12 mai 2026
EcoTree green : sous le vert, il y a encore du vert
On nous cherchait un vernis vert, nous avons répondu par 1800 hectares, des forestiers qui connaissent le nom latin des arbres et une gestion sylvicole durable.

On nous a cherché le vernis. On n'a trouvé que la forêt.
Un article plein de sous-entendus et d'insinuations prétend gratter la surface d'EcoTree pour révéler une réalité moins reluisante. Nous avons lu. Nous avons souri. Et nous avons décidé de répondre, non pour nous défendre, mais parce que la forêt, elle, mérite mieux qu'une enquête menée depuis la route.
Le vernis, c'est quoi exactement ?
Il existe un exercice rhétorique bien rodé dans le journalisme d'investigation environnemental : prendre une entreprise dont le discours est écologique, observer ses pratiques de loin, interroger des experts qui n'y ont jamais mis les pieds, et conclure que tout cela n'est que communication. Le procédé est séduisant. Il est aussi, dans le cas d'EcoTree, factuellement inexact.
Splann! a publié en février 2025 un article intitulé « Derrière le vernis vert de la start-up bretonne EcoTree, des plantations pas si écologiques ». Le titre est habile. Il implique une révélation, une duplicité, un écart entre la façade et la réalité. Nous allons, dans les lignes qui suivent, examiner chacune des accusations, et apporter les éléments factuels que le papier a choisis de ne pas mentionner.
Commençons par le commencement : EcoTree n'a pas de vernis vert. EcoTree est verte. Ce n'est pas une couche de peinture posée sur un modèle économique ordinaire. C'est la raison d'être de l'entreprise, son architecture, son obsession quotidienne. Depuis 2014, nous ne faisons que ça : gérer des forêts, planter des arbres, restaurer des zones humides, créer des mares, entretenir des haies mellifères en Bretagne et ailleurs en France et en Europe. Ce n'est pas un argument de communication. C'est ce que font Arnaud, Vianney, Louise et leurs équipes, du lundi au vendredi, et parfois le week-end quand les plants ou les inventaires n'attendent pas, mais aussi pour y conduire les clients qui aiment à voir leurs arbres pousser et que l'on n'a jamais entendus se plaindre après une visite en forêt. Dans ces vraies forêts où poussent leurs vrais arbres, forêts qu'ils ne se permettent pas de juger depuis leur bureau non plus qu'ils ne s'autorisent à condamner le travail de notre équipe de forestiers et d'écologues dûment diplômés et sacrément rôdés aux méthodes de gestion durable.

« Des résineux en ligne » : l'accusation et ce qu'elle omet
L'article de Splann! repose largement sur une observation de terrain : des plantations de jeunes résineux en ligne, des épicéas de Sitka, des Douglas, des peupliers. Un technicien agroforestier anonymisé y voit « une production industrielle ». Un gestionnaire forestier lui aussi anonyme imagine déjà « une coupe rase lorsque les plants arriveront à maturité ».
Ce que ces deux experts ne semblent pas avoir lu ou pas voulu mentionner c'est notre modèle sylvicole.
EcoTree pratique la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC), un principe de gestion qui, par définition, s'évalue sur le temps long. Dire d'une plantation de cinq ans qu'elle est « industrielle » parce que les arbres poussent en ligne, c'est juger un enfant de maternelle sur sa capacité à rédiger une thèse. La forêt ne se lit pas depuis une voiture. Elle se comprend en sachant ce qu'elle va devenir.
Benoît Meheux, salarié de Pro Silva, l'association de référence sur la SMCC à laquelle EcoTree est adhérent, citée dans l'article de Splann! lui-même, le dit clairement : « Il est compliqué d'évaluer le type de gestion sur une jeune plantation. » C'est une nuance que l'enquête mentionne au détour d'un paragraphe, avant de la balayer.
La forêt aux apparences naturelles ne se conçoit que sur le temps long. Nous l'avons dit. Nous le redisons. Les travaux sylvicoles (éclaircies, irrégularisation, dégagements sélectifs) cassent progressivement la structure en ligne. Ce processus est documenté dans nos plans de gestion, validés par des gestionnaires forestiers certifiés, consultables dans notre rapport annuel.
Le Douglas et l'épicéa de Sitka : des essences à charge
L'article s'attarde sur les espèces plantées. Douglas, épicéas de Sitka, peupliers, chênes rouges. Des espèces « exotiques », dit-on. Des espèces « nuisibles », sous-entend-on.
