9 juin 2022

Planter des arbres contre la sécheresse

Les forêts et les zones humides ont un rôle très important à jouer dans la lutte contre la sécheresse et la désertification de la planète.

Suzanne Sinniger
Suzanne SinnigerChargée de communication
Planter des arbres contre la sécheresse

La journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse nous rappelle combien notre action est importante et combien le rôle des arbres et la préservation des zones humides sont essentiels. Botanistes, biologistes, historiens sont formels : les plantes, dont les arbres sont les plus grands représentants, sont la condition de notre vie sur Terre. Parce qu’ils enrichissent les sols, nous nourrissent et favorisent le cycle de l’eau.

Au commencement était l’arbre

L’arbre n’est pas le commencement de tout mais de la possibilité de la vie animale. La science n’ordonne pas l’apparition de la vie sur Terre autrement que dans la Genèse. D’abord la matière inerte et la lumière, puis viennent l’eau et les plantes. Pour être plus précis, les scientifiques théorisent actuellement une apparition quasi simultanée des champignons et des algues sur terre (et des bactéries), les algues étant les premières plantes qui, après avoir quitté l’eau, ont contribué à la formation des sols de concert avec les mousses et les champignons, afin que plantes et arbres puissent y croître. Enfin, après cela se développent les espèces animales. Sans eau, sans lumière, les plantes ne peuvent vivre ni croître. Sans les plantes, les animaux et les hommes ne peuvent vivre. Ainsi les herbes, puis les plantes et les arbres ont-ils favorisé la vie animale. Au Néolithique, les hommes se sont sédentarisés, non sur un coup de tête mais parce que l’avancée des arbres en provenance de l’Afrique et de la Mésopotamie, remontant vers le nord à la fin de la dernière glaciation, a permis la culture du sol tout en même temps qu’elle a modifié la possibilité de la chasse du grand gibier. Et les sociétés se sont installées, développées.
Tel est le rôle de l’arbre, d’ancrer les hommes sur un sol. Cela, parce qu’il est à la fois le capteur d’eau et le provocateur de pluie. Le gardien du sol. Dans Les arbres, entre visible et invisible*, Ernst Zürcher donne la parole à l'agroforestier Alain Canet qui fait l’expérience d’une petite superficie de sol mis à nu : labouré et désherbé : “très vite, le sol cuit au soleil. Il sèche à la première brise ou sature au premier orage qui, sans tarder, arrache à sa surface de précieux éléments fertiles. L’insolation aura bientôt raison des champignons et des réseaux de communication souterrains qu’ils sous-tendent. Les quelques vers de terre qui ont survécu au labour crient famine. Le carbone se volatilise : il s’échappe dans l’atmosphère et le désert approche à grands pas… Poursuivre l’expérience demandera beaucoup d’efforts, tant il est difficile de maintenir un sol nu, de faire aller la nature là où elle ne sait pas aller. Ce sol mettra tout en oeuvre pour faire revenir des plantes au plus vite, ayant coévolué avec elles depuis la nuit des temps.”
En effet, les plantes structurent le sol, le nourrissent et s’en nourrissent, l’amendent, tant et si bien que l’un ne peut être privé de l’autre sans risquer de mourir. 

Les forêts font le climat et les paysages

Parce qu’ils nourrissent les sols et les bêtes, plantes et arbres forment les paysages et influencent le climat localement et même, très certainement, à l’échelle mondiale. Littéralement, les arbres font la pluie et le beau temps sur Terre. Il a été observé en de maints endroits que les forêts provoquaient les pluies par leur évapotranspiration. Ainsi, au-dessus de la forêt de la Sainte-Baume qui n’est distante de Marseille que d’une trentaine de kilomètres, les pluies annuelles sont deux fois plus importantes que sur la ville. Dans la fable de Giono, qui est très proche de la réalité, L’homme qui plantait des arbres*, un homme décide de planter des milliers d’arbres sur une terre aride pendant des années, et au bout d’un temps l’eau revient.
Francis Hallé note dans Eloge de la plante* que “les plantes sont suffisamment nombreuses et vastes pour créer des microclimats que la plupart des animaux apprécient.” Il ajoute que si “aucun animal libre ne crée un paysage par sa seule présence [...], les plantes réalisent collectivement les paysages qui servent de cadre de vie à la plupart des constituants de la faune, homme compris.”
Ainsi, dans la genèse d’un paysage, la géologie est première, mais les plantes viennent juste après “aidant à la construction des sols, tant sur le plan physique par les croissances racinaires, que sur le plan chimique par l’apport de matière organique.”
Nous définissons la plupart des paysages par les plantes qui les peuplent : forêts, garrigues, mangroves, steppes, bocages, prairies, fourrés, bush…
Et par ailleurs, alors que notre impact sur le climat ne peut être qu’indirect (déforestation ou afforestation, émissions de gaz à effet de serre consécutives à nos activités), les arbres ont un effet direct sur le climat mondial. “Souvenons-nous qu’un seul grand arbre représente 160 hectares d’échanges hydriques avec son milieu, quasiment la surface de la principauté de Monaco. Les formidables surfaces que représente une végétation permettent, par évaporation et transpiration, l’enrichissement de l’air en vapeur d’eau ; c’est clair, les plantes participent à la formation des nuages. Ont-elles une influence sur le régime des pluies ? Oui, semble-t-il, mais aucune certitude n’existe à ce sujet. Sous le ciel pur de la savane, les massifs forestiers, comme des îles sur un horizon maritime, sont repérables de loin par les nuages qui les surmontent ; après une longue marche, quittant le brûlant Soleil pour franchir enfin la marge de la forêt, on constate souvent qu’il y pleut. [...] Ceux qui connaissent bien la forêt savent empiriquement qu’elle maintient, par sa seule présence, un régime de pluies modérées, régulières et durables ; ils notent souvent que la déforestation se solde, sur le site considéré, par l’irruption d’un régime de pluies brèves, brutales et dévastatrices, qui accentue, d’année en année, les effets négatifs de cette disparition de la forêt.”
Le botaniste reconnaît que, même s’il paraît vraisemblable que les précipitations soient en baisse dans une région déforestée, c’est un fait difficile à démontrer parce que les relevés météorologiques à long terme ne sont jamais faits dans les forêts.

