Quel est le plus vieil arbre de France ?

A Roquebrune Cap Martin, on est certain que l’olivier est le plus vieil arbre de France, mais à Saint-Mars-de-la-Futaie on soutient que c’est l’aubépine.

Pierre-François Dumont Saint Priest

Directeur Général Délégué
Quel est le plus vieil arbre de France ?

Voici une question piégée à laquelle il n’est pas aisé de répondre sans froisser le chauvinisme de l’une ou l’autre région de France. Si à Roquebrune Cap Martin, dans les Alpes-Maritimes, on est certain que l’olivier est le plus vieil arbre de France, plus au Nord en Mayenne, on soutient que l’arbre le plus vieux de France est l’aubépine de Saint-Mars-de-la-Futaie. Mais encore, c’est sans compter sur l’entrée sur scène de l’olivier de Filitosa, en Corse du Sud !

L’olivier de Roquebrune-Cap-Martin aurait 2000 ans

Nous sommes bien obligés de parler au conditionnel, considérant que nulle science prédictive exacte n’est capable de donner l’âge d’un arbre de son vivant. La dendrochronologie consiste à compter les anneaux de cernes du tronc d’un arbre pour donner son âge. Mais pour cela, il faut attendre qu’il soit mort. Et pour cela, il faudrait encore que l’arbre n’ait pas le tronc creux, comme l’ont la plupart des vieux arbres vivants, sachant que le centre des arbres est leur partie morte et que c’est au plus près de l’écorce qu’ils vivent. La sève circule dans l’aubier, tandis que le duramen est constitué de cellules mortes. C’est pourquoi les arbres peuvent vivre même totalement creux.
Toutefois, selon les estimations, l’olivier que l’on trouve dans la petite ville de Roquebrune-Cap-Martin, dans les Alpes-Maritimes, aurait peu ou prou l’âge du Christ. Son tronc est un entremêlement étonnant de racines et de rejets de quelque 20 mètres de diamètre. Il donne encore de petites olives, malgré son âge vénérable. Au début du siècle dernier, il a failli être abattu par le propriétaire des lieux, et il a fallu que l’historien Gabriel Hanotaux rachète le terrain pour lui laisser la vie sauve. Toutefois, l’olivier de Filitosa aimerait bien lui voler la vedette.

En Corse du Sud, un olivier de 1250 ans ?

Quel âge à l’olivier de Filitosa, c’est une question à laquelle il est difficile de répondre. Entre 1250 et 2000 ans selon les sources et les discours. Ce qui est certain, c’est qu’il fait partie des plus vieux arbres de France.
Classé Arbre remarquable en 2017, il mesure 18 mètres de hauteur pour une envergure de 23 mètres. Ses racines sont profondément ancrées dans le sol et son tronc, séparé en plusieurs parties distinctes, mesure 9 mètres de circonférence à 1 mètre du sol. Il semble moins âgé que son congénère des Alpes-Maritimes, mais à la vérité son âge est difficile à établir précisément et c’est sans doute à l’humilité du peuple corse qu’il doit cette seconde place car après tout, personne ne peut en raconter l’histoire depuis les origines, de celui de Filitosa pas plus que de celui de Roquebrune-Cap-Martin.

La Mayenne revendique l’arbre le plus vieux de France

La sagesse des Méditerranéens ne semble pas avoir contaminé les peuples du Nord, puisqu’en Mayenne, à Saint-Mars-de-la-Futaie, on prétend  avoir l’arbre le plus vieux de France. Son âge est estimé à 1700 ans, ce qui en fait un vénérable individu, certes, mais tout de même moins âgé que son cousin du Sud. Il aurait fréquenté Saint Julien, mais comme dit le dicton, il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints, et c’est ce que fait l’olivier de Roquebrune-Cap-Martin. A moins que l’exagération légendaire des gens du Sud soit pour quelque chose dans cette affaire. 
Quoi qu’il en soit, l’aubépine de Saint-Mars-de-la-Futaie fait également partie des arbres remarquables et peut s’enorgueillir d’avoir été décrite par le moine Bernard de Tiron au XIe siècle. Ces lettres de noblesse suffiraient-elles à en faire le premier de France ? Rien n’est moins sûr, d’autant que le maire, honnête, reconnaît qu’avec le temps, il est possible que le tronc que nous voyons ne soit qu’un rejet de l’individu d’origine. Peu importe pourtant, s’il a le même patrimoine génétique. 

Au bout du compte, il semble que ce soit l’olivier de Roquebrune-Cap-Martin qui l’emporte, mais jusqu’à quand ?