27 avr. 2026
EcoTree plantation : comment une forêt naît, grandit et dépasse ses contradictions apparentes
Comment EcoTree plante et gère ses forêts ? Méthode Pro Silva, choix des essences, rôle des résineux, îlots de sénescence : tout comprendre sur la sylviculture d'EcoTree

Planter des résineux où les feuillus n'auraient aucune chance, conserver un arbre mort debout pour que de multiples espèces y prospèrent, planter des essences d’arbres allochtones adaptées aux futures conditions climatiques, planter en ligne pour diversifier... La méthode sylvicole d'EcoTree est plus subtile et ambitieuse qu'il n'y paraît.
Une forêt ne se plante pas comme un champ
La première chose qui surprend le visiteur d'une plantation EcoTree, c'est l'alignement. Les jeunes arbres sont en rangs. On s'attendait à une forêt, on découvre quelque chose qui ressemble davantage à une culture. C'est une réaction naturelle, et elle repose sur un malentendu fondamental sur ce qu'est une forêt et ce qu'est le temps forestier.
Une forêt se jardine sur le temps long, et le prélèvement régulier d'arbres à des âges divers lui donnera peu à peu l'aspect d'une "vraie" forêt, telle qu'on l'imagine. L'alignement initial est une nécessité pratique : il permet aux ouvriers forestiers de débroussailler autour des jeunes plants pendant les premières années, quand la végétation adventice pousse plus vite que les arbres et risque de les étouffer. Vient ensuite, au bout d'une vingtaine d'années, la première éclaircie, qui ouvre des cloisonnements pour les engins de débardage. Puis d'autres éclaircies, tous les cinq à douze ans selon les essences. Et, peu à peu, d'un alignement d'arbres naît un enchevêtrement d'étages, de sous-étages, d'essences diverses qui n'a plus rien d'un champ de plantation.
C'est ce processus, patient et précis, qu'EcoTree déploie dans l'ensemble de ses forêts françaises, selon les principes de la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC) prônée par l'association Pro Silva, dont EcoTree est membre.
Essence objectif, essences secondaires, essences de diversité : une logique en trois temps
Chaque plantation EcoTree repose sur une composition réfléchie. Les forêts sont plantées d'essences diverses et mélangées, afin d'accroître leur résilience et leur potentiel de biodiversité. Qu'il s'agisse de terres laissées à l'abandon, de forêts ayant subi des coupes rases, ou de projets de séquestration de carbone, on plante toujours une essence objectif, une à deux essences secondaires et une ou plusieurs essences de diversité.
L'essence objectif est celle qui donnera le bois de valeur, à maturité. Le Douglas (Pseudotsuga menziesii), espèce productrice par excellence, est fréquent dans les forêts EcoTree de l'ouest de la France. Le chêne sessile (Quercus petraea) prend le relais dans les zones de feuillus, notamment en Bretagne intérieure, dans le Limousin ou en Bourgogne. Les essences secondaires structurent la forêt, aident à la formation des fûts, enrichissent la diversité. Les essences de diversité, elles, servent la biodiversité plus que la production : hêtres, merisiers, alisiers, pommiers sauvages, châtaigniers, érables. Ce sont elles qui offrent des refuges, des floraisons, des fruits, qui attirent les insectes pollinisateurs et les oiseaux.
L'analyse des sols, préalable systématique à toute plantation, conditionne tout le reste. Avant de décider quels arbres ils planteront, les forestiers d'EcoTree font des sondages à la tarière pour analyser la profondeur, le taux d'humidité, l'hydromorphie, la texture limoneuse, sableuse ou argileuse, la présence de cailloux. C'est ce diagnostic qui permettra de savoir si ce terrain convient à du chêne, à du Douglas, à du pin maritime, ou s'il vaut mieux laisser se développer une zone humide.

