Les prix du bois ont une tendance à la hausse

Les demandes mondiales de bois sont en hausse, dopées par l’appétit de la Chine et des Etats-Unis, tirant les prix vers le haut sur une tendance longue.

Vianney Renard

Directeur Forêt
Les prix du bois ont une tendance à la hausse

Les itinéraires sylvicoles que nous mettons en place avec les experts forestiers sont relativement conservateurs. En effet, la valorisation du bois que nous projetons pour estimer son rendement à l’horizon de coupe se fonde sur la moyenne des prix actuels à quoi nous ajoutons l’inflation (1,8% par an). Or, ce que nous constatons à l’échelle mondiale, c’est une hausse constante des prix du bois, bien supérieure à l’inflation, ceux-ci étant dopés par l’appétit de la Chine et de l’Amérique du Nord. Une bonne nouvelle pour les propriétaires d’arbres, que viennent toutefois tempérer les difficultés d’approvisionnement des scieries françaises et la question des émissions de carbone liées à l’exportation du bois et à sa circulation d’un bout à l’autre de la planète.

La demande mondiale de bois est toujours plus forte

D’année en année, la demande globale de bois est plus forte. Même si cela est à pondérer pour certaines essences, la demande totale est en augmentation. Dans un contexte de transition écologique mondiale, le matériau bois est l’un des matériaux d’avenir, tant dans la construction pour le bois d'œuvre que dans l’énergie pour le petit bois qui est valorisé dans les chaudières modernes qui utilisent principalement les rebuts ou les rémanents de coupe, substituant cette énergie à l’énergie fossile. 

Le cas du Douglas

Dans son rapport annuel, qui se fonde sur les ventes des lots de bois en provenance des forêts privées, France Bois Forêt, qui est l’interprofession nationale de la filière Forêt-Bois créée en 2004 à l’initiative des professionnels, sous l’égide du ministère de l’Agriculture en charge des Forêts, note au sujet de l’année 2020 : “Tout comme en 2019, cette performance est due au Chêne dont les cours sont quasiment stables, et surtout au Douglas qui progresse de 10 %, ces deux essences représentant la majorité du panel étudié.”

Le rapport explique encore que : “la Fédération Nationale du Bois (FNB) a diffusé les données de son observatoire sur l’activité des entreprises de la filière Forêt-Bois fin 2020, début 2021. En ce début d’année, le niveau d’activité des entreprises se maintient à un niveau élevé, tout particulièrement pour les scieries de résineux qui tournent au-delà de leur capacité nominale.
La conjoncture est tirée par la consommation et par une demande importante de la part des USA, où les prix du bois ont été multipliés par 3.”

Ainsi le Douglas, qui a parfois mauvaise presse, a-t-il trouvé son marché qui est essentiellement celui de la construction bois. Pour opérer la transition écologique, qui est indispensable si nous voulons éviter la catastrophe écologique que nous annonce le Giec, il faut miser sur le bois, notamment dans la construction. En effet, les arbres prélevés des forêts pour fabriquer des bâtiments en bois stockeront le CO2 qu’ils ont absorbé au cours de leur vie sur le long terme et présentent également un intéressant effet de substitution. Utiliser une poutre en bois permet par exemple de ne pas en utiliser une en béton ou en aluminium, plus gourmandes en énergie à la production ou en produits chimiques. Et pour opérer cette transition rapidement, le Douglas est l’essence à privilégier car elle pousse vite et a de très bonnes propriétés mécaniques et chimiques (c’est un bois naturellement imputrescible). De plus, les plantations de Douglas sont très faciles à irrégulariser, afin d’éviter les coupes rases, et peuvent parfaitement pousser en essence d’accompagnement ou elles-mêmes accompagnées de Châtaignier, de Chêne rouge en pied à pied, de Hêtre par bouquets ou encore de Mélèze

Le cas du chêne

La Chine, qui a largement surexploité ses forêts ces dernières décennies, connaît une pénurie de bois qui risque de durer (les coupes de chêne y sont bloquées pour 99 ans) et qui tire vers le haut les prix mondiaux. 
Selon l’ONF, les prix du bois de chêne ont augmenté de 65% entre 2007 et 2017 et la tendance risque de perdurer, étant donnée la pression mondiale qui s'exerce sur cette denrée devenue rare. En effet, le Chêne est une essence irremplaçable pour certaines utilisations : fabrication de merrains, parquets et meubles de grande qualité… Or, la Russie, qui est l’un des plus gros exportateurs de bois vers la Chine, va stopper l’exportation de ses grumes non transformées à partir du 1er janvier 2022
Les Etats-Unis, de leur côté, ont pris des mesures “anti-dumping” qui ont ralenti l’importation de leur bois de la part de la Chine. Eux-mêmes sont en forte demande, les prix du bois y ayant été multipliés par trois en 2020, selon France Forêt Bois, par quatre même selon Le Monde. Par conséquent, et puisque la France est le troisième producteur mondial de Chêne et que poussent sur son territoire les plus beaux spécimens du monde, c’est vers elle que les importateurs chinois et asiatiques se tournent essentiellement, faisant mécaniquement grimper les prix du bois à la coupe. 

