Notre sélection de livres sur la forêt

Nous avons sélectionné pour vous quelques lectures intéressantes, divertissantes et plaisantes sur les arbres, la forêt et la biodiversité.

Notre sélection de livres sur la forêt

Les librairies peuvent aussi être des jungles dans lesquelles il n’est pas toujours aisé de se retrouver. Alors, puisque notre travail est de sélectionner les plus beaux arbres et la meilleure sylviculture possible, nous avons aussi notre petite idée sur les livres les plus à même de nourrir votre réflexion sur la forêt et sa biodiversité, sur les enjeux de l’époque ou tout simplement pour nourrir votre imaginaire et vous divertir plaisamment.
Voici une première sélection d'ouvrages fort recommandables.

Un récit d'Edouard Cortès

Comment un arbre m’a sauvé !

Après avoir été éleveur de brebis et berger dans le Périgord pendant sept années, Edouard Cortès a sombré dans une profonde mélancolie. Le travail l’avait laissé à bout de souffle, les tâches administratives épuisant toute son énergie, le laissant pour ainsi dire exsangue. Il puisa pourtant tout au fond de sa force mentale pour choisir un bel arbre, un chêne centenaire qui porterait sa cabane et son espoir de revenir à la vie. Après un printemps tout entier passé dans son arbre, sans presque plus mettre le pied sur terre que le paresseux dont les biologistes assurent qu’il ne quitte ses branches qu’une fois par semaine pour déféquer, Edouard Cortès allait mieux. 
C’est toute cette reconstitution de son être intérieur au contact de l’infiniment petit, de l’infiniment mystérieux et de l’infiniment puissant, qu’il raconte jour après jour dans ce livre plein de sagesse, de bon sens et de poésie. 
Aux dernières nouvelles, Edouard Cortès a renoué avec ses premières amours, l’écriture et le voyage, entreprenant de creuser lui-même une pirogue dans une belle grume pour descendre des fleuves impassibles.

Edouard Cortès, Par la force des arbres, éditions des Equateurs, 174 pages, 18€
Retrouvez ici notre entretien avec l’auteur

De l'Histoire avec Martine Chalvet

La forêt de la préhistoire à nos jours

Indispensable pour comprendre d’où nous venons et combien notre lien aux arbres est étroit, cette Histoire de la forêt de Martine Chalvet coupe court à bien des idées reçues et rééquilibre une vision de l’Histoire que nous avons souvent partielle et partiale. Ce qu’elle nous enseigne de précieux, c’est que la culture au sens latin du terme : agriculture doublée d’une civilisation fondée sur les lettres et les arts, a été rendue possible grâce aux arbres. La civilisation telle que nous la connaissons aujourd’hui, organisée autour d’une Cité, s’est d’abord développée en Asie mineure et en Mésopotamie à la faveur du retour des arbres, à la fin de la dernière glaciation, permettant le développement de l’élevage, de l’agriculture, de la vinification et de l’écriture, avant de remonter progressivement jusqu’à la Gaule et à la partie la plus septentrionale de l’Europe. Faisant refluer les bêtes sauvages et fertilisant les sols, l’avancée des arbres a permis la domestication des bêtes et la culture des terres, par conséquent l’avènement de sociétés sédentaires et, dans le même temps, la fructification du capital. On y apprend encore que celle que Jules César désignait comme la Gaule chevelue, en raison de ses forêts, était moins peuplée d’arbres qu’aujourd’hui. Que les moines ne furent pas, au Moyen Age, les ennemis des arbres que l’on a pu prétendre. Que les historiens ont qualifié la période du Haut Moyen Age de civilisation du bois, tant ce matériau était noble et utile à toute chose. L’historienne s’attarde enfin sur la naissance de la législation à la période moderne, pour protéger la forêt et en faire une matière durable, donnant par conséquent naissance au développement de la sylviculture et de la science forestière. 
La meilleure entrée en matière pour saisir notre rapport aux arbres en un regard.

