Comment remédier au déclin des amphibiens grâce à des projets forestiers locaux ?

Depuis les années 1950, les populations de grenouilles, crapauds, tritons et salamandres sont en déclin, entraînant une grave perte de biodiversité.

Camille Francois

Chargée de communication
Comment remédier au déclin des amphibiens grâce à des projets forestiers locaux ?

Les amphibiens (du grec amphíbios, “qui vit dans deux éléments”) est une classe de vertébrés regroupant trois ordres : les anoures (grenouilles, crapauds et rainettes), les urodèles (tritons, salamandres…) et les gymnophiones (des vertébrés amphibiens en forme de vers).

Les amphibiens sont menacés d’extinction

Les amphibiens sont considérés comme étant la classe de vertébrés la plus menacée. En France, près de 23% des amphibiens sont classés comme “menacés d’extinction” sur la liste rougeespèces, étaient menacés d’extinction. Plus d’une centaine d’espèces venaient alors déjà de s’éteindre. De nombreuses autres espèces pourraient aussi bientôt disparaître, victimes d’une “dette d’extinction”, soit d'événements passés qui ne se répercutent que plus tard sur la survie d’une espèce.

Les amphibiens : petits mais importants

Les amphibiens sont très nombreux et divers. L’ordre des anoures est d’ailleurs l'un des cinq ordres de vertébrés les plus diversifiés. Dans certaines régions, la biomasse des amphibiens dépasse la biomasse combinée des oiseaux et mammifères. Parfois oubliés au profit d’autres animaux plus beaux et emblématiques, les amphibiens n’en restent pas moins des animaux essentiels à l’écosystème forestier.

Maillon-clé dans la chaîne alimentaire, les amphibiens sont des prédateurs primaires. Ils se nourrissent d’invertébrés et de petits vertébrés, régulant ainsi certaines populations. Ils sont eux-mêmes mangés par de plus gros prédateurs : renards, rapaces, hérons, couleuvres… Les poissons et oiseaux apprécient particulièrement les œufs et têtards, très nutritifs. 

Or, si la chaîne alimentaire se casse, c’est tout l’équilibre de l’écosystème qui est en danger. Les amphibiens sont tout particulièrement fragiles, dépendant de deux milieux, terrestre et aquatique, ce qui augmente les risques auxquels ils s’exposent. Cela les rend donc particulièrement sensibles aux menaces qui touchent leur habitat ; ils sont d’ailleurs un excellent indicateur de la dégradation de l'environnement.

Les causes du déclin des amphibiens

D’une ampleur alarmante à travers le monde, le déclin des amphibiens est reconnu comme l’une des plus grandes menaces pour la biodiversité. Les causes de ce déclin sont aussi diverses que complexes, se combinant parfois pour amplifier les menaces. Celles-ci ont toutes une cause commune : les activités humaines.

Mares comblées, marais drainés et asséchés, berges artificialisées… Deux tiers des zones humides ont disparu au cours du siècle passé. Ce sont pourtant des milieux irremplaçables pour certaines espèces telles que les amphibiens, qui ne peuvent se reproduire sans un point d’eau.

Un autre milieu de prédilection des amphibiens, les forêts, a subi des dégradations, des destructions ou encore des fragmentations de territoires. Un accès coupé à un lieu de ponte, ou un accès meurtrier comme une route, peut mener au déclin de certaines populations. 

En plus de cela, la toxicité a augmenté dans les milieux naturels à cause de polluants tels que les pesticides. L’introduction d’espèces invasives et l’émergence de nouvelles maladies représentent aussi des dangers importants pour les amphibiens. Enfin, les émissions de gaz à effets de serre, le dérèglement climatique et les risques qui y sont liés (sécheresses, augmentation des rayonnements ultraviolets…) multiplient la puissance des autres menaces.

Si ces dangers concernent la faune de manière générale, les amphibiens en souffrent plus que d’autres classes d’animaux. Leur mode de vie et de reproduction, ainsi que leurs caractéristiques physiques (notamment une peau fine et poreuse) les mettent tout particulièrement en danger.

Comment EcoTree préserve le milieu naturel des amphibiens 

Chez EcoTree, nous avons conscience des défis auxquels font face la flore et la faune de nos forêts. C’est pourquoi nous mettons en place une approche sylvicole dite “proche de la nature”, accompagnée par divers projets de biodiversité destinés à protéger une variété d’espèces faunistiques : pollinisateurs domestiques ou sauvages et autres insectes, anoures, urodèles, serpents, lézards…

Nous faisons souvent appel à des partenaires experts pour nous épauler dans ces projets.
Récemment, dans deux forêts bretonnes d’EcoTree, à Langoëlan et Ploërdut, nos écologues partenaires ont réalisé des diagnostics écologiques, avec une attention particulière portée aux espèces dépendantes d’une zone humide telle que rivière, ripisylve, tourbière, mare… 

Un diagnostic écologique, c’est d’abord un pré-diagnostic des espèces potentiellement présentes puis des inventaires sur le terrain qui s’étalent de février à octobre. Ce genre de diagnostic constitue l’une des premières étapes du processus de restauration et est suivi par l’obtention des autorisations nécessaires aux travaux, après s’être assurés que la réglementation nationale en vigueur était respectée.

