20 mai 2021

Tipules, ces cousins des moustiques mal aimés

Grands diptères ressemblant à des moustiques, les tipules sont communément appelées cousins et peu aimées des jardiniers et agriculteurs.

Melchior Quennec
Melchior QuennecResponsable Marketing & Croissance B2C
Tipules, ces cousins des moustiques mal aimés

Parce que les larves de tipules peuvent causer des dégâts aux plantations ou aux gazons et que ce grand échalas qu’on considère comme un cousin du moustique ne nous est pas très sympathique, on cherche souvent à s’en débarrasser. Prolixe, la tipule peut être envahissante et localement considérée comme invasive. Il est alors plusieurs façons d’en réduire la population, mais toujours avec des moyens naturels. Car sa larve si mal aimée nous rend aussi bien des services.

Caractéristiques générales des tipules

Connues sous le nom de cousins, les tipules ressemblent à d’énormes moustiques. Leur genre est féminin, eu égard au nom scientifique qui leur a été donné en latin (tipula, tipulae). Toutefois, à l’inverse de leurs “cousins”, les tipules adultes ne piquent pas et ne causent à peu près aucun dégât. 
Au sein d’une grande famille de plus de 200 représentants en France, tipula oleracea, que l’on appelle tipule du chou dans la langue de Molière, et la tipule des prairies tipula paludosa sont les plus connues et celles que l’on croise le plus couramment. 
Ces grands diptères (insectes dotés d’une paire d’ailes membraneuses) sont dotés de balanciers en guise d’ailes postérieures. Ceux-ci leur permettent d’équilibrer leur vol, et leur ablation handicape fortement l’insecte, contrairement aux longues pattes cassantes qu’il abandonne volontiers au prédateur, afin de se sauver. Les pattes sont en effet pourvues de zones de rupture qui lui est un moyen de défense, toutefois assez peu confortable : on vit mieux avec six pattes en bon état qu’avec une ou deux pattes ou demi-pattes en moins !
S’il n’est rien à craindre de la tipule adulte, on se méfie à bon droit de sa larve vorace.

Vie et reproduction des tipules

Affaiblie, la tipule femelle se hâtera de pondre pour se plier à la loi naturelle qui régit sa vie : perpétuer l’espèce. Ayant une longévité assez brève, les tipules adultes n’ont de cesse que de copuler et de pondre. Une fois ensemencée, la femelle pond plusieurs centaines d'œufs en une seule fois (300, 400 et même bien davantage). Ces œufs, elle les expulse lorsqu’elle est posée, et même en vol dans des zones très humides, car ils se développeront en une quinzaine de jours si les conditions d’hygrométrie leur sont favorables. Les petites larves se nourriront d’humus et, résistant bien au froid, ne se mettront jamais réellement en diapause, se contentant de ralentir leur activité aux périodes de grand froid, pour reprendre de plus belle au printemps. 
Ces vers d’un gris terreux que sont les larves des tipules, que l’on appelle parfois également “vers étoilés” sont apodes (dépourvues de pattes), ne s’entortillent pas mais peuvent se rétracter très fortement. 
Se développant sous terre, elles se nourrissent essentiellement de racines (notamment d’herbacées), de rhizomes et de tubercules. Mais la nuit, lorsque la chaleur est relative, au printemps notamment, elles remontent parfois à la surface en creusant des galeries pour s’en prendre au collet des végétaux et aux feuilles. Lorsque le sol grouille de ces gros vers, les dégâts peuvent être considérables sur les cultures. C’est notamment le cas dans les champs de betterave sucrière. D’où la mauvaise réputation dont elles souffrent et la chasse qui leur est souvent faite à grands renforts de produits chimiques.

Comment éviter la prolifération des larves de tipules ?

Pour éviter d’empoisonner le sol avec des traitements chimiques qui ne font pas que tuer les larves des tipules, plusieurs mesures de bon sens sont à prendre. D’abord, puisque ces insectes ont besoin d’une forte humidité, il convient de restreindre l’arrosage de votre pelouse qui, très humide, attirera sans aucun doute les tipules des environs, par conséquent leurs futures larves dont vous déplorerez les dégâts. (La sécheresse de 2003 leur a porté un sacré coup). Il est également recommandé de favoriser la biodiversité, donc les prédateurs naturels de la tipule que sont les taupes, les musaraignes, les hérissons, les oiseaux (merle noir, étourneau sansonnet, hirondelle rustique, moineau domestique), les chauves-souris et les batraciens (grenouilles, crapauds, salamandres, tritons…), les uns se nourrissant des larves, les autres des tipules adultes. Étant bien entendu que si l’on fait la chasse à tous ces petits animaux, on s’expose à une recrudescence de “nuisibles”.
Enfin, en cas d’invasion avérée (les conditions météorologiques peuvent la favoriser), il existe plusieurs manières de les piéger naturellement
A noter que certaines tipules se développent dans les bois de feuillus dégradés mais non pourris, tandis que d’autres aiment le bois en putréfaction et que leurs larves, xylophages, participent au grand cycle de transformation des déchets forestiers. Que, dans tous les cas, larves comme adultes ont leur importance dans le cycle de la vie, nourrissant leurs prédateurs et jouant leur rôle de détritiphages en se nourrissant d’humus qu’elles transforment, dégradant par exemple les feuilles mortes des arbres, mais participant également à l’aération et la fertilisation des sols. 
Comme toujours, tout est question d’équilibre dans la nature !