22 mai 2026
Marchés publics et environnement : ce que les donneurs d'ordres vérifient de vos engagements
À partir du 22 août 2026, toute entreprise répondant à un appel d'offres devra présenter des engagements environnementaux concrets.

À partir du 22 août 2026, le critère unique du prix sera définitivement proscrit des marchés publics. Toute entreprise répondant à un appel d'offres devra présenter des engagements environnementaux concrets. Pour les acteurs du BTP et de la construction, cette échéance n'est plus une question de bonne volonté : c'est une question de survie commerciale. Ce que peu d'entreprises ont encore compris, c'est que la vraie bataille ne se jouera pas sur la conformité, mais sur la crédibilité.
La commande publique représente en France plus de 200 milliards d'euros par an. Elle est depuis plusieurs années le terrain d'une transformation silencieuse mais profonde : l'environnement y prend une place croissante, poussé par les politiques publiques, les engagements RSE des acheteurs, et désormais par la loi.
Pour les entreprises du secteur BTP et de la construction, qui figurent parmi les premiers répondants aux marchés publics, cette évolution change fondamentalement les règles du jeu. Non pas parce qu'elle impose de nouvelles cases à cocher, mais parce qu'elle déplace le curseur de la compétition. Jusqu'ici, présenter un engagement environnemental différenciait les meilleurs. À partir d'août 2026, ne pas en présenter un crédible pourra tout simplement disqualifier une offre.
Nous avons rédigé un livre blanc sur les appels d'offres publics pour vous aider à comprendre ce qui change, ce que les acheteurs publics vérifient concrètement, et comment structurer une réponse qui tient la distance.
Une lame de fond antérieure à la loi
L'article 35 de la loi Climat et Résilience (loi n°2021-1104 du 22 août 2021) est la pièce maîtresse de la réforme. Il généralise l'obligation d'un critère environnemental dans tous les appels d'offres à compter du 22 août 2026. Mais réduire cette transformation à une obligation légale serait une erreur de lecture.
Dès 2015, le code de la commande publique intégrait la notion de développement durable dans la définition des besoins. Les SPASER (schémas de promotion des achats socialement et écologiquement responsables) se sont multipliés dans les grandes collectivités. Les réseaux régionaux d'achats durables ont diffusé les bonnes pratiques bien avant que la loi n'entre en vigueur. Résultat : de nombreux acheteurs publics avaient déjà intégré des critères environnementaux dans leurs consultations avant même l'échéance légale. La tendance précède l'obligation.
Pour le secteur du BTP, cela se traduit de façon très concrète. Les appels d'offres de construction, de rénovation ou d'aménagement intègrent depuis plusieurs années des exigences liées à la RE2020, aux matériaux biosourcés, à l'empreinte carbone des chantiers. La loi Climat et Résilience n'invente pas ces critères : elle les rend universels et obligatoires. Et elle fixe une prochaine étape importante : à partir de janvier 2030, 25 % des matériaux utilisés dans les constructions publiques devront être biosourcés.
Le paradoxe de la conformité généralisée
Voici ce qui va se passer à partir d'août 2026 : toutes les entreprises répondant à des marchés publics devront présenter des engagements environnementaux. Toutes, sans exception. Ce qui signifie que la conformité minimale ne sera plus un différenciateur. Ce sera le ticket d'entrée.
Dans un monde où toutes les offres présentent un bilan carbone et une politique RSE, la vraie question devient : qu'est-ce qui fera la différence entre deux offres techniquement équivalentes ?
La réponse des acheteurs publics est de plus en plus claire : la crédibilité, la mesurabilité et la tangibilité des engagements. La question n'est donc plus "avons-nous une politique RSE ?" mais "pouvons-nous en faire la démonstration, chiffres et certifications à l'appui ?"
Ce changement de prisme est particulièrement aigu dans le BTP. Le secteur est l'un des plus exposés aux accusations de greenwashing, du fait de son impact environnemental structurellement élevé (le bâtiment représente environ 25 % des émissions de gaz à effet de serre en France, selon les données du ministère de la Transition écologique). Les acheteurs publics qui évaluent vos offres le savent. Leurs équipes RSE sont formées pour distinguer un engagement de fond d'une déclaration de façade.