La tendance des prix du bois est à la hausse

Si nous préférons, par précaution, conserver des prix stables dans nos itinéraires sylvicoles, tout porte ainsi à croire que les prix continueront de monter au-delà de l’inflation dans les années et les décennies à venir, au moins pour certaines essences, et se maintiendront pour les autres. Car les chances sont beaucoup plus fortes que la demande continue de croître plutôt que l’offre soit excédentaire. 
On peut aujourd’hui bien davantage craindre un accident climatique ou le développement de pathogènes attaquant les arbres, qui feraient encore diminuer l’offre, que la découverte soudaine de vastes forêts cachées qui tireraient d’un coup les prix vers le bas.
Ainsi, l’Indice général du prix de vente des bois sur pied en forêt privée a repris 2% en 2020 après une baisse en 2019, alors même que la crise de la Covid-19 a brutalement ralenti l’économie mondiale et empêché nombre d’exportations. 
Selon les données de la Fédération Nationale du Bois (FNB), “en ce début d’année [2021], le niveau d’activité des entreprises se maintient à un niveau élevé, tout particulièrement pour les scieries de résineux qui tournent au-delà de leur capacité nominale.”
Dans son rapport France Bois Forêt note encore : “La production et l’utilisation du bois, tant au niveau national qu’international, dans un marché désorganisé à la suite de la Covid-19, sont restées dynamiques grâce à des rééquilibrages inattendus : hausse des importations de sciages résineux aux États-Unis, suite à un très fort redémarrage de la construction et un manque de bois (scolytes au Canada, rupture d’approvisionnement liée à la Covid-19) de même qu’en Angleterre fin 2020, pour cause d’anticipation du BREXIT par exemple.”
Dressant un état des lieux général, le rapport poursuit : “La demande en résineux a cependant été importante en 2020, tout particulièrement du fait de la demande en provenance des Etats-Unis, et le marché a certainement été plus impacté par les attaques de scolytes que par la pandémie liée à la Covid-19. [...] C’est donc la preuve de l’intérêt porté par les industriels au Douglas, arbre dont les qualités sont pleinement reconnues et qui a trouvé son marché.”

Nous diversifions les essences de plantation dans nos forêts

Voici pourquoi il est essentiel de diversifier les essences de plantation dans nos forêts, sachant que les deux qui tirent aujourd’hui les prix vers le haut sont le Chêne et le Douglas. Le Douglas est intégré dans nos itinéraires sylvicoles à un prix de 60€/m3 aujourd’hui, pour les meilleures conditions de vente. Or, nous constatons qu’il se vend à présent entre 70 et 90€/m3 dans l’Ouest de la France, pour les beaux lots de gros bois. Les prix peuvent aller jusqu’à 130€/m3 dans le Nord de la France pour les gros bois. 
Le Pin maritime lui-même résiste bien, malgré la concurrence que lui ont portée les épicéas scolytés de l’Est de la France qui ont bénéficié d’aides au transport et qui ont largement surinvesti le marché. Ainsi, dans le Sud-Ouest, le Pin maritime des Landes, qui sert notamment à la fabrication de palettes et qui d’ordinaire demeure une essence locale, est très largement acheté pour la Chine qui fait des offres, via des intermédiaires, 10 à 15% au-dessus du prix du marché. Même sur les bois scolytés, les acheteurs chinois sont offensifs. 

Il faut alimenter la filière bois française

Si l’on pourrait se réjouir que les prix du bois augmentent, il faut tout de même considérer l’envers du décor. La filière forêt-bois française pousse un cri d’alarme, car les exportations massives du bois en provenance des forêts privées desservent l’économie française et les efforts consentis par le plus grand nombre pour freiner les effets du réchauffement climatique. 
Quel sens cela a-t-il de faire pousser des arbres dans les forêts françaises pour qu’elles stockent du carbone si tout ce bénéfice est perdu par le transport en faisant souvent faire un tour du monde complet à un matériau qui part sous forme de grume avant de nous revenir sous forme de bois transformé ? 
En 10 ans, les exportations françaises de bois de chêne ont été décuplées, passant de 50 000 m3 en 2007 à 500 000 m3 en 2017 dont la moitié alimente la Chine. Les prix des grumes ont doublé en 5 ans, selon la FNB. Selon les douanes françaises, la Chine est directement à l’origine de 50% des exportations françaises de chêne, mais en réalité, elle en importe bien davantage, un bon nombre des grumes vendues sur le marché européen ne faisant qu’y transiter avant de partir pour l’Empire du milieu. Il semble même qu’en 2021, l’export de grumes de chêne vers la Chine ait redoublé d’intensité
Ainsi, 90% des scieries françaises manquent de bois et il s’agit principalement de scieries spécialisées dans la découpe du bois. Et sans matière première, elles sont menacées de mettre la clé sous la porte, alors même qu’elles sont déjà nombreuses à avoir fermé depuis le début des années 2000. De 900 en 2005, elles n’étaient plus que 550 en 2017.

Le bois de nos forêts, nous voulons le placer dans la filière française, alors même que ce sont les propriétaires privés qui, pour la plupart, alimentent les exportations de bois. En effet, l’ONF a mis en place un label UE auquel doivent adhérer les acheteurs qui souhaitent prendre part aux ventes publiques de chênes qu’elle organise. Ce label que l’Etat français a mis en place oblige ainsi à ce que le bois soit transformé en Europe. Il est tout à fait envisageable de mettre en place un label similaire pour les forestiers privés, afin de soutenir une filière qui est à l’origine de 392 700 emplois directs (équivalent temps-plein), soit 1,4% de la population et d’1,1% du PIB en 2018, d’après les chiffres de France Bois Forêt. 
Et cela, sans que les prix de vente du bois baissent car la demande est en hausse constante et que la transition écologique n’en est qu’à ses débuts. 

Une pétition pour sauver la scierie française est en ligne et doit être portée au gouvernement.