La glandée en forêt assure la sélection des meilleurs arbres

A l’automne, la récolte des glands, des faînes et des samares bat son plein dans les plus belles forêts de France : les glandeurs sont au travail.

Juliette Chrétien

Chargée de partenariats entreprises
La glandée en forêt assure la sélection des meilleurs arbres

A l’automne, la récolte des glands, des faînes et des samares bat son plein dans les plus belles forêts de France. Et ce n’est pas un travail de tout repos pour les glandeurs. Comme pour les moissons ou les vendanges, certaines années sont fastes, d’autres pauvres. Les graines de certains arbres ont une valeur qui donne bien de la peine aux agents de l’ONF et du travail aux glandeurs.

Glander n’est pas jouer

Depuis quand, précisément, le verbe glander est-il devenu synonyme de ne rien faire, de perdre son temps, de se promener sans but précis ? C’est une évolution difficile à dater d’un verbe dont le sens premier est ramasser des glands dans la forêt. Peut-être cela vient-il d’une époque où les glands ne servaient qu’à nourrir les cochons et où certains tiraient prétexte de cette activité pour aller courir le guilledou ou faire l’école buissonnière. 
Quoi qu’il en soit, nous devons aujourd’hui faire coexister en nos esprits le sens propre et le sens figuré de ce verbe, car les ramasseurs de glands sont loin de ne rien faire. Chaque fois que la récolte le permet, ce sont en effet des milliers de litres de glands qu’ils ramassent, au cours d’une très brève période, qui s’étale grosso modo sur les trois premières semaines du mois d’octobre. Avant cela, les glands ne sont pas tombés des chênes, et après cela, les feuilles les recouvrent, sans compter les insectes et les champignons qui s’y attaquent pour s’en repaître et les désagréger. Mais aussi bien, certains ont déjà commencé à germer et ne pourront plus être mis de côté pour servir à reboiser d’autres parcelles de forêts. 

Glands ramassés, que deviennent-ils ?

Au cours de l’automne, les agents de l’ONF emploient donc des travailleurs saisonniers pour ramasser les meilleurs glands des chênes sessiles des plus belles forêts de France. Ce sont la forêt de Tronçais et la forêt de Bercé notamment, où, depuis des siècles, les plus beaux spécimens de chênes sessiles poussent et se reproduisent. Forts, hauts, élégants, produisant du bois d’une très grande valeur, ils ont un patrimoine génétique qu’il est important de préserver et primordial de multiplier. Comme dans le cas de races animales productives ou ayant acquis, au gré des sélections, des caractéristiques extraordinaires, il est essentiel de ne pas en perdre la trace. 
La qualité du bois des chênes de Bercé, par exemple, bénéficie d’une renommée internationale. Ces chênes d’exception ont un héritage génétique qui se retrouve naturellement dans chaque fructification. 610 ha de peuplements remarquables de cette forêt sont donc dits « classés ». Les semences issues des chênes sessiles en place peuvent ainsi y être récoltées pour boiser, ou reboiser d’autres forêts, afin qu’y croissent des arbres aussi beaux et aussi puissants. 
Les glands des chênes, les faînes des hêtres ou les samares d’érables ramassés ne servent généralement pas à repeupler les forêts desquels ils proviennent, qui se persistent par régénération naturelle, mais sont conservés pour d’autres plantations. Ces graines sont ainsi un précieux trésor qu’il convient de conserver dans les meilleures conditions. 

Comment sont traités les glands ramassés et triés ?

Le fruit des collectes de glands, de faînes ou de samares des forêts de l’ONF est trié, mis en sac et étiqueté, afin que chaque graine bénéficie d’une traçabilité. Les graines seront par la suite semées dans des pépinières, puis les jeunes arbres replantés dans des forêts. Il n’est pas question de planter n’importe où les chênes sessiles de la forêt de Bercé ou du Tronçais. Ils iront repeupler des terres du Nord-Ouest de la France ou de l’Ile-de-France, dans les sols et sous les climats où leur patrimoine génétique est adapté. 
Pas question de dilapider la précieuse semence de nos plus beaux arbres de France, encore moins à l’ère du réchauffement climatique, alors que les forêts doivent être plus résilientes que jamais. 
C’est ainsi que le lendemain de leur ramassage, les sacs de glands sont envoyés à la sécherie de la Joux, dans le Jura. Là, toutes les graines des forêts françaises gérées par l’ONF sont accueillies : glands de chênes, faînes de hêtres, samares d’érables. 
Les graines  traitées  par  la  sécherie  de  la Joux  proviennent  de  400  peuplements classés, couvrant 36 000 ha dans les forêts domaniales du territoire français. Une fois triées afin de ne garder que celles exemptes de parasites et propres à une germination idéale, on les stocke dans des chambres froides où elles attendront d’être appelées à germer pour croître et porter du fruit à leur tour. 
« Il faut trente ans pour qu’un chêne sessile donne des glands. En forêt de Bercé, les glands ne sont ramassés que dans les parcelles de plus de 100 ans », ainsi que l’explique Anthony Jeanneau, technicien forestier de la forêt domaniale de Bercé.