Ents : Tolkien avait vu juste, les arbres géants ont un rôle primordial

Une étude de la prestigieuse revue Science démontre le rôle primordial des très grands arbres dans le développement et la bonne santé des forêts anciennes.

Théophane Le Méné

Directeur Général
Ents : Tolkien avait vu juste, les arbres géants ont un rôle primordial

Une importante étude de la prestigieuse revue Science démontre le rôle primordial des très grands arbres dans le développement et la bonne santé des forêts anciennes. Lents à se reproduire mais prompts à coloniser l’espace et à s’élever vers le ciel, ces immenses arbres des forêts tropicales sont de véritables puits de carbone. Ce que met en lumière cette étude, c’est l’importance cruciale de la biodiversité dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Tolkien, écologiste précurseur !

Rappelez-vous les Ents, ces arbres géants, biscornus aux allures de vieillards qui, constatant que les armées de Saruman ont décimé des forêts, dont faisaient partie leurs “amis”, se mettent en marche pour les écraser jusqu’au dernier. J.R.R. Tolkien avait tout compris : les grands et vénérables arbres ont pour mission la protection des plus jeunes et des plus petits. Rapides à s’élever mais lents à se reproduire, ces arbres pionniers ont une importance primordiale dans les anciennes forêts telle que l’Amazonie en conserve, partant une place bien à eux dans la biodiversité qui s’enrichit de la diversité des essences et des espèces.
Ces arbres pionniers contribuent bien plus qu’on ne l’imaginait au développement de la biomasse et à la séquestration du carbone.

Biodiversité : tous les arbres y contribuent mais de diverses manières

Les auteurs de l’étude parue dans la revue Science mettent donc en lumière le rôle crucial des forêts et la protection de la biodiversité dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi, les prédictions des modélisateurs devraient prendre en compte la particularité des espèces spécifiques, plutôt que d’imaginer la forêt comme une somme d’arbres identiques.
L’étude montre que la diversité de croissance, d’âge et de mode de reproduction des essences est un paramètre important à prendre en compte dans les modèles prédictifs d’absorption du carbone.

Le noyer du Brésil, un arbre exemplaire

Parmi les espèces pionnières longévives, l’acajou, le fromager ou kapokier (Ceiba pentandra) et le noyer du Brésil  dominent la canopée de toute leur hauteur. Non seulement parce qu’ils poussent rapidement, jusqu’à deux fois plus vite que d’autres plantes qui demeurent à l’ombre de la canopée, mais en outre, perdurent pendant des siècles. Ils atteignent facilement 40 mètres de hauteur, parfois soixante. L’exemple du noyer du Brésil est tout à fait convaincant. Ce colosse est l’un des plus grands arbres de la forêt tropicale amazonienne. Mais son système de reproduction est si complexe qu’il ne supporte pas la modification de son écosystème, et tend ainsi à disparaître. On a dénombré des individus de 60 mètres de haut dont la circonférence du tronc atteignait 16 mètres, et il pourrait vivre un millénaire. Mais, colosse aux pieds d’argile, il est tributaire de la fécondation croisée pour produire des graines. Or, un large capuchon couvre le pistil, que seuls les plus vigoureux insectes peuvent soulever, pour s’introduire et déposer la semence d’une fleur précédemment visitée. De plus, moins de 0,5% des fleurs produisent des fruits. C’est donc un arbre qui a toutes les difficultés à se reproduire et qui ne le fait bien que dans un écosystème spécifique où toutes les conditions sont, pour ainsi dire, réunies autour de lui. Si bien que la déforestation le met grandement en péril. Les autres espèces d’arbres géantes qui lui ressemblent, par les caractéristiques, sont sujettes aux mêmes difficultés.
Les chercheurs estiment cependant qu’il existe une corrélation entre leur difficulté à se reproduire et leur excellente capacité à stocker le carbone. Ils mettraient toute leur énergie à emmagasiner la biomasse, au détriment de leur système de reproduction. Nous comprenons que les Ents, qui leur ressemblent, ne soient pas prêts à se laisser détruire facilement. Il en va de leur lignée et - ils le savent - de l’écosystème terrestre tout entier.

Des arbres géants pour stocker le carbone

Car, ces “géants infertiles”, comme les surnomment les scientifiques, ont un rôle prépondérant dans le stockage du CO2 et une place aussi importante, dans la biodiversité, que d’autres espèces plus petites, qui poussent moins haut, vivent moins longtemps mais se régénèrent plus vite. Nos amis les Ents tordent le cou à plusieurs poncifs : d’une part, ils ne sont pas destinés à disparaître naturellement une fois que la forêt a atteint sa maturité et sont, plus précisément, un maillon essentiel des forêts anciennes. D’autre part, en alliant croissance rapide et longévité, ils stockent plus de carbone qu’aucune espèce. (Nous savons que, dans nos contrées, les résineux emmagasinent le carbone plus rapidement que les feuillus, mais en stockent finalement moins, car leur cycle de vie est assez bref). Ils représenteraient ainsi, à eux seuls, environ 40% de la biomasse des forêts tropicales, et rien ne peut donner à penser qu’ils en stockent moins avec l’âge, ainsi que l’explique Nadja Rüger du German Centre for Integrative Biodiversity Research et de l’Université de Leipzig.
Cela vaut pour les forêts tropicales, mais nous savons qu’elles sont plus essentielles qu’aucune autre à l’absorption du CO2 et donc à la lutte contre le réchauffement climatique.