Permettons-nous quelques précisions que le grand format de Splann! n'a pas jugé utile d'apporter.
Le Douglas (Pseudotsuga menziesii) est planté en France depuis plus d'un siècle. Il représente aujourd'hui une part significative des reboisements du Massif central, des Vosges, du Limousin. Le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF) le recommande dans les stratégies d'adaptation au changement climatique, précisément parce qu'il tolère mieux la sécheresse que beaucoup d'essences indigènes. Ce n'est pas un intrus. C'est une réponse à une contrainte climatique réelle.
L'épicéa de Sitka (Picea sitchensis), lui, est effectivement moins consensuel. Nous ne le défendons pas comme un idéal écologique absolu. Mais sa présence dans nos forêts bretonnes répond à des contraintes pédologiques et climatiques spécifiques : sols hydromorphes, expositions ventées, zones où peu d'autres essences s'établissent sans risque. Là encore, la décision est prise au cas par cas, parcelle par parcelle, avec nos gestionnaires sur le terrain, pas depuis un bureau à Rennes.
Quant au chêne rouge (Quercus rubra), présenté comme « un concurrent redoutable pour les chênes autochtones » : c'est vrai dans certains contextes, notamment en sous-bois de forêts existantes où il peut se propager de façon invasive. Dans le cadre de plantations mixtes sur des terrains agricoles en reconversion, son comportement est différent. Nous ne le plantons pas partout mais là où il a sa place.
Dans tous les cas, nos plans de gestion prévoient une diversité d'essences : en règle générale, 70 % d'essences objectif, 20 % d'essences d'accompagnement, 10 % d'essences de diversité. Ce n'est pas un vernis. C'est une méthode.

La forêt de la Trinité-Langonnet : l'histoire complète
L'article mentionne la forêt de la Trinité-Langonnet, classée Natura 2000, et laisse entendre qu'EcoTree a tenté d'y planter des résineux avant d'en être « contrainte » de planter des chênes à l'issue d'une procédure réglementaire. Le sous-texte : EcoTree aurait voulu faire une chose, la réglementation l'en a empêché, et elle a fait autre chose.
La réalité est moins dramatique, et plus intéressante.
Les procédures réglementaires liées aux zones Natura 2000 sont longues, précises, et parfois amenées à faire évoluer les projets initiaux. C'est exactement leur rôle. EcoTree a travaillé avec les services compétents, a adapté son projet, et a planté, sur un terrain classé, en tête du bassin versant de l'Ellé, 40 hectares de chênes. Des feuillus. Aux abords d'une zone humide. C'est précisément ce qu'on fait quand on prend la biodiversité au sérieux : on ajuste, on s'adapte, on fait ce qui est juste pour le sol et pour la diversité des écosystèmes.
Appeler cela une « contrainte » est une façon de renverser la réalité. Nous aurions dit « une collaboration ».
Zones humides, mares, haies : ce que l'article n'a pas cherché
L'un des angles morts les plus frappants de l'enquête de Splann! est l'absence quasi totale de mention de nos travaux de restauration écologique, pourtant documentés, chiffrés, vérifiables et dont nous leur avions envoyé le menu avant que la journaliste publie son enquête.
Depuis son lancement, EcoTree a créé et entretient 40 mares forestières (soit, plus de 10 000 m²) et planté 7000 mètres linéaires de haies mellifères et fruitières sur ses parcelles. Ces chantiers ne sont pas des arguments de relations publiques. Ils sont financés via des campagnes participatives ouvertes à nos propriétaires d'arbres, dont les fonds sont fléchés exclusivement vers ces travaux ou par des entreprises partenaires. La restauration d'une mare en lisière de forêt de résineux, c'est une zone de refuge pour les amphibiens (Bufo bufo, Pelophylax sp., Triturus cristatus pour les plus chanceux), un corridor pour les insectes, un point d'eau pour la faune en période de sécheresse.
Ce n'est pas du greenwashing. C'est de l'écologie appliquée, faite à la main, parcelle par parcelle.
Nos équipes travaillent aussi sur le reméandrage et la préservation des zones humides, exactement ce que le maire de Locmalo appelait de ses vœux dans l'article de Splann!, sans sembler savoir qu'EcoTree y travaille déjà.

