Quelles plantes carnivores vivent dans les zones humides et les milieux oligotrophes ?

Aimant les milieux pauvres et humides, les plantes carnivores sont présentes en France, quoique rares et menacées.


Chargée de communication
Quelles plantes carnivores vivent dans les zones humides et les milieux oligotrophes ?

Il existe dans le monde plus de 700 espèces de plantes carnivores dont les plus célèbres sont les dionées attrape-mouches. Celles-ci ne poussent toutefois pas sous nos latitudes, bien qu’elles partagent avec toutes les plantes carnivores un trait particulier : elles prolifèrent sur des sols pauvres en nutriments, souvent dans des zones humides, des tourbières à sphaignes ou des marais acides. Quelles sont les plantes carnivores de nos régions ?

Plantes carnivores : comment se nourrissent-elles ?

Les plantes carnivores s’alimentent au moyen de pièges passifs ou de pièges actifs dans lesquels tombent nombre d’insectes, de protozoaires, d’arachnides, de mollusques, voire d'oisillons et de souris (pour les plus grosses et gourmandes). C’est de cette manière qu’elles captent les oligoéléments qui leur manquent, vivant dans des milieux pauvres en nutriments. La rareté en azote et en phosphore qui caractérise la plupart des milieux où elles vivent à l’état naturel leur a valu cette évolution adaptative. C’est la raison pour laquelle il convient, lorsqu’on cultive une plante carnivore chez soi, de ne lui donner que de l’eau déminéralisée ou de l’eau de pluie. Les minéraux qui lui sont nécessaires, la plante les trouvera dans ses proies et un peu dans le substrat sur lequel elle pousse. Le caractère particulier des plantes insectivores ou carnivores, est de se nourrir essentiellement d’une autre manière que par les racines. 
C’est ce qui nous les rend si fascinantes ; de même que le fait qu’elles se nourrissent de petits êtres vivants et que, par conséquent, notre imagination nous pousse à croire que, plus grandes, nous pourrions être leurs proies. 
Alors qu’elles ont été découvertes en Amérique du Nord dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, ce n’est qu’aux alentours de 1865 que Charles Darwin a réussi à prouver le caractère carnivore de la Vénus attrape-mouche. A la même époque, la littérature et les arts ont fleuri d’images et de récits fantastiques au sujet de plantes carnivores dévoreuses d’hommes. Ce qui n’est, bien évidemment, que pur fantasme.

Quelles sont les plantes carnivores de nos zones humides ?

L’Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises (OPCF), qui a collecté les informations de terrain de naturalistes, de botanistes et d’amateurs de plantes carnivores sur le territoire français, estime qu’une trentaine d’espèces et d’hybrides de plantes carnivores sauvages pousse en France. Celles-ci sont pourtant rares et des taxons s’éteignent tandis que les scientifiques travaillent à décrire les nouveaux qui ont été découverts. 
C’est la raison pour laquelle il est important de protéger ces plantes extraordinaires, fragiles et largement menacées, notamment par l’enrichissement des terres en vue de la culture ou de l’exploitation agricoles. 
Aujourd’hui, un grand nombre de zones humides de notre pays, où poussent essentiellement les plantes carnivores, sont protégées, mais leur isolement géographique ne favorise par le brassage génétique, les rendant plus fragiles et défavorisant leur reproduction. Le changement climatique, remarquent les scientifiques, vient aussi faire peser une forte incertitude sur leurs conditions de survie et leur pérennité. 
Nous devons toutefois nous féliciter de compter encore un certain nombre de plantes carnivores en France, en Belgique et en Suisse, notamment dans des tourbières à sphaignes, au bord d’étangs ou de cours d’eau, ou encore sur des pelouses alpines. On trouve ainsi des Drosera rotundifolia, des Drosera intermedia Hayne, des Drosera anglica Huds. dans la Bresse, des Pinguiculas grandiflora dans la région de Bagnères-de-Luchon et encore plusieurs Drosera dans la Bresse et en Bretagne. 
A côté de la Trinité-Langonnet, dans la réserve naturelle régionale des marais de Glomel et alentour, des plantes carnivores de type Rossolis intermédiaire, Rossolis à feuilles rondes ou encore Grassette du Portugal sont présentes. 

