Frelons asiatiques : ils attaquent nos ruches !

Les attaques de ruches par les frelons asiatiques ont été quatre à cinq fois plus nombreuses en France en 2020 qu’en 2019.

Frelons asiatiques : ils attaquent nos ruches !
Postés devant la ruche, les frelons asiatiques attendent la sortie des abeilles pour les tuer.

Le phénomène semble être général et inquiète au plus haut point ! Les attaques de ruches par les frelons asiatiques ont été très nombreuses en France en 2020. C’est ce que déplore l’Union Nationale de l’Apiculture Française, qui dénonce l’inaction de l’Etat, tandis que Gilles Kervot, qui prend soin de nos ruches de la forêt du Faouët, confirme les attaques meurtrières.

Frelon asiatique, ce redoutable prédateur

Les frelons asiatiques ont été particulièrement présents cette année dans les campagnes françaises, occasionnant d’importants dégâts dans les ruches, sans compter les attaques très graves contre des hommes
Ce redoutable prédateur se nourrit de mouches (jusqu’à 80 par jour), de guêpes, de syrphes, de chenilles, de sauterelles, mais aussi d’abeilles. Et lorsque les chenilles ou les larves sont en trop petite quantité, c’est contre les essaims d’abeilles domestiques qu’il tourne sa voracité, comme nous l’explique l'apiculteur Gilles Kervot, qui a eu maille à partir avec ces insectes dans notre forêt du Faouët
Le problème vient de ce que le frelon européen est peu à peu supplanté par le frelon asiatique, arrivé de Chine en 2004, et que nos abeilles européennes ne sont pas adaptées à sa présence, n’ont donc pas encore, nous dit l’apiculteur, les capacités de s’en défendre réellement. 

L’Union Nationale de l’Apiculture Française tire la sonnette d’alarme

L’UNAF relève une recrudescence des attaques de frelons asiatiques en 2020, donc une très forte mortalité des essaims et demande à l’Etat français de prendre des mesures, regrettant qu’aucune action d’ampleur ne soit mise en place en France, où le frelon a débarqué en provenance de l’Asie en 2004. 
Vespa velutina est un fléau pour les ruches, écrit l’UNAF, “de par la prédation directe exercée sur les abeilles mais également du fait du phénomène de paralysie que son vol stationnaire induit chez une ruche qui y est confrontée : incapable de sortir pour récolter ses ressources alimentaires, la colonie devient très affaiblie et vulnérable.”
La multiplication de ces attaques est expliquée par les conditions météorologiques propices : hiver et printemps doux, entraînant une pression des frelons asiatiques sur les ruches quatre à cinq fois supérieure à celle de l’année précédente.

Dans notre forêt du Faouët, le frelon asiatique décime les abeilles

Depuis 25 ans, la production annuelle de miel français est trois fois moindre (moins de 10 000 tonnes en 2019, contre 32 000 t en 1995), faisant grimper les prix du miel, augmentant les importations et diminuant le nombre d’apiculteurs français. 
Gilles Kervot, apiculteur et producteur de miel, qui a installé les essaims dans nos ruches de la forêt du Faouët, fait le même constat. Alors qu’en septembre, il nous disait qu’il n’avait pas vu de frelons asiatiques attaquer ses abeilles, son discours a radicalement changé début décembre. 
“Une attaque telle qu’il y a eu sur votre rucher, au Faouët, je n’ai jamais vu ça !”, nous confie Gilles. “Des attaques, j’en avais vu surtout sur la côte, vers Lorient et je pensais que la population de frelons asiatiques avait régressé. Mais en allant nourrir les abeilles l’autre jour, je n’en ai pas cru mes yeux ! Je suis aussitôt reparti chez moi chercher des portes spéciales pour empêcher les frelons asiatiques d’entrer dans les ruches. Il doit y avoir un nid tout proche, mais c’est très difficile de le trouver parce que les frelons construisent des nids très haut dans les arbres.”

Les frelons asiatiques sont une des causes de la mortalité des abeilles

Certaines ruches ont pu résister à ces attaques, mais pas toutes. 
“Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a des ruches fortes. En ce cas, les abeilles sont devant la porte et combattent les frelons. Cela perturbe le butinage et la sortie des abeilles. Elles sont par conséquent affaiblies et s’il n’y a pas assez de réserve à l’intérieur, cela peut les perturber pour l’hiver, mais elles peuvent résister. La recrudescence de frelons survient surtout à l’automne parce que les frelons ont besoin de beaucoup de nourriture pour nourrir les futures reines qu’ils élèvent. Un essaim fort se bat et se protège. Mais quand il est déjà affaibli et qu’il fait plus froid, les abeilles sont à l’intérieur de la ruche, en boule, et ne protègent pas l’entrée. C’est alors que les frelons en profitent pour pénétrer dans la ruche, où ils pillent le miel, les larves, tuent les abeilles et affaiblissent encore davantage l’essaim. Parce qu’il faut bien se représenter que ce sont des dizaines, voire des centaines de frelons asiatiques qui pénètrent dans la ruche quand la défense de l’entrée n’est plus assurée. C’est une catastrophe, et l’essaim n’y survit pas. Mais quand l’essaim est suffisamment fort, il est perturbé mais peut survivre. Ce que l’on peut faire, c’est placer des portes anti-frelons qui les empêchent d’entrer.” 
Nous déplorons hélas la perte de quatre ou cinq essaims, qui ne sont toutefois pas morts uniquement à cause des frelons asiatiques. “Il se peut qu’ils aient été affaiblis par d’autres facteurs : le manque de nourriture, les pesticides, les varroas… Les causes de pertes sont toujours multifactorielles, conclut Gilles Kervot.”