Lors des diagnostics écologiques réalisés à Langoëlan et Ploërdut, les écologues ont identifié des grenouilles rousses, des grenouilles agiles, des crapauds communs et des rainettes vertes, ainsi que des tritons palmés et des salamandres tachetées. Ce sont des espèces assez communes, sans enjeu particulier, mais présentes en petit effectif. 

Notre objectif est de pallier le déclin des zones humides de ces dernières décennies en les restaurant afin de fournir des habitats propices à l’herpétofaune locale (c’est-à-dire les amphibiens et les reptiles). Ainsi, nous espérons favoriser l’installation d’une plus grande diversité d’espèces et de plus grandes populations de prédateurs primaires dans nos forêts.

Notre travail de création de mares

A Ploërdut, en marge de leurs observations faunistiques, les écologues ont noté l’absence de points d’eau stagnante dans les zones étudiées. Cela signifie que les espèces d’amphibiens identifiées se reproduisent probablement à l'extérieur de celles-ci. En effet, le ruisseau présent à Ploërdut, à sec à partir de mai, ne permet pas au cycle de reproduction des espèces d’être complet. 

Les écologues ont donc identifié différentes actions pour améliorer l’habitat de ces espèces, dont la création de mares. Des creux de 30 à 50 cm de profondeur seront creusés à certains endroits stratégiques. Les mares seront assez proches les unes des autres pour permettre une certaine connectivité.

Ainsi, ces petites mares devraient permettre aux anoures et aux urodèles de compléter leur cycle de reproduction, de l’accouplement à la métamorphose des têtards. Une fois les anoures et salamandres adultes, ils ont tendance à s’éloigner des points d’eau, dont ils n’ont plus besoin jusqu’à la prochaine saison des amours. D’ici là, ils peuvent bénéficier d’autres milieux propices à leur vie terrestre, tels des zones ouvertes à semi-fermées.

Nos actions pour l’ouverture des milieux

A Ploërdut, avant le rachat de la forêt par EcoTree, la forêt n’était pas gérée durablement. En conséquence, de nombreux saules et ronces se sont installés. Il faudra donc rouvrir le milieu, c’est-à-dire débroussailler le terrain pour ne conserver que la strate herbacée, tout en gardant des milieux semi-ouverts à semi-fermés. Cela pourra notamment bénéficier à la vipère péliade, une espèce protégée à très fort enjeu, et au lézard vivipare, espèce à fort enjeu, tous deux identifiés dans cette forêt.

 

Les souches résultant des coupes d’arbres en mauvais état seront posées non loin des mares, offrant ainsi un habitat à l’herpétofaune qui pourra s’y abriter. Les salamandres tachetées, nocturnes, aiment notamment trouver refuge dans ce genre d’abri en journée.

Suite à la coupe des arbres et ronces, des étrépages seront aussi réalisés à Ploërdut et Langoëlan. C’est une pratique de restauration écologique du sol assez courante, par laquelle on prélève une couche superficielle de sol pour l'appauvrir et favoriser la colonisation naturelle d’espèces pionnières. Le but est d’obtenir une plus grande biodiversité d’espèces, adaptées au milieu.


Nous installons des hibernacula dans la forêt de Malicorne

Dans une autre forêt, à Malicorne, dans la Sarthe, nous installerons des hibernacula. Comme son nom l’indique, ce type de microhabitat peut servir pour l’hibernation, mais aussi d’abri tout au long de l’année. C’est également un lieu de ressource en nourriture car les insectes aiment s’y cacher. 

L’hibernaculum sert aussi de zone de thermorégulation pour l’herpétofaune. Les amphibiens et reptiles étant des animaux à sang froid, ils doivent constamment réguler leur température. Pour se réchauffer, ils se placent au soleil ou sur une surface chaude, comme sur les pierres de l’hibernaculum. Quant aux anoures, s'ils ont trop chaud, ils s'abritent à l'ombre de l’hibernaculum afin d’éviter de se déshydrater. 

Les hibernacula ne se substituent pas à un milieu naturel divers avec des cachettes naturelles et des ressources riches en nourriture, mais leur installation contribue à la survie, voire à l’expansion, de l’herpétofaune locale.

Nos actions en bref

Chez EcoTree, nous abordons directement les problématiques de perte d’habitats et d’appauvrissement des ressources alimentaires qui entraînent le déclin de certains animaux. Nous mettons en place des conditions propices aux espèces locales grâce à la restauration de zones humides, ce qui devrait permettre la réintroduction naturelle de plusieurs espèces d’amphibiens. 

Des suivis écologiques seront menés dans les forêts où nous restaurons des zones humides, d'abord tous les ans pendant cinq ans, puis tous les cinq ans. Cela permettra d’évaluer l’efficacité des mesures de gestion et restauration mises en place, et éventuellement de les adapter. 

De tels projets de biodiversité doivent bien entendu s’accompagner de mesures publiques à plus large échelle. Un arrêté national de 2021 protège déjà la majorité de l’herpétofaune en France. D’autres actions axées sur le changement climatique, la réduction des pesticides, ou encore la fragmentation des habitats contribueraient certainement à ralentir le déclin de l’herpétofaune, et plus particulièrement des amphibiens.