Raton laveur commun, qui es-tu ?

Le raton laveur commun est originaire de l’Amérique du nord, d’où il a été introduit en Europe. Bien que nuisible en France, c’est un étonnant animal des forêts.

Suzanne Sinniger

Chargée de communication
Raton laveur commun, qui es-tu ?

Ce petit mammifère omnivore a, parmi ses drôles de manières, celle de malaxer et humidifier sa nourriture avant de l’avaler. Ce n’est pourtant pas en raison de cette façon impolie de se tenir à table qu’il est considéré comme un nuisible en France. Animal endémique d’Amérique du Nord, il se développe très bien dans les forêts d’outre-Atlantique, mais pose certains problèmes dans les nôtres.

D’où vient le raton laveur commun ?

Si l’on a un temps pensé qu’il existait plusieurs espèces de raton laveur, les biologistes s’accordent aujourd’hui à dire que ce ne sont que des sous-espèces endémiques à l’Amérique du Nord et aux Caraïbes. Les plus petits d’entre eux se trouvent sur la côte sud de la Floride mais les plus répandus sont le raton laveur de l’Est et le raton laveur de la haute vallée du Mississipi, le second étant plus grand que le premier.
Ce petit animal, en ses différentes sous-espèces, vit dans la quasi-totalité de l’Amérique du Nord, à l’exception des régions polaires du nord du Canada. Au sud de l’Amérique, il est naturellement présent au Mexique et dans la zone intertropicale de l’Amérique centrale. Ainsi, ce petit animal masqué, qui n’est pas sans nous charmer, n’est en Europe que par accident. Il y est d’ailleurs largement considéré comme une espèce invasive voire nuisible. 

Caractéristiques morphologiques et biologiques du raton laveur

Le raton laveur procyon Iotor, selon la classification de Linné, est une espèce de mammifère omnivore, considéré comme un carnivore. Aisément reconnaissable aux taches noires qui lui forment autour des yeux comme un masque de Zorro, il a un museau pointu, une belle fourrure gris-brun et des pattes dotées de cinq doigts. Les griffes qu’il porte aux bouts de ses doigts ne sont pas rétractiles. L'extrémité de sa queue est noire et le long de celle-ci la fourrure est parsemée de 5 ou 7 anneaux de fourrure noirs ou bruns. 
Sa taille à l’âge adulte est de 80 cm en moyenne, mais certains spécimens peuvent mesurer plus d’un mètre. Les mâles sont plus grands et plus lourds que les femelles et leur poids est compris entre 4 et 9 kg. C’est au nord de l’Amérique que vivent les plus gros individus, dont le poids moyen atteint 8,5 kg au Canada. C’est notamment en raison des grands froids que les ratons laveurs font des réserves de graisse. Ainsi n’ont-ils pas le même poids selon les saisons. Ils peuvent prendre jusqu’à la moitié de leur masse en plus à l’automne, dans les régions où sévissent des hivers rigoureux. 

Pourquoi l’appelle-t-on raton laveur ?

Raton laveur, quel drôle de nom pour un animal, vous direz-vous ! En effet, d’où lui vient ce sobriquet ? Les Amérindiens l’appelaient “arakun”, soit “celui qui gratte avec ses mains”. C’est de ce mot que dérive le terme anglais “Racoon”. Quant à nous, au lieu de l’appeler raton gratteur, nous le nommons raton laveur. 
En effet, ce mammifère est le seul à tremper presque systématiquement sa nourriture dans l’eau, dans tous les cas à l’humidifier avant de la manger. Sa vue étant basse mais son odorat et son toucher très développés, il tripote et triture longuement sa nourriture avant de la porter à la bouche, afin d’être sûr de ne pas s’empoisonner. Et bien qu’il mange à peu près de tout : insectes, invertébrés, vers et larves, moules, écrevisses, poissons, palourdes d’eau douce, huîtres, mulette perlière (une petite moule d’eau douce très fragile qui fait l’objet de projets de conservation en Europe), grenouilles, tortues, rats musqués, mulots, fruits, baies, glands, noix. On le voit même faire les poubelles aux abords des villes !
En réalité, il se nourrit largement d’animaux aquatiques et frotte tout ce qu’il attrape dans ses mains avant de le manger ou de nourrir ses petits. D’où cette confusion : Monsieur Raton semble constamment laver sa nourriture, tandis qu’il la palpe. Les terminaisons nerveuses de ses doigts sont d’une telle sensibilité dans un milieu humide qu’il sait déterminer si ce qu’il touche est comestible ou non, sans même le voir. 

Le raton laveur vit avec les arbres

Le raton laveur fréquente assidûment les forêts où il fait souvent son gîte. Il aime les forêts mixtes et les forêts de feuillus, mais aussi les campagnes agricoles. Il vit ainsi à la lisière des forêts et le long des cours d’eau : les ripisylves sont un habitat privilégié pour lui. En Amérique du Nord, il aime bien les marécages. Protégé par son épaisse fourrure, il ne craint pas les moustiques et attaque volontiers des nids d’insectes. 
Cet animal est aussi bon nageur que grimpeur. Il s’abrite généralement dans le creux des arbres ou dans d’autres cavités naturelles, mais il peut également s’introduire dans les greniers des maisons ou s’installer dans des granges. Toutefois, mis à part en hiver, il ne reste jamais longtemps dans un même gîte. En se nourrissant de glands et de faînes, il participe à la dispersion des graines des arbres. En Europe, sa présence est toutefois considérée comme plus désavantageuse qu’avantageuse. 

Pourquoi le raton laveur est-il considéré comme une espèce nuisible en France ?

Le Conseil de l’Europe a décidé que, compte tenu de la menace qu’il faisait peser sur la biodiversité, le raton laveur devait rejoindre la liste des espèces invasives dont la disparition est souhaitable et l’éradication encouragée. Depuis 2016, le raton laveur est considéré comme une espèce exotique envahissante préoccupante, et la France l’a classé parmi les animaux nuisibles au même titre que le chien viverrin, le vison d’Amérique, le ragondin et le rat musqué, la plupart de ces bêtes ayant été introduites pour leur fourrure ou par accident, mais causant de nombreux désagréments à nos écosystèmes. 
En effet, aux abords des fermes, le régime alimentaire du raton laveur inclut les œufs et les fruits et celui-ci cause d'importants ravages dans les cultures, étant ainsi considéré comme une menace pour les agriculteurs. Il peut même s’attaquer aux ruches et être une menace pour les abeilles. Il entre en concurrence avec d’autres espèces endémiques de notre continent, comme un certain nombre de mustélidés ou encore le blaireau. Il est enfin porteur de la maladie de Carré, de la rage ou encore de l’ascaris du raton laveur (Baylisascaris procyonis), un petit ver intestinal responsable d’encéphalites, que l’on ne souhaite pas voir prospérer sous nos latitudes. 
Pour ces raisons, le raton laveur n’est pas désiré en Europe, mais continue de bien prospérer en Amérique, son continent d’origine, d’où il a été introduit pour la dernière fois en 1930 en Allemagne.