Martine Chalvet, Une histoire de la forêt, Seuil, 353 p., 21,30€

Une conférence de Thoreau

Darwinisme contre créationnisme

Même si cela peut prêter à sourire aujourd’hui, la conférence que donna Henry D. Thoreau en 1860 devant un parterre de fermiers et de bûcherons de la société d’agriculture du Middlesex à Concord, visait d’abord à lutter contre une superstition créationniste qui postulait que les arbres surgissaient par génération spontanée où ils voulaient, ou plus précisément où le Créateur le voulait. Il souhaitait également rendre compte de ses observations pour démontrer empiriquement comment naissent et se succèdent les arbres. 
Rappelons que L’origine des espèces de Darwin n’avait été publié qu’un an avant et qu’au début de la deuxième moitié du XIXe siècle, les connaissances scientifiques n’étaient pas aussi développées qu’aujourd’hui, pour ce qui est de la botanique. D’ailleurs, de nos jours, Francis Hallé estime que nous n’en sommes qu’au début de nos découvertes sur le fonctionnement des plantes
Ainsi, ce qui fait la force de ce bref ouvrage, c’est sa langue et la puissance des images choisies par celui que l’on a surnommé “le philosophe dans les bois” pour expliquer comment se succèdent les arbres dans une forêt, comment ils colonisent les terres environnantes en utilisant les animaux, le vent, les cours d’eau : l’image des cerises qui peuvent sembler dépourvues d’ailes mais sont finalement mieux loties que les akènes hélicoïdales parce qu’elles s’envolent dans le bec des oiseaux, est magnifiquement trouvée. 
C’est bref et vigoureux comme les Américains savent faire, surtout dans le cadre d’une conférence donnée devant des paysans et agriculteurs, et Thoreau nous en démontre en quelques minutes parfois davantage que certains scientifiques sans doute mieux informés mais à la plume lourde comme une araire prise dans un bloc de glaise. 
Une lecture profonde, enjouée et enrichissante. 

Henry D. Thoreau, La succession des arbres en forêt, Le mot et le reste, 75 p., 3€

De la poésie avec Gérard de Cortanze

Les arbres des écrivains

L’écrivain Gérard de Cortanze a rassemblé certains des plus beaux textes de nos poètes, philosophes et écrivains sur les arbres, de l’Antiquité au XXe siècle. D’Ovide à Sartre en passant par Chateaubriand, Victor Hugo ou Giono, l’arbre a été célébré maintes fois des racines à la couronne. Il a également donné à penser et à concevoir des fables. Mythique, poétique ou propice à la prose romanesque, l’arbre a toujours trouvé sa place dans la littérature. Et puis, les arbres n’ont pas fait qu’inspirer poètes et penseurs, ils leur ont aussi donné la possibilité de coucher sur le papier leurs chants et leurs réflexions.