Qu’est-ce que la Grassette du Portugal ?

Historiquement, la Grassette du Portugal était présente en France dans les régions de Bretagne et en Vendée, sur le plateau de Langres et dans le parc naturel régional de la Brenne, dans le Parc naturel régional du Périgord-Limousin, dans le Bassin aquitain, dans le Parc naturel régional des Landes de Gascogne, dans les Pyrénées, dans les Alpes-Maritimes, et encore dans quelques rares endroits. 
Pinguicula lusitanica appartient à la famille des Lentibulariaceae. Ne dépassant pas 1 cm de haut pour quelque 4 cm de large, sans compter la fleur, la Gobe-mouche du Portugal est annuelle ou bisannuelle. Elle se plaît particulièrement dans les Landes et les lieux tourbeux. 

Qu’est-ce que la Rossolis intermédiaire ?

Drosera intermedia Hayne est une espèce caractéristique des tourbières tremblantes à Rhynchospora alba, et des cuvettes à fond boueux. Appartenant à la famille des Droséracées, elle est pourvue, sur la surface supérieure des feuilles, de poils qui sécrètent à leur extrémité un liquide collant. Elle mesure entre 5 et 20 cm de haut, ses feuilles sont spatulées, aussi larges que longues, et obtuses au sommet. Ses fleurs sont blanches et en grappes unilatérales. Elle fleurit en été. Elle est potentiellement présente dans une grande partie de la France, excepté en région PACA, en Corse et dans le Pas-de-Calais. C’est une plante vivace qui préfère la lumière à l’ombre et un sol acide à un sol calcaire. On la dit ainsi turficole (qui croît dans les tourbières), héliophile (qui aime le soleil), hygrophile (qui a besoin d’humidité) et acidiphile (qui recherche l’humus acide).

Qu’est-ce que la Rossolis à feuilles rondes ?

Drosera rotundifolia se trouve quasiment partout en France, excepté dans le Gers, le Tarn-et-Garonne, les Deux-Sèvres, les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse et Paris. Appartenant également à la famille des Droséracées, carnivore, terrestre et vivace, elle se plaît dans les tourbières acides à sphaignes, qu’elle peut largement coloniser si le soleil y abonde. 
Assez rare en France, on la trouve principalement entre 600 et 2000 mètres d’altitude. 
Elle accompagne toutefois la Droséra intermédiaire au niveau de la mer, dans les tourbières de la façade atlantique française mais aussi dans les Hautes Fagnes de Wallonie, où l’une et l’autre sont protégées. 
Elle se répand, disposée en rosette étalée au sol. Ses feuilles sont orbiculaires, jusqu’à un cm de large, avec un long pétiole étroit d’un à trois centimètres de couleur vert olive qui vire au rouge sous l’influence du soleil. Le rebord comme la face supérieure sont couverts de poils glandulaires roussâtres à rouge vif, enduits de substances végétales, constituées de polysaccharides qui gonflent au contact de l'eau en prenant une consistance visqueuse, parfois collante, semblable à de la gélatine. On appelle cela un mucilage. Chez la Rossolis à feuilles rondes, cette sécrétion collante sert à attirer et à capturer les petits insectes qui la nourrissent.
Ses fleurs blanches s’ouvrent successivement en remontant sur la tige uniquement aux alentours de midi les jours les plus ensoleillés.
En automne, les feuilles cessent de se développer et restent à l’état d’embryon, nombreuses et serrées au centre de la rosette pour former un bourgeon d'hiver. Les feuilles d'été meurent alors, et l'hibernacle supporte en dormance la saison froide.
Le droséra est également une plante médicinale. On considère habituellement que ses feuilles fraîches ont des propriétés antitussives. Il lui est également prêté des propriétés antibactériennes, anti-inflammatoires, antibiotiques, hypoglycémiques et antispasmodiques. Le droséra aurait encore des vertus contre la coqueluche et l'asthme. C’est ainsi qu’il est utilisé en homéopathie.
Mais comme c'est une plante strictement protégée sur tout le territoire français, il est absolument interdit de la ramasser ou de l’utiliser de quelque manière que ce soit, à l’état sauvage.