9 mai 2026
EcoTree et Mediapart : nous avons lu l'enquête. De près. Très près.
L'article de Mediapart sur EcoTree soulève des questions légitimes. Voici nos réponses, point par point, avec les données que l'enquête a oubliées.

Un article de Splann ! publié par Mediapart en février 2025 prétend démolir EcoTree. Bonne occasion de reprendre les arguments un par un, avec les sources que l'article oublie de mentionner.
Quand Mediapart attaque, EcoTree rétorque
Un matin de février 2025, nos équipes ont découvert dans leur café du matin un article intitulé « Chez la start-up bretonne EcoTree, les arbres qui gâchent la forêt ». Titre choc. Sous-titre accusateur. Photographies de plantations de résineux prises sous le meilleur angle possible pour paraître le plus sombre possible. Nous avons lu. Deux fois. Trois fois. Et décidé qu'une réponse s'imposait, non par blessure d'amour-propre, mais parce que certains raccourcis méritent d'être remplis. Et que le travail des équipes qui consacrent toute leur énergie aux forêts depuis plus de dix ans mérite d'être défendu.
Pas de procès en sorcellerie ici. Splann ! fait son travail journalistique, et c'est utile. Mais entre un article d'investigation et un article rigoureux, il y a parfois l'épaisseur d'un Plan Simple de Gestion. Allons-y point par point.
« Des plantations en ligne de résineux pour une production industrielle »
C'est la phrase la plus percutante de l'article, attribuée à Arnaud, « technicien agroforestier » anonymisé. Elle mérite d'être lue dans son contexte : Arnaud observe de jeunes plantations, récentes, dont les arbres n'ont pas encore atteint l'âge des premières interventions sylvicoles. Critiquer la biodiversité d'une forêt de dix ans, c'est un peu comme reprocher à un enfant de ne pas encore savoir conduire.
La sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC) que nous pratiquons et que l'article cite correctement en la définissant comme une gestion « à travers laquelle le couvert forestier est maintenu malgré les coupes de bois, qui sont légères mais bien réparties » est par définition une dynamique de long terme. Elle ne s'observe pas à l'œil nu sur une plantation de cinq ans. Elle s'évalue sur des cycles de plusieurs décennies, à travers les coupes progressives, l'irrégularisation des structures, le développement des strates.
Nos forestiers de terrain, Vianney de la Brosse en Bretagne, Arnaud De Grave dans le Grand Est, en Ile-de-France et en Ardèche le savent. Nos Plans Simples de Gestion le prévoient, parcelle par parcelle. Le fait que les arbres soient encore alignés au moment de la photo ne dit rien de ce que sera la forêt dans vingt ans et plus.

« Des espèces exotiques et nuisibles »
L'article égrène les essences qu'EcoTree plante : Douglas, épicéa de Sitka, chêne rouge et les qualifie collectivement d'« exotiques », avec la connotation que l'on imagine. Quelques précisions s'imposent.
Le Douglas (Pseudotsuga menziesii) est planté en France depuis le XIXe siècle. Il représente aujourd'hui environ 400 000 hectares de forêts françaises et est pleinement intégré aux recommandations du Centre National de la Propriété Forestière (CNPF) comme essence d'avenir face au dérèglement climatique. Il pousse vite, stocke beaucoup de carbone, et tolère mieux la sécheresse que de nombreux feuillus indigènes. Exotique, oui. Problématique en soi ? Non.
Le chêne rouge (Quercus rubra) fait l'objet d'une critique légitime dans certains contextes, critique que l'article de Mediapart reprend honnêtement. Ce que l'article ne dit pas, c'est que nous l'avons progressivement réduit dans nos mix d'essences suite aux retours de nos écologues. C'est précisément le rôle du Comité d'éthique d'EcoTree que de challenger nos pratiques en continu.
Quant à l'idée que « les espèces exotiques ne sont pas favorables à la biodiversité », elle mérite d'être nuancée avec l'aide de la science. Une plantation de Douglas bien gérée, avec des layons, des clairières, une strate arbustive, accueille des rapaces, des chauves-souris, des insectes saproxyliques. Ce n'est pas une forêt ancienne de hêtres et de chênes sessiles, et nous ne l'avons jamais prétendu. C'est une forêt en construction, sur des terrains qui, avant notre intervention, étaient souvent des landes dégradées ou des parcelles de maïs.
« Une gestion principalement économique »
Voilà peut-être l'accusation la plus curieuse de l'article. EcoTree est une entreprise. Nous l'avons toujours dit, explicitement, sans en rougir. Notre modèle repose sur le fait que la gestion durable de la forêt peut être économiquement viable, et que c'est précisément pour cela qu'elle est pérenne.
Ce que nos détracteurs semblent parfois oublier : la forêt française qui ne rapporte rien n'est pas gérée. Et une forêt non gérée n'est pas forcément une forêt en bonne santé, c'est souvent une forêt vieillissante, vulnérable aux tempêtes, aux scolytes, aux incendies. La gestion forestière, y compris économique, est une condition de la résilience des massifs.
Notre chiffre d'affaires de 4,1 millions d'euros en 2024 finance des forestiers de terrain, des inventaires de biodiversité, des restaurations de mares (39 depuis notre création), des plantations de haies mellifères (6 240 mètres). Ce n'est pas du greenwashing : c'est notre rapport annuel, public et vérifiable.

