21 oct. 2026
ESN et CSRD : ce que vos clients grands comptes attendent déjà de vous
Charte fournisseur, EcoVadis, scope 3 : ce que les grands comptes exigent des ESN après l’Omnibus, et comment y répondre avec des preuves vérifiables.

Le numérique pèse désormais 4,4 % de l'empreinte carbone française. Même sorties du champ de la CSRD avec l'Omnibus, les ESN reçoivent les exigences de leurs donneurs d'ordre : voici ce qu'ils demandent, et comment y répondre avec des preuves vérifiables.
En 2022, le numérique représentait 4,4 % de l'empreinte carbone de la France, soit 29,5 millions de tonnes équivalent CO2, un peu moins que l'ensemble des poids lourds. C'est le résultat de la mise à jour de l'étude ADEME-Arcep, qui retenait 2,5 % dans son estimation précédente (données 2020), avec un périmètre plus restreint. La fabrication des équipements concentre environ 60 % de cette empreinte ; les terminaux en représentent la moitié et les centres de données 46 %. Et l'ADEME prévient que ces données ne reflètent pas encore la montée en puissance de l'IA générative.
Pour une entreprise de services numériques, ces chiffres ne restent pas abstraits. Ils remontent, ligne par ligne, dans le bilan carbone de ses clients : chaque prestation, chaque serveur hébergé, chaque consultant en déplacement entre dans le scope 3 du donneur d'ordre. Et ce donneur d'ordre doit désormais le documenter.
L'Omnibus a réduit le champ de la CSRD, pas les exigences de vos clients
Depuis le 18 mars 2026, la directive Omnibus (UE 2026/470) limite la CSRD aux entreprises qui dépassent à la fois 1000 salariés et 450 M€ de chiffre d'affaires. Environ 80 % des entreprises initialement visées sortent du champ. La transposition française est attendue au plus tard le 19 mars 2027, et la deuxième vague d'entreprises publiera en 2028 sur l'exercice