Menacée, la loutre d’Europe recolonise les cours d’eau français

Depuis une quarantaine d’années, la loutre d’Europe recolonise lentement son espace naturel en France, après en avoir été chassée. Voici comment l’y aider.

Théophane Le Méné

Directeur Général
Menacée, la loutre d’Europe recolonise les cours d’eau français

Après avoir failli disparaître du territoire français, la loutre d’Europe regagne peu à peu son aire de répartition d’origine. Mais bien des obstacles se mettent encore en travers de son chemin, l’empêchant de se répartir équitablement sur tout l’Hexagone. Voici comment nous pouvons aider la loutre, ce maillon essentiel à la biodiversité, à se réimplanter là où elle devrait être.

Populations de loutres en France

La loutre devrait être présente sur l’ensemble du territoire français métropolitain. La Loutre d’Europe, aussi appelée Loutre d’Eurasie, était jadis présente dans toute l’Europe et l’Asie, de l’Irlande au Japon, ainsi qu’en Afrique du Nord, se répartissant dans toutes les zones où les habitats lui sont possibles, c’est-à-dire dès lors que se trouve un cours d’eau dans les parages, jusqu’à 2000 mètres d’altitude en montagne et hors des zones désertiques. 
Originellement présente en France dans sa totalité sauf en Corse, sa population a été réduite à quelque 1000 individus résiduels sur la façade atlantique (notamment dans le marais poitevin) ainsi que dans le Massif central (Limousin, principalement), entre la fin du XIXe siècle et les années 1980. 
Après avoir été intensément chassée pour sa fourrure, parfois même pour sa viande, et sous prétexte qu’elle faisait une concurrence sévère aux pêcheurs, la Loutre d’Europe fait partie des espèces protégées depuis 1972. Depuis lors, sa population se reconstitue, mais fort lentement pour de multiples raisons, si bien qu’aujourd’hui encore, elle est absente de plus de la moitié de la France métropolitaine. 

Comment aider la loutre d’Europe à regagner du terrain ?

Ce qui continue d’empêcher la loutre de se répandre davantage dans nos contrées tient d’abord à sa biologie. La maturité sexuelle de l’animal aquatique n’est pas atteinte avant deux ou trois ans, selon les individus. Les femelles ont généralement une portée par an de 1 à 3 loutrons dont une grande partie ne survit pas à ses premiers mois de vie. Dans la nature, l’espérance de vie d’une loutre est de quatre à cinq ans et les petits ne sont vraiment autonomes qu’au bout de 18 mois. Les loutres sont par ailleurs souvent victimes des installations humaines : routes, ponts, barrages, résidus de produits phytosanitaires (pesticides et insecticides notamment) dans l’eau, qui déciment les poissons qui composent l’essentiel de leur nourriture. 
Protéger la Loutre d’Europe et l’aider à regagner du terrain passe par des actions nationales et régionales concertées. Par exemple, la loutre a tendance à essayer de franchir les ouvrages hydrauliques tels que des ponts qui lui barrent la route, non pas dans l’eau mais en marchant sur la berge. Ainsi, elle s’expose non seulement à la circulation automobile mais encore aux attaques de chiens, deux causes importantes de décès pour elle. Il faut donc aménager les berges de sorte qu’elle puisse les emprunter sans se mettre en danger. 
Il faut non seulement lui rendre possible la navigation en eau douce mais encore favoriser la circulation des poissons qui la nourrissent. Cela demande de cesser de polluer les cours d’eau et peut aussi passer par l’aménagement de frayères (lieux de cours d’eau au bon état écologique où viennent pondre les poissons).
Enfin, la préservation de berges naturelles, telles que l’on peut en trouver dans les ripisylves, est un élément essentiel à l’installation de loutres qui ont besoin de havres de paix pour aménager leur terrier, se cacher et se reproduire. De ce côté, la préservation d’espaces naturels sauvages et en bon état dans les forêts est primordial

Caractéristiques de la loutre d’Europe

La Loutre d’Europe lutra lutra, aussi appelée Loutre commune, fait partie de ces mammifères carnivores semi-aquatiques apparentés aux Mustélidés dont elle est l’un des 13 représentants de la sous-famille des Lutrinés. Parfaitement adaptée à l'élément liquide, il lui arrive d’aller pêcher dans les eaux salées bien qu’elle ait naturellement besoin de l’eau douce pour s’abreuver et laver son pelage. Particulièrement dense, celui-ci est marron foncé, s’éclairant sur la face ventrale et notamment autour du cou. Il est composé à 98% de poils de bourre fins et ondulés, eux-mêmes recouverts par des poils de jarre plus longs et plus épais qui protègent la bourre de l’humidité. Ce pelage ainsi composé permet à la loutre de limiter la déperdition de chaleur.
Son crâne plat qui présente sur un même plan les oreilles, les yeux et les narines lui permet d’observer, sentir et voir tout ce qui se passe autour d’elle sans quasiment avoir à sortir la tête de l’eau, à la manière d’un crocodile. La Loutre d’Europe mesure entre 1 mètre et 1,30 mètre de longueur, dont un tiers concerne la queue et pèse entre 6 et 11 kg. Si le mâle a tendance à être plus grand que la femelle, on ne peut pas dire que le dimorphisme sexuel soit prononcé, aussi faut-il être averti pour les différencier à l'œil nu l’un de l’autre. 
De même, ce mammifère qui est un très bon nageur et se nourrit essentiellement de poissons, mais aussi d’amphibiens, d’invertébrés et plus rarement de mammifères, d’oiseaux ou de reptiles, passe du temps sur la terre et on peut le rencontrer à plusieurs kilomètres d’un cours d’eau. Son terrain de chasse est vaste et le domaine vital d’un mâle peut aller jusqu’à 40 km, sur lequel vivront plusieurs femelles. La loutre a besoin de beaucoup de nourriture, mangeant environ un kilogramme par jour, ce qui représente 10 à 15% de son poids. 
Sans doute par adaptation aux Hommes, les loutres d’Europe ont tendance à vivre la nuit ou à la tombée du jour, alors que rien ne les prédispose naturellement à une vie nocturne. Animal difficilement observable, on le repère aux traces qu’il laisse, soit celles de ses empreintes de pas (5 doigts placés en éventail avec de petites griffes dont la marque est directement attenante au doigt) soit celles de ses épreintes, qui sont ses crottes abandonnées à dessein sur des endroits visibles afin de marquer son territoire : pierres plates, racines d’arbres
Les terriers où habitent les loutres sont appelés des catiches. Ils sont généralement placés dans les berges des cours d’eau avec une entrée immergée. Les loutres aiment que les racines des arbres leur servent d’abri. Certaines font également leur terrier dans des cavités artificielles. La partie du terrier qui est à l’air libre se trouve dans une zone boisée impénétrable, des ronciers notamment. D’où la nécessité de laisser des parts de bois sauvages, surtout auprès des cours d’eau. 
Par l’aménagement naturel de nos forêts, notamment des ripisylves, nous pouvons protéger cette espèce et favoriser sa recolonisation du territoire.