Pourquoi planter des résineux : une question souvent mal posée
Il faut parler des résineux, parce que c'est souvent là que surgissent les incompréhensions. Pourquoi planter des épicéas de Sitka, des Douglas ou des pins maritimes plutôt que des chênes et des hêtres ? La réponse est à la fois économique, écologique et sylvicole, et elle mérite d'être expliquée honnêtement.
Pour la conception de meubles et d'immeubles en bois, pour remplacer des matériaux beaucoup plus polluants tels que le métal ou le béton, il faut des résineux. Parce que ces arbres ont une croissance plus rapide que les feuillus, une très bonne résistance, parce qu'ils produisent un matériau moins onéreux et plus léger, et parce qu'ils sont capables de donner des grumes droites et d'une très grande fiabilité avec plus de constance que la plupart des feuillus, nous avons besoin de résineux dans nos forêts.
Et puis il y a cette réalité que les forestiers connaissent bien : certains sols pauvres donnent le meilleur d'eux-mêmes en laissant pousser des résineux, là où des feuillus n'auraient aucune chance de croître. Cela ne signifie pas que la biodiversité en soit amoindrie. Les résineux ont la même nécessité d'exister sur Terre que les feuillus, et d'ailleurs certaines espèces leur sont inféodées, comme le bec-croisé des sapins, qui ne vivrait pas sans futaies de résineux.
La France, soulignons-le, souffre d'un retard de plantation pour ce qui concerne les résineux. Il y a environ 25 millions de plants forestiers en France, contre 300 millions en Allemagne et 900 millions en Pologne. Et l'industrie réclame du bois résineux. En 2017, le rapport Ballu prévenait : les ressources nationales en essences résineuses seront insuffisantes dès 2030. Planter des résineux en France, c'est aussi réduire les importations de bois depuis des pays aux pratiques sylvicoles moins regardantes.
Ce qui est interdit chez EcoTree, ce n'est pas le résineux : c'est la monoculture, c'est la coupe rase, c'est l'espèce unique plantée sur des dizaines d'hectares sans réflexion quant aux propriétés pédoclimatiques de la station forestière. La forêt de Lanrivain et Plouguernével, dans les Côtes d'Armor, mêle épicéas de Sitka, thuyas et Douglas selon les parcelles, mais réserve 2 hectares à la biodiversité, et les haies et talus y sont systématiquement préservés. La nuance est là.
Les îlots de sénescence : laisser vieillir pour mieux vivre
Un arbre mort debout est une forêt à lui seul. C'est l'un des principes les plus contrinintuitifs de la gestion forestière moderne, et l'un de ceux qu'EcoTree défend avec le plus de conviction.
Dans notre rapport annuel de gestion 2024, nous comptabilisions 27 hectares d'îlots de sénescence en cours de création et 191 arbres-habitats marqués et protégés dans l'ensemble de nos forêts. Ces arbres ne seront jamais coupés. Ils vieilliront, se creuseront, mourront debout, s'affaisseront lentement au sol. Et dans ce processus, ils abriteront des coléoptères saproxyliques, des chiroptères, des pics, des chouettes, des champignons lignicoles, des martres, qui tous dépendent du bois mort pour accomplir leur cycle.
La sylviculture durable est une recherche constante d'équilibre entre la production de bois pour les sociétés humaines, la conservation de la biodiversité, l'atténuation des dérèglements climatiques et l'atteinte d'un impact social positif. Les îlots de sénescence ne sont pas une concession accordée à la nature : ils sont une composante à part entière du modèle, rendue possible économiquement par le soutien des entreprises partenaires qui financent ces forêts.

Monceaux-sur-Dordogne : quand la forêt se libère d'elle-même
La forêt du Moulin-de-Vaurette, à Monceaux-sur-Dordogne, est un écrin de biodiversité surplombant la Dordogne, reconnue comme l'une des rivières les plus saines d'Europe, dont le bassin versant est classé réserve de biosphère par l'Unesco.
Cette forêt a une particularité précieuse : elle est vouée à la libre évolution. Aucune coupe, aucune intervention sylvicole. Les forestiers d'EcoTree y conduisent des inventaires d'abeilles sauvages sur trois ans, des recensements ornithologiques avec Jean-Michel Teulière de FNE Limousin, des animations pédagogiques pour le grand public et les scolaires. Mais le bois, lui, pousse, tombe, se décompose, se régénère selon ses propres lois.
Cette forêt "hors production" est une démonstration : la gestion forestière durable n'est pas l'ennemi de la nature sauvage. Elle en est le complément, la condition économique qui permet de préserver des espaces qui, eux, n'ont pas besoin d'être gérés pour être précieux.
Ce que planter vraiment veut dire
Planter une forêt, chez EcoTree, c'est accepter de ne pas en voir le résultat. Les chênes sessiles mis en terre à La Trinité-Langonnet en 2024 seront récoltés dans soixante ou quatre-vingts ans, par des gens qui n'en connaissent pas encore l'identité. Vianney Renard, le responsable du pôle forestier, s'interrogeait, dans le rapport annuel 2024 : qu'est-ce qu'une saison de plantation reportée quand on sait le temps qu'il faut à un sol forestier pour se former, c'est-à-dire un siècle par centimètre d'épaisseur ?
C'est cette philosophie du temps long qui différencie la plantation EcoTree d'une opération de communication. Les plants sont réservés en pépinières, les sols analysés, les essences choisies pour le siècle prochain autant que pour la décennie. Et si la météo ne coopère pas — comme en 2024, année marquée par un hiver et un printemps particulièrement pluvieux — on attend. Parce qu'un sol saturé d'eau ne doit pas être préparé, et qu'un calendrier, chez un forestier, n'est jamais qu'une hypothèse.














