Entretien avec Arnaud De Grave : lier écologie et économie

Pour entretenir les forêts, il faut des moyens financiers. Arnaud nous explique comment calculer la rentabilité écologique et économique des puits de carbone.

Théophane Le Méné

Directeur Général
Entretien avec Arnaud De Grave : lier écologie et économie

Comment la sylviculture permet de créer à la fois de la valeur écologique et économique, et comment il est possible de simuler la rentabilité d'une forêt sur ces deux plans que nous ne voulons pas dissocier, c'est ce que nous explique aujourd'hui notre scientifique et forestier Arnaud De Grave.

Pour gérer au mieux les forêts, afin qu’elles jouent leur rôle de puits de carbone et de niche écologique pour un écosystème complexe, il faut des moyens financiers. Ceux-ci sont créés par la vente du bois. Comment quantifier tout cela ?

Arnaud De Grave : En effet, Margaud a mis en place des itinéraires sylvicoles qui ne sont pas purement biologiques, l’aspect économique est également important en sylviculture et pour nous, puisque l’achat d’arbres chez EcoTree est un investissement financier à long terme. Margaud a détaillé tout ça, soit 2 fois 42 itinéraires. Mais c’était un travail très rébarbatif et j'ai une fois de plus créé une moulinette qui fasse ce travail à notre place, afin de nous faire gagner du temps et d’éviter les erreurs.
J’ai commencé par une moulinette qui transformait les itinéraires biologiques en itinéraires de Business Plan. Désormais, il suffit d’appuyer sur le bouton de cette moulinette pour que les itinéraires soient transformés en Business Plan que nous pouvons utiliser au pôle forêt, afin de calculer la rentabilité de nos projets forestiers. 
Nous avons ainsi accès aux données sur le carbone absorbé au fil du temps mais également à celles qui concernent le gain et le coût financier de l’entretien des arbres de nos forêts. 
Je peux donc en théorie dire à quelqu’un qui voudrait investir la somme X dans un de nos projets forestiers combien de CO2 son investissement contribuera à absorber sur un siècle et quel sera son retour sur investissement. C’est l’objet de ma troisième, (ou quatrième, j’ai perdu le compte) moulinette. 

Comment peut-on anticiper le cours du bois à plusieurs décennies ?

A.D.G : Evidemment, nous nous fixons sur les prix donnés par les experts forestiers, mais nous ne pouvons pas prévoir une chute ou une hausse subite du cours de tel bois. Nous nous fixons sur des prix stables qui prennent en compte l’inflation
Avec cette moulinette, tous les scénarios sont envisageables : reprise de terre agricole ou de friche, reprise de forêt sur pied, terre à planter dans dix ans, etc.  Du coup, cette moulinette a eu le droit de s’appeler “simulateur” !
Par la suite, j’ai ajouté à ce simulateur d’autres possibilités : on peut par exemple savoir ce qui se passera si un partenaire veut 10 hectares de forêt ou si un autre a besoin de connaître son retour sur investissement sur 45 ans, ou une cible de contribution carbone à une date donnée, etc. 
Aujourd’hui, je définis un scénario : investissement, puits de carbone, surface et données sylvicoles et j’en déduis le coût et le retour sur investissement. Il me reste quelques détails à régler sur cette moulinette mais tout fonctionnera bientôt comme attendu. 

En dépit de tes très hautes compétences, mon petit doigt me dit que certains calculs t’ont résisté un peu plus longtemps que d’autres...

A.D.G : Un autre schéma intéressant que je viens tout juste de mettre sur pied est le suivant : un partenaire a financé la gestion d’une forêt de telle superficie et ne veut pas toucher l’argent que pourrait lui rapporter la vente du bois lorsque les arbres seront arrivés au bout de leur cycle, mais le réinvestir dans une nouvelle forêt plus grande. C’est un cercle vertueux qui intéresse bien des investisseurs. Et c’est surtout très bon pour la nature ! Cela permet de développer sa contribution à l'œuvre de la nature en l’accroissant chaque fois sans avoir besoin d’ajouter des fonds. C’est tout beau tout neuf, je viens d’en achever la mise au point !

L’une de tes missions est également de faciliter le travail de toute l’entreprise en créant des outils de digitalisation

En effet, et les codes informatiques qui ont conduit à cet outil de simulation prospectif m’ont fait avancer dans ma deuxième mission chez EcoTree qui est de faciliter la digitalisation des outils des forestiers.
A ce jour, les Business Plan des forestiers sont faits sur des fichiers Excel avant d’être intégrés sur le back office administratif du site Internet, afin que l’équipe des commerciaux sache combien d’arbres peuvent êtres financés par les entreprises ou les clients particuliers. 
Mais je suis en train de développer un outil numérique qui rendra cette démarche beaucoup plus simple et plus transparente. C’est un long travail que j’inclus dans la digitalisation globale d’un certain nombre de processus, qui doivent nous permettre de mettre en adéquation ce que nous avons prévu et ce qui se passe réellement.

Ces questions sont complexes. Comment faire pour engager le grand public dans notre démarche de gestion sylvicole ?

A.D.G : Nous avons acheté un “sap flow” que nous plaçons autour d’un arbre pour enregistrer la montée et la descente de sève dans l’arbre, afin de savoir en temps réel ce qui se passe à l’intérieur. Est-ce que les fortes chaleurs empêchent la sève de monter ? Quels processus se passent à l’intérieur et quand ? Cela va permettre de répondre à de nombreuses questions qui passionnent notre communauté et tous les amoureux des forêts. A terme, nous pourrons tout connaître sur l’arbre directement depuis le site internet d’EcoTree, un peu suivant le schéma des caméras que l’on dépose en forêt et qui photographient les animaux de passage.