30 mai 2026
Capital naturel : comment EcoTree est devenu l'operating partner des fonds et des entreprises familiales
EcoTree s'est positionné comme operating partner sur les actifs naturels, accompagnant fonds, family offices et entreprises dans la valorisation d'actifs verts.

En 2024, EcoTree a traversé l'une des périodes les plus difficiles de son histoire. En 2025, la société brestoise a retrouvé la rentabilité et un chiffre d'affaires de 8,2 M€. Entre les deux : un pivot stratégique assumé, une restructuration douloureuse, et une nouvelle offre qui révèle dix ans d'expertise accumulée.
Un retournement de marché, une décision stratégique
La guerre en Ukraine, la remontée des taux d'intérêt, l'inflation persistante : à partir de 2022, le contexte économique s'est dégradé rapidement pour les entreprises engagées sur les questions climatiques. Les budgets RSE ont été les premiers à être arbitrés. Dans les secteurs du transport routier, de l'immobilier, du textile et du prêt-à-porter, nombre d'entreprises ont ralenti ou suspendu leurs investissements environnementaux.
EcoTree n'a pas été épargnée. La société, qui comptait jusqu'à une centaine de salariés en 2023, a engagé un plan de sauvegarde de l'emploi et réduit ses effectifs à 35 personnes, réparties entre Brest, Paris, Copenhague et Berlin. Le chiffre d'affaires est tombé à 4,8 M€ en 2024, contre 8,2 M€ l'année précédente.
Face à ce retournement, la direction aurait pu attendre le retour de la croissance sur ses marchés historiques. Elle a choisi autre chose : remettre à plat le modèle, identifier ce qui avait réellement de la valeur, et construire une offre à la hauteur de l'expertise accumulée depuis dix ans.
Les limites des modèles historiques
Pour comprendre le pivot d'EcoTree, il faut revenir sur les deux piliers qui ont porté la croissance de la société depuis sa fondation en 2014.
Le premier, c'est la propriété d'arbres : des particuliers et des entreprises deviennent propriétaires d'un ou plusieurs arbres, EcoTree assure la gestion durable des forêts, et les produits de la récolte reviennent à terme aux propriétaires. Ce modèle a séduit 100 000 clients particuliers et 3000 entreprises. Mais comme l'admet Erwan Le Méné, président et cofondateur d'EcoTree, il se heurte à un plafond de verre. Le marché reste grand, mais la croissance organique ne suffit plus à financer une ambition européenne.
Le second pilier, ce sont les crédits carbone : Label Bas Carbone, Bureau Veritas, MoorFutures... EcoTree a construit une expertise reconnue sur la génération et la commercialisation de crédits issus de projets forestiers français. Des contrats importants ont été signés. Mais ce marché présente ses propres contraintes : des processus de certification lourds, des cycles de vente longs, et une concurrence croissante de projets localisés dans l'hémisphère Sud, dont les coûts de production sont structurellement inférieurs. Dans ce contexte, la conviction environnementale des acheteurs ne suffit plus à compenser l'écart de prix.
Ce double constat a conduit EcoTree à une conclusion logique : ses véritables avantages compétitifs ne résidaient pas dans la transaction, mais dans l'expertise opérationnelle. Sourcing de foncier naturel, ingénierie écologique, certifications, gestion durable, valorisation carbone et biodiversité : dix ans de travail de terrain, difficiles à répliquer. La question était de savoir comment les monétiser différemment.