La Bretagne, une vocation, pas un hasard
EcoTree est une entreprise bretonne. Cela mérite d'être dit sans ironie ni relativisation. A Brest, se trouve son siège social. EcoTree possède plus de 550 hectares en Bretagne sur près de 1800 au total. Ses équipes connaissent le Centre-Bretagne, ses sols, ses rivières, ses vents dominants, sa pluviométrie capricieuse.
L'article de Splann! cite Jean-Charles Lohé, maire de Locmalo, qui s'étonne qu'on vienne planter « autant ici ». C'est une question légitime, et nous y répondons volontiers : parce que la Bretagne a des milliers d'hectares de terres agricoles en déprise, des zones humides dégradées, des landes qui ont perdu leur biodiversité. La forêt n'est pas imposée à ces territoires. Elle y est plantée parce que le foncier existe, parce que les conditions pédoclimatiques s'y prêtent, et parce que des propriétaires ont choisi de nous faire confiance.
Aurions-nous préféré planter uniquement des forêts de vieux chênes pédonculés (Quercus robur) et de hêtres centenaires ? Bien sûr. Mais ces forêts prennent deux cents ans à pousser. On commence là où on est, avec ce qu'on a, en faisant au mieux avec ce que la science sylvicole recommande aujourd'hui.
Ce n'est pas une vision « simpliste de la biodiversité », comme l'affirme l'élu. C'est la vision réaliste d'une entreprise qui plante maintenant pour que ses forêts soient riches dans cinquante ans.
Le soutien de la région Bretagne : une reconnaissance, pas une complaisance
L'article mentionne que la région Bretagne a versé 180 760 euros à EcoTree depuis sa création, et qu'elle a publié un reportage élogieux dans son magazine institutionnel. Le sous-texte, là encore, est limpide : EcoTree bénéficierait d'un soutien politique complaisant, qui relayerait sa communication sans esprit critique.
Disons-le différemment : une région qui soutient une entreprise locale créant des emplois, restaurant des forêts sur son territoire, développant un modèle économique fondé sur la nature est une région qui fait son travail. Le soutien institutionnel à EcoTree n'est pas un signe de naïveté. C'est un signal que notre modèle est reconnu comme sérieux par des acteurs publics qui ont eux aussi des comptes à rendre.
Ce que « EcoTree green » signifie vraiment
Il y a dans l'article de Splann! une prémisse implicite qui mérite d'être nommée : l'idée que l'écologie ne pourrait pas être un modèle économique viable, que si une entreprise gagne de l'argent en plantant des arbres, c'est forcément qu'il y a une arnaque quelque part.
Nous contestons cette prémisse.
Oui, EcoTree est une entreprise. Oui, elle génère un chiffre d'affaires : 4,1 millions d'euros en 2024, 8,2 millions d'euros en 2025. Oui, elle a levé des fonds et compte des entreprises comme partenaires. Aucun de ces faits n'est incompatible avec une gestion forestière sérieuse. Au contraire : c'est précisément parce qu'EcoTree a un modèle économique solide qu'elle peut financer des plans de gestion sur trente ans, payer des forestiers certifiés, restaurer des mares et des haies sans attendre des subventions publiques.
L'écologie sans argent ne dure pas. L'écologie avec argent, bien gouvernée, avec un comité d'éthique indépendant, des plans de gestion certifiés et des rapports annuels publics, cela peut durer cent ans. Le temps qu'il faut pour qu'une forêt soit vraiment une forêt.
EcoTree green n'est pas un slogan : c'est une description.
Grattez le vert, vous trouverez du vert
Splann! nous cherchait un vernis. Nous leur offrons la même réponse que nous offrons à tous ceux qui visitent nos forêts : venez. Pas depuis la route. Dans la forêt. Marchez entre les rangées de jeunes Douglas qui commencent à se toucher. Regardez ce que Vianney de la Brosse a planté dans le Morbihan en 2021. Observez les mares que nous avons créées au pied des parcelles. Écoutez ce que les forestiers ont à dire, pas en sources anonymes, mais avec leur nom, leur expérience, leur passion.
Sous le vert d'EcoTree, il n'y a pas de vernis. Il y a de la terre, des racines, et des gens qui ont choisi de faire de la forêt leur métier et leur conviction.
Ça pousse. Ça prend du temps. Mais ça pousse.