« Des plantations sur des zones humides »
L'article mentionne le cas de la forêt de la Trinité-Langonnet, dans le Morbihan, classée Natura 2000, où EcoTree aurait initialement prévu de planter des résineux avant d'être « contrainte » d'y mettre des chênes. Ce que l'article omet de préciser : c'est exactement le fonctionnement normal du droit de l'environnement français. Nous avons déposé un dossier, l'administration a instruit, nous avons adapté. C'est le dialogue réglementaire, pas un aveu de malveillance.
Les 40 hectares de chênes finalement plantés en zone Natura 2000, soit des chênes pédonculés et des chênes sessiles, qui sont des essences indigènes, constituent aujourd'hui l'un des chantiers dont nous sommes les plus fiers. Le fait que l'article le présente comme une concession arrachée à une entreprise récalcitrante en dit davantage sur l'angle éditorial choisi que sur la réalité du terrain.
« Le soutien de la région Bretagne »
L'article s'étonne voire s'indigne que la région Bretagne ait soutenu EcoTree à hauteur de 180 760 euros depuis notre création et publié un reportage dans son magazine. C'est une subvention publique, transparente, accordée dans le cadre de dispositifs ouverts à toutes les entreprises bretonnes innovantes. Elle a financé, entre autres, la traduction de notre site internet pour permettre à des acheteurs européens de financer la plantation des arbres en France. Quel scandale, en effet !
Que la région soutienne une entreprise qui crée des emplois en Bretagne, gère des forêts bretonnes et attire des capitaux privés vers la filière bois locale, voilà qui nous semble plutôt sain pour un territoire.
Ce que l'article ne dit pas
L'article de Splann ! ne mentionne pas notre Comité d'éthique, composé d'experts indépendants qui auditent nos pratiques. Il ne mentionne pas les inventaires naturalistes réalisés dans nos forêts chaque année. Il ne mentionne pas les retours de nos propriétaires d'arbres, ni les certifications qui encadrent nos crédits carbone via le Label Bas Carbone.
Il ne mentionne pas non plus que la question de la plantation d'arbres est scientifiquement complexe, et que nous sommes les premiers à le reconnaître. Nous ne disons pas que planter des arbres sauve la planète. Nous disons que gérer durablement des forêts existantes et en créer de nouvelles, sur des terrains dégradés, avec des essences adaptées au contexte pédoclimatique local, sous la supervision de forestiers professionnels et d'un comité éthique indépendant, est une contribution sérieuse à la transition écologique.

Le vrai débat
Ce qu'il y a de stimulant dans cet article, c'est qu'il pose de vraies questions sur les essences, sur les modes de sylviculture, sur la tension entre rentabilité et biodiversité. Ce sont des questions que nous nous posons nous-mêmes, en interne, avec nos forestiers, nos écologues, notre comité d'éthique.
La différence, c'est que nous les traitons avec les données, les Plans Simples de Gestion, les inventaires de terrain et les résultats mesurables. Pas avec des sources anonymisées et des plans larges de plantations choisies pour leur austérité photographique.
EcoTree n'est pas parfaite. Aucune entreprise forestière ne l'est. La forêt, elle non plus. C'est précisément pourquoi nous continuons à nous améliorer, et à publier nos résultats.
Vous souhaitez voir par vous-même comment EcoTree gère ses forêts ? Consultez nos rapports annuels d'impact, lisez les actualités de nos forêts, ou financez la plantation de votre premier arbre pour rejoindre une communauté de 100 000 propriétaires qui font confiance à notre démarche.