Ce que les acheteurs publics vérifient concrètement
Les donneurs d'ordres publics ont profondément évolué dans leur façon d'évaluer les offres. Ils n'attendent plus des promesses : ils attendent des preuves. Voici les quatre dimensions sur lesquelles vos engagements environnementaux seront évalués.
La traçabilité et la certification tierce. Les engagements doivent être certifiés par des organismes indépendants reconnus. Le Label Bas-Carbone (référence française officielle), les certifications Bureau Veritas, ISO 14001 ou PEFC/FSC sont les références attendues. Un engagement non certifié, aussi sincère soit-il, sera systématiquement moins bien noté qu'un engagement audité.
Le lien avec l'objet du marché. La loi est explicite sur ce point : les critères environnementaux doivent être liés à l'objet du contrat. Des engagements génériques, déconnectés de la prestation fournie, risquent d'être rejetés. Pour une entreprise de construction, cela signifie que vos engagements doivent pouvoir s'articuler avec votre activité réelle : empreinte carbone des matériaux utilisés, gestion des déchets de chantier, compensation des impacts sur la biodiversité locale.
La quantification et le reporting. Le qualitatif ne suffit plus. Les acheteurs demandent des indicateurs précis : tonnes de CO2 évitées ou séquestrées, surface de biodiversité restaurée, pourcentage d'énergie renouvelable mobilisée. Un engagement mesurable en mètres carrés d'écosystème restauré, par exemple, est directement intégrable dans un mémoire technique et évaluable par un jury.
La durabilité des engagements. Un engagement ponctuel est suspect. Les acheteurs valorisent les démarches inscrites dans la durée, avec des mécanismes de suivi et de reporting pluriannuels. C'est précisément ce que valorise une démarche de gestion forestière long terme : les forêts produisent des données de séquestration carbone et de biodiversité sur des cycles de plusieurs décennies, ce qui constitue un argument de durabilité difficile à égaler.
Des exemples concrets illustrent bien cette logique. Transdev Île-de-France a intégré un engagement de restauration d'écosystèmes forestiers dans ses réponses aux délégations de service public. Depuis 2025, ces DSP ont contribué à soutenir la restauration de la biodiversité dans la forêt de Pézarches, en Seine-et-Marne. Résultat : un critère environnemental concret, mesurable en m² restaurés, directement valorisable dans le mémoire technique. L'opération est renouvelée en 2026. De la même façon, le groupe Le Vacon s'est engagé avec EcoTree dans une démarche vertueuse au service de la conservation des forêts françaises en favorisant la protection de la biodiversité.
Trois niveaux de réponse face à l'obligation
Face à cette nouvelle donne, les entreprises du BTP et des transports se retrouvent devant trois postures possibles. Le niveau auquel elles se positionnent déterminera leur compétitivité sur les marchés publics dans les années à venir.
Niveau 1 : la conformité minimale. Intégrer un critère environnemental de façade, une déclaration d'engagement ou un label générique. C'est le minimum légal, mais c'est aussi la posture la plus fragile. Elle est insuffisante pour se démarquer dans une consultation compétitive, et elle expose l'entreprise aux accusations de greenwashing de la part d'acheteurs de plus en plus avertis.
Niveau 2 : les engagements documentés. Bilan carbone certifié, politique RSE structurée, rapport de durabilité. C'est une base sérieuse, nécessaire, mais de moins en moins suffisante à mesure que tous les concurrents s'équipent des mêmes outils. Dans deux ans, un bilan carbone GHG Protocol sera aussi banal qu'un extrait Kbis.
Niveau 3 : les preuves concrètes. Actions réelles et quantifiées : surface d'écosystème restaurée en m², tonnes de CO2 séquestrées certifiées Label Bas-Carbone, biodiversité mesurée et reportée. C'est ici que se joue l'avantage compétitif durable. Et c'est précisément ce que permettent des solutions comme celles proposées par EcoTree : restauration d'écosystèmes forestiers localisés, crédits carbone audités par Bureau Veritas, propriété forestière directe avec plan de gestion durable.
Pour les entreprises du BTP qui travaillent sur des projets à fort impact territorial, il existe une cohérence forte entre l'activité de construction et un engagement de restauration forestière ou de compensation biodiversité localisée. Un chantier en Bretagne qui s'accompagne d'un engagement de restauration dans la forêt de Langoëlan (Morbihan), par exemple, raconte une histoire territoriale crédible, bien différente d'un crédit carbone acheté à l'autre bout du monde.
