de Pradel et se situe dans le Parc naturel régional de Millevaches, ce qui n'est pas un détail : cela signifie une ripisylve à préserver, une trame écologique à respecter, et un cahier des charges un peu plus exigeant que la moyenne.

Plantation de forêt à Lacelle - EcoTree

Un chantier qui a pris son temps

Reboiser une friche de treize ans n'est pas un geste, c'est un chantier. La préparation des sols a d'abord été menée en deux temps à l'automne 2025, après un problème technique qui a retardé la suite des opérations (les plantations, initialement prévues à l'automne 2025, ont finalement eu lieu au printemps suivant). Puis, entre décembre 2025 et février 2026, le broyage en plein a mobilisé deux outils en parallèle : une pelle pour les zones inaccessibles, un tracteur broyeur pour le reste. Au total, 18 hectares travaillés, dont 14 sous-solés, sur un terrain hétérogène et très caillouteux qui n'a rien laissé passer facilement.

En mars 2026, 28 000 plants sont enfin entrés en terre, à une densité initiale de 1600 plants par hectare. Et pas n'importe quels plants : un mélange volontairement diversifié de dix essences, choisi pour préparer la parcelle aux aléas climatiques à venir plutôt que de miser sur une seule espèce. On y trouve du Douglas (Pseudotsuga menziesii), du pin laricio (Pinus nigra subsp. laricio), du séquoia (Sequoia sempervirens), du cèdre (Cedrus atlantica), du mélèze (Larix decidua), du chêne sessile (Quercus petraea) et du chêne pédonculé (Quercus robur), du cormier (Sorbus domestica), de l'alisier torminal (Sorbus torminalis) et du hêtre (Fagus sylvatica).

Trois mois plus tard, premier bulletin de santé

Le 29 juin 2026, les gestionnaires forestiers Alix Vaquier et Adrian Valette se sont rendus sur place pour la visite de réception de plantation. Leur mission : contrôler, secteur par secteur et essence par essence, ce qu'on appelle en langage de forestier le « taux de reprise », c'est-à-dire la proportion de jeunes plants qui ont effectivement survécu et démarré leur croissance.

Les nouvelles sont, comme souvent à ce stade, contrastées, et c'est précisément ce qui rend l'exercice intéressant. Le pin laricio s'en sort remarquablement bien : aucune mortalité comptée sur les placettes mesurées, y compris dans les secteurs les plus caillouteux, un résultat que les forestiers qualifient sobrement d'« excellent ». Les cèdres et les mélèzes affichent également un bon comportement général, avec un démarrage plus lent dans les poches difficiles mais une reprise normale ensuite ; le mélèze est d'ailleurs jugé plus rustique et régulier que le Douglas face aux aléas du site.

Le Douglas, justement, mérite qu'on s'y attarde. Une partie des sujets plantés en bas de versant affiche un rougissement physiologique, un phénomène que les forestiers résument avec une formule qui a le mérite d'être honnête : certains plants sont « en train de se refaire », d'autres ont séché plus franchement. Le Douglas est réputé plus sensible aux écarts climatiques que le mélèze, et l'été qui arrive dira si la reprise se confirme ou si certains sujets ne passeront pas le cap. Les séquoias, plantés en îlots repérés au GPS, montrent eux aussi un rougissement, mais jugé normal en phase d'installation : c'est le comportement classique de l'essence sur ses deux premières années, avec toutefois une sensibilité au gel notée lors d'un épisode de mars, et un point de vigilance sur les zones exposées aux courants d'air à surveiller cet été.

Côté feuillus, le chêne pédonculé et le hêtre, plantés en motte, affichent une bonne reprise générale. Quant à l'alisier torminal, planté en racine nue faute de disponibilité en motte et regroupé en bouquet entre deux îlots feuillus conservés, il compte, selon le forestier qui a mené la visite, parmi les plus beaux sujets observés en plantation à ce jour. Il souffre en revanche de quelques frottis de cervidés, ces marques laissées par les cerfs qui viennent frotter leurs bois contre les jeunes troncs.

Ce qui frappe, à la lecture du rapport de suivi, c'est justement l'absence de dégâts de gibier généralisés, alors que la présence de cervidés et de sangliers est bien confirmée sur le secteur. L'herbe haute, qu'on pourrait croire concurrente des jeunes plants, semble ici jouer un rôle de protection thermique plutôt qu'un rôle de nuisance. Une nouvelle visite est déjà programmée fin septembre pour statuer sur l'état sanitaire des feuillus et des alisiers.

Jeunes arbres plantés à Lacelle - EcoTree

Ce qu'on ne plante pas (et pourquoi c'est important)

Reboiser ne veut pas dire tout planter. À Lacelle, nous avons choisi de maintenir des micro-îlots de régénération naturelle, chêne, hêtre, bouleau, en complément des îlots plantés de feuillus, ainsi qu'un bouquet d'arbres réservés, marqués à la peinture et volontairement non exploités. Leur rôle : servir de réserve écologique et d'habitat pour la faune, sans intervention humaine. Un diagnostic de biodiversité complet reste à programmer sur l'ensemble de la propriété ; nous mettrons ce rapport à jour dès qu'il sera disponible.

C'est aussi cela, gérer une forêt sur le temps long : accepter qu'une parcelle mette treize ans à retrouver un statut de forêt, documenter les échecs autant que les réussites, et revenir régulièrement pour vérifier que la nature suit le plan. Les prochains mois diront si le Douglas de Lacelle « se refait » vraiment. En attendant, dix essences ont pris racine là où il n'y avait, l'an dernier encore, qu'une friche.

Pour suivre l'évolution de cette parcelle ou soutenir la biodiversité qui s'y reconstitue, consultez nos nouvelles du terrain.

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