L'operating partner : un métier à part entière
La réponse, lancée à l'été 2025, s'appelle l'offre d'operating partner. Concrètement, EcoTree accompagne des entreprises familiales, des fonds d'investissement, des banques et des assurances dans l'acquisition, la gestion et la valorisation d'actifs naturels : massifs forestiers, tourbières, zones humides, haies, terrains agricoles.
La société intervient comme guichet unique sur l'ensemble du cycle de vie du projet : sourcing des dossiers, études préliminaires, conseil en investissement, coordination des travaux, certifications environnementales et, si pertinent, négoce de crédits carbone issus des actifs gérés.
Ce positionnement se distingue volontairement de celui des asset managers classiques. « À l'image des actifs immobiliers, nous sommes dans une logique de "value add", avec une approche régénérative de l'actif afin d'augmenter sa rentabilité. Et nous intégrons, avec la revente des crédits carbone, la nouvelle économie de la forêt », explique Erwan Le Méné dans un article de Ouest France. Autrement dit : EcoTree ne se contente pas de gérer un patrimoine existant, elle l'améliore, le certifie, et en maximise la valeur financière et extra-financière.
En moins d'un an, l'offre a déjà été déployée sur une trentaine de dossiers pour le compte d'une quinzaine d'entreprises, de banques et de fonds d'investissement. De premiers contrats ont été signés hors de France, notamment avec AWS en Allemagne, où EcoTree dispose d'un bureau. La société vise désormais les 10 M€ de chiffre d'affaires en 2026, et entend industrialiser cette activité avec l'ensemble de son équipe commerciale.
Pour situer l'ampleur de l'engagement : EcoTree gère aujourd'hui en propre 2 000 hectares de surfaces cadastrales, et 2 000 hectares supplémentaires pour le compte de tiers dans le cadre de cette activité d'operating partner. Ce sont des chiffres concrets, vérifiables, qui traduisent une capacité d'exécution réelle, pas une promesse de conseil.
Le conseil en capital naturel : pour qui, et pourquoi maintenant
L'offre d'operating partner s'inscrit dans un cadre plus large : celui du conseil en capital naturel, que propose EcoTree aux organisations souhaitant intégrer les actifs naturels comme composante stratégique de leur modèle économique ou patrimonial.
Cette offre s'adresse à des profils précis : fonds d'investissement et family offices à la recherche d'actifs réels décorrélés des marchés financiers, banques et assurances souhaitant diversifier leurs portefeuilles, entreprises industrielles, immobilières ou de transport confrontées aux enjeux CSRD et TNFD, et dirigeants cherchant à structurer un patrimoine durable sur le long terme.
Le contexte réglementaire joue ici un rôle d'accélérateur. La CSRD impose désormais aux grandes entreprises un reporting détaillé sur leurs dépendances et impacts sur les écosystèmes naturels (ESRS E1, E3, E4). Le cadre TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) structure l'analyse des risques et opportunités liés à la nature selon une logique DIRO. Dans ce contexte, les actifs naturels ne sont plus un centre de coût ou un outil de communication : ils deviennent une brique stratégique du modèle économique, avec une valeur financière, opérationnelle et réputationnelle mesurable.
La méthodologie d'EcoTree se déploie en trois phases : un diagnostic stratégique (analyse DIRO, benchmark sectoriel, cartographie TNFD), une définition de la trajectoire (modélisation financière, business case, plan d'action priorisé), et une ingénierie de mise en oeuvre (structuration des véhicules d'investissement, dossiers pour comités d'investissement, dispositifs de pilotage et reporting MRV). Les livrables sont standardisés et directement exploitables par les instances de décision : bilan capital naturel, note d'expertise CSRD, dossier d'investissement avec TRI projeté, dashboard d'impact auditable.
Ce qui distingue EcoTree sur ce segment, c'est précisément la combinaison que peu d'acteurs sont en mesure d'offrir : un conseil stratégique niveau COMEX, une capacité d'exécution directe sur des milliers d'hectares, et une gouvernance alignée avec les standards AMF, CSRD et TNFD. Pas de sous-traitance de la mise en oeuvre à des tiers : EcoTree fait elle-même ce qu'elle conseille.

"Notre philosophie a toujours été de faire du climat un enjeu de rentabilité"
Derrière ce repositionnement, il y a une conviction portée depuis le premier jour par Erwan Le Méné. En 2014, quand les quatre cofondateurs créent EcoTree à Brest avec 50 000 euros apportés par Finistère Angels, l'idée centrale est déjà là : réconcilier la logique économique et la logique écologique, plutôt que les opposer.
Dix ans plus tard, comme le retrace l'article sur la trajectoire financière d'EcoTree, la société a levé 14,85 M€, géré des forêts de la Bretagne au Danemark, accompagné 150 000 particuliers et près de 3 000 entreprises. Cette trajectoire n'a pas été linéaire. Elle a connu des paliers, des tempêtes, et une restructuration profonde. Mais chaque étape a ajouté une couche d'expertise que peu d'acteurs en Europe peuvent aujourd'hui revendiquer.
« La force de cette offre, c'est qu'elle révèle toute l'expertise que l'on a construite depuis 10 ans », résume Erwan Le Méné. L'operating partner n'est pas un pivot opportuniste né de la crise. C'est la forme la plus aboutie du projet EcoTree : utiliser la maîtrise opérationnelle du capital naturel pour créer de la valeur durable, pour les actifs, pour les investisseurs, et pour les écosystèmes qu'ils financent.
La dynamique est enclenchée. Le contexte géopolitique actuel retarde encore certaines prises de décision, comme l'admet le dirigeant. Mais l'objectif des 10 M€ en 2026 est posé. Et les 2 000 hectares gérés pour compte de tiers en moins d'un an constituent une preuve de traction difficile à contester.