Greenwashing dans les appels d'offres : un risque juridique, pas seulement d'image
Le greenwashing dans la réponse à un marché public n'est pas seulement un risque d'image. C'est un risque juridique. Les acheteurs publics et leurs conseils sont de plus en plus formés pour détecter les engagements creux. Une déclaration non étayée par des preuves peut disqualifier une offre, voire exposer l'entreprise à des recours de candidats évincés.
La question de la transparence est donc centrale. Et elle est plus complexe qu'il n'y paraît. Même les acteurs dont l'engagement est sincère doivent aujourd'hui documenter, expliquer et défendre publiquement leur démarche. C'est une réalité que les opérateurs sérieux du secteur ont bien intégrée : répondre aux questions difficiles de façon publique et factuelle est désormais une composante à part entière de la crédibilité environnementale.
Pour les entreprises du BTP, cela se traduit par quelques règles pratiques. Chaque engagement présenté dans un mémoire technique doit pouvoir s'appuyer sur un document de certification accessible. Les labels choisis doivent être reconnus par les pouvoirs publics : Label Bas-Carbone, Bureau Veritas, ISO 14001, PEFC/FSC. Les engagements génériques non connectés à la prestation fournie doivent être évités, au risque d'être rejetés par les jurys. Et les partenariats environnementaux doivent être structurés dans la durée, avec un reporting régulier, pas activés à la dernière minute avant le dépôt d'une offre.

Agir maintenant
Août 2026 arrive vite. Les entreprises qui attendent la date butoir pour structurer leurs engagements environnementaux prendront deux risques : ne pas être prêtes lors des premières consultations concernées, et laisser à leurs concurrents le temps de construire une longueur d'avance auprès des acheteurs publics.
À l'inverse, celles qui auront anticipé pourront s'appuyer sur des données de séquestration carbone et de restauration de biodiversité réelles, accumulées sur plusieurs mois ou plusieurs années, au moment où elles en auront besoin. Les forêts, comme les chantiers, ont besoin de temps pour produire des résultats mesurables.
Prendre les devants, c'est se donner les moyens de remporter les consultations de demain avec des arguments que la concurrence ne pourra pas reproduire du jour au lendemain.
Questions communes
Qu'est-ce que l'article 35 de la loi Climat et Résilience change concrètement pour les entreprises BTP ?
À compter du 22 août 2026, tout acheteur public devra intégrer au moins un critère d'attribution lié aux caractéristiques environnementales de l'offre. Le critère unique du prix est interdit. Pour les entreprises répondant à des marchés publics, cela signifie que présenter des engagements environnementaux documentés devient une condition nécessaire pour accéder à la commande publique, quelle que soit la taille du marché.
Quels engagements environnementaux sont valorisés dans un mémoire technique ?
Les acheteurs publics valorisent les engagements certifiés par des tiers indépendants, quantifiés en indicateurs précis (tonnes de CO2, m² de biodiversité restaurée), liés à l'objet du marché et inscrits dans la durée. Les labels reconnus par les pouvoirs publics (Label Bas-Carbone, Bureau Veritas, ISO 14001, PEFC/FSC) constituent les références attendues.
Comment éviter le greenwashing dans une réponse à appel d'offres ?
En s'appuyant exclusivement sur des engagements certifiés, documentés et vérifiables. Un engagement non étayé par des preuves concrètes peut disqualifier une offre et exposer l'entreprise à des recours. La règle de base : ne présenter que ce qui peut être démontré, certifié et suivi dans le temps.
Est-il possible de valoriser un partenariat forestier dans un mémoire technique BTP ?
Oui, à condition que le lien avec l'objet du marché soit explicité. Un engagement de restauration d'écosystèmes locaux (biodiversité mesurée en m², séquestration carbone certifiée) est directement intégrable dans la partie environnementale d'un mémoire technique, notamment pour des marchés de construction, d'aménagement ou de travaux publics.
Faut-il attendre août 2026 pour agir ?
Non, et ce pour une raison pratique : les données environnementales (séquestration carbone, biodiversité) s'accumulent dans le temps. Un engagement initié dès aujourd'hui produira des résultats mesurables et valorisables dans les offres bien avant l'échéance légale. Les entreprises qui anticipent construisent un avantage compétitif que leurs concurrents ne pourront pas rattraper du jour au lendemain