Gérard de Cortanze, Le goût des arbres, Mercure de France, 126 p., 8,20€

Essai critique d'Hélène Tordjman

Critique de l’écologie marchande

Le livre d’Hélène Tordjman devrait être lu par le plus grand nombre. Dense, parfois complexe, il est pourtant le meilleur éclairage sur ce qui est à l'œuvre sous l'étrange dénominatif de croissance verte. Où l’on comprend que cet oxymore cache une tentative de récupération et de pervertissement de l’écologie par un capitalisme qui fait feu de tout bois, sa nature étant de croître toujours plus. 
Tordjman analyse ainsi méthodiquement de quelle façon les nouvelles technologies et les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) convergent pour un nouveau projet de société inspiré du transhumanisme en lequel des êtres humains “améliorés” ou “augmentés” seront à même de résoudre les problèmes créés par eux-mêmes. Pour les chantres du transhumanisme, l’homme non augmenté est voué à être le chimpanzé du futur et ne pourra pas sauver la planète. En découlent une multitude de projets de recherche et développement principalement installés dans la Silicon valley, notamment financés par les GAFAM ; mais dans cette course à l’augmentation de l’homme, la Chine n’est pas de reste. 
Outre l’hybris que dévoile ce projet de société, des conséquences directes et dramatiques se font jour : les biocarburants censés être plus “propres” sont produits au détriment des terres vouées à la culture vivrière et leur impact écologique est bien pire que le mal auquel ils prétendent remédier ; les recherches biologiques sur des bactéries censées nous promettre un avenir radieux ont toutes les chances d’accoucher de pandémies bien plus graves que celle de la Covid 19 dont nous ne sommes toujours pas sortis et, finalement, comme c’est presque toujours le cas, chaque nouvelle découverte ou nouvelle application technique pose de nouveaux problèmes à résoudre qui se multiplient de manière exponentielle. 
L’autre problème, qui va de pair avec ce nouveau projet de société mondiale, est la privatisation de la nature et la valeur marchande attribuée aux services écosystémiques qui débouchent, selon une logique marchande, sur une mise sur le marché de tout le vivant et la valorisation de certaines forêts ou zones humides (par exemple) au détriment d’autres dont la valeur est jugée moins élevée. A l’encontre du leitmotiv d’EcoTree pour qui la nature dans son ensemble a de la valeur, de nombreuses institutions de conservation de la nature attribuent des notes et des valeurs monétaires fluctuantes aux écosystèmes. C’est ainsi que l’esprit scientifique, méthodique, informatique de l’Homme se met au service d’un projet fou : celui de dénombrer et de comptabiliser tous les organismes vivants et les “manifestations de la vie sur Terre” pour leur attribuer une valorisation financière. Aussi dans ce nouveau monde qui se crée sous nos yeux devrons-nous faire confiance à la finance pour nous sortir de cette mauvaise passe que les bouleversements climatiques d’origine anthropique ont créée. Etes-vous prêts ?

Hélène Tordjman, La croissance verte contre la nature, Editions de la Découverte, 344 p., 22€

Essai de Baptiste Morizot 

Plaidoyer pour le vivant

Universitaire de formation, Baptiste Morizot s’attelle à forger des concepts nouveaux pour penser le monde et le vivant (mot qu’il juge préférable à celui de nature). L’apport essentiel de son livre tient à cette idée que le tissu du vivant est un feu qui propage la vie et dont nous devons raviver les braises plutôt qu’éteindre les flammes. Nous avons trop longtemps mis la nature sous cloche ou cherché à maîtriser le vivant dans une optique purement productiviste qui a dangereusement déséquilibré le rapport au monde qui est le nôtre. Résultat : le climat change, les espèces animales et végétales disparaissent et il nous faut développer toujours plus de chimie et de techniques sophistiquées pour sauver ce que notre chimie et nos techniques sophistiquées ont mis en péril. 
Plutôt que de poursuivre dans cette voie, Morizot suggère de penser le monde autrement, soit comme une matière vivante en perpétuelle fusion qu’il est préférable de laisser agir et dont il convient de chercher à dénouer le fonctionnement plutôt que de vouloir l'éteindre à tout prix. Plus la diversité des espèces sera riche, moins les forêts dépériront, moins nous aurons besoin d’intrants chimiques pour l’agriculture, favorisant la résilience des écosystèmes qui se sont édifiés de très longue date sans la nécessité de notre intervention. 
Pourtant, les êtres humains ont aussi besoin de se tailler leur part dans ce monde, c’est pourquoi tout est question d’équilibre. C’est pourquoi, s’il suggère que nous laissions des pans de forêts ou d’espaces naturels en libre évolution, sans aucune intervention des hommes, afin de pouvoir observer comment le vivant se reconstitue et s’équilibre de lui-même, Baptiste Morizot n’est pas de ces extrémistes qui souhaiteraient que nous revenions au Néolithique, à l’époque d’avant la domestication des bêtes et de l’agriculture. Oui, la science et les techniques modernes peuvent nous aider, mais dans un but de compréhension du tissu du vivant, pas de volonté de domination à tout prix. Quoique de nombreuses pages soient passionnantes, cet essai est parfois d’un abord compliqué par une langue qui prétend manier les concepts mais rend plus obscurs qu’il ne faudrait certains principes assez simples.

Baptiste Morizot, Raviver les braises du vivant, Actes Sud, 200 p., 20€