L’eau “nouvelle” des arbres

Il est entendu qu’en chimie rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme, comme le disait Lavoisier. Pour cette raison, parler de création d’eau par les arbres est exagéré ; mais utiliser le terme d’eau “nouvelle” est marquer l’action de cet organisme biologique dans le processus de libération de molécules chimiques existantes mais emprisonnées sous une autre forme. 
C’est ainsi qu’Ernst Zürcher peut écrire : “lors de la photosynthèse, qui débute par la décomposition de 12 molécules d’eau, pour chaque mole (180 grammes) de glucose formée, 6 moles d’eau “nouvelle”, soit 108 grammes (c’est-à-dire 60%) voient le jour. Or toutes les réactions de polymérisation basées sur ce glucose (un sucre simple), nécessaires notamment à la formation de fibres végétales ou de substances de réserve comme l’amidon, libèrent de l’eau. En effet, la liaison dite osidique, qui permet à deux molécules de glucose de se lier entre elles, libère une molécule d’eau.” 
La lignine est également obtenue au cours d’un processus chimique qui libère de l’eau. On peut parler d’eau nouvelle puisque celle-ci était auparavant présente sous une forme atomique différente. C’est le cas lors de la formation de la cellulose : chaque molécule de glucose ajoutée libère une molécule d’eau. Zürcher conclut : “il s’agit bien d’eau “nouvelle”, puisque résultant de l’assemblage d’atomes d’hydrogène et d'oxygène appartenant auparavant aux molécules de glucose.”
De même, lors de la respiration diurne et nocturne, les mitochondries des feuilles, du tronc et des racines travaillent à l’inverse de la photosynthèse en libérant des molécules d’eau nouvelle, ce qui fait conclure au chercheur et docteur en sciences naturelles que “la végétation des terres émergées serait ainsi pour notre planète l’organe lui permettant de renouveler, de régénérer radicalement son eau.”

Les forêts régulent le ruissellement des eaux

Les arbres, les forêts plus encore, en tant qu’association d’arbres et organisme écosystémique, jouent un rôle de premier plan dans la régularisation du ruissellement et le régime des cours d’eau. Nous observons que dans certaines parties du monde la déforestation de régions montagneuses déclenche des inondations dans les vallées. En effet, les arbres ont cette capacité à absorber directement par les feuilles, le tronc et les racines une partie de l’eau de pluie, puis à en intégrer une partie directement dans le sol, à faire des réserves d’eau et à en libérer constamment dans l’atmosphère, évitant non seulement les phénomènes de lixiviation et de lessivage, donc d’appauvrissement des sols mais également de ruissellement et de possibles glissements de terrain. La rétention de l’eau par les arbres est le meilleur moyen d’éviter la dessication des sols puis l’apparition de déserts. La nature cherche pas tous les moyens à ralentir le passage de l'eau (pour que les plantes aient le temps de l'absorber) alors que l'humain fait tout son possible pour accélerer le débit de l'eau (via les égouts, canaux, etc.) provoquant les problèmes d'inertie que l'on connaît lors des inondations."

L’importance des zones humides pour éviter la sécheresse

Enfin, les zones humides (mares, cours d’eau, tourbières, prairies humides, mangroves, lagunes…) jouent un rôle capital pour éviter les sécheresses et la désertification. C’est pourquoi une gestion raisonnable et durable des forêts et des paysages passe par la restauration et la préservation des zones humides qui emmagasinent de grands volumes d’eau qui seront peu à peu restitués en aval afin d’alimenter cours d’eau et nappes phréatiques, jouant le rôle d’éponges qui régulent le débit. Certaines sont capables de stocker l’équivalent de grands barrages hydrauliques. Malheureusement, ces milieux sont souvent mal conservés ou entretenus et beaucoup ont disparu au cours du dernier siècle. 
C’est la raison pour laquelle nous considérons que la préservation de nos forêts passe aussi par celle des zones humides. Car par elles, nous diminuons le risque de feux de forêts, nous permettons à une faune et une flore particulières de vivre et nous stockons de l’eau douce qui, sinon, serait plus rapidement drainée vers les mers. Les forêts ont besoin des zones humides et réciproquement, préservons-les !
 

*Actes Sud, "Babel", 2021
*Gallimard, 1980
*"Points" Seuil, 2014

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