Focus sur l’if

L’if commun taxus baccata est un arbre robuste à baies rouges, paré de nombreuses vertus, que l’on rencontrait jadis couramment en Europe et qui tend à disparaître.

Pax de Menthière

Directeur technique
Focus sur l’if

L’if commun ou if à baies est devenu rare en Europe, pour différentes raisons, alors que les ivaies devaient couvrir une partie de l’Europe avant la dernière période glaciaire. Celles-ci peuvent s’établir sur les berges des eaux stagnantes ou courantes et, dans certaines régions, on les disait sacrées. L’attitude des hommes envers les ifs a toujours été ambiguë, du fait de la forte toxicité de cet arbre.

L'if commun est une espèce menacée

Taxus baccata est une espèce de conifères non résineux de la famille des Taxaceae. Capable de vivre très longtemps, il pousse lentement et se prête bien à la taille. A Braine-le-Château en Belgique, dans le Parc du château Robiano, se trouve un if commun remarquable, planté par Martin de Hornes en 1568, en souvenir de l’exécution à Bruxelles de son parent Philippe de Montmorency, comte de Hornes. La circonférence du tronc y est de près de 5,40 mètres.
Espèce courante en Europe, elle est désormais menacée, les ivaies (peuplements d’ifs) sont devenues rares et l’arbre est protégé au titre d’habitat prioritaire en Europe. Bien que son aire de répartition ait été élargie par les plantations, sa présence a régressé, notamment en Angleterre.
Originaire de la partie occidentale de l’Ecozone paléarctique (Europe, Afrique du Nord, deux-tiers de l’Asie et Moyen-Orient), l’if commun est essentiellement présent en sous-bois de feuillus (hêtraies et chênaies humides, voire sapinières...), principalement en basse et moyenne montagne. Même s’il est désormais rare à l’état naturel, il reste présent sur la majeure partie du territoire français et particulièrement représenté en Bretagne, Normandie, dans les Vosges du Nord, en Corse et dans les Chaînons-Provençaux où certains sujets pourraient avoir plus d’un millénaire.

Caractéristiques de l'if commun

L’if peut atteindre 25 mètres de haut, même si cela demeure une exception. Sa forme varie en fonction de la lumière et de la place dont il dispose. Sa cime est irrégulière, son tronc court et noueux. Les branches en partent à quelques centimètres du sol. Il forme souvent buisson car on peut le tailler facilement. Son tronc cannelé est couvert d’une écorce brune qui tire vers le brun rougeâtre voire pourpre. L’écorce est fine et écailleuse. Elle se décolle en fines écailles. Les rameaux sont souples et verts la première année. Les aiguilles sont un peu molles, plates, de couleur vert foncé dessus et vert plus clair au-dessous. Elles mesurent de 20 à 35 mm, insérées en spirale autour des pousses.
Les fleurs des pieds femelles forment des fruits charnus, rouge vif que l’on appelle arilles. Autrefois, ces fruits étaient consommés en confiture, la chair n’étant pas toxique. Les fruits sucrés font le délice des oiseaux qui en rejettent la graine dans leurs excréments, contribuant à la diffusion et à la reproduction de l'espèce, car ils n’en digèrent pas la graine toxique.

Usages de l'if commun

Car de là viennent sans doute les malheurs des ifs : ils sont très toxiques. C’est pourquoi l’if a souvent été l’arbre symbolisant la mort. Il est l’un des arbres que l’on trouve couramment dans les cimetières. Les Celtes, pour qui il était sacré, songeaient qu’il faisait le lien entre les vivants et les morts.
Les ifs ont par conséquent été beaucoup arrachés pour que le bétail ne s’y intoxique pas. On suggère aussi que la résine a pu être utilisée comme poison de flèches au cours de la préhistoire. Les forêts d’ifs ont, par ailleurs, été décimées pour la fabrication des arcs. Les Grecs, les Gaulois, puis les peuples du Moyen Age ont tour à tour utilisé le bois d’if pour concevoir leurs arcs, cette utilisation trouvant son apogée lors de la Guerre de Cent Ans.
Dur et homogène, le bois d’if a été très largement utilisé en ébénisterie et en marqueterie. Il l’est un peu moins aujourd’hui qu’il est devenu une espèce dont le ramassage est réglementé. En médecine, il est toutefois utilisé dans le traitement de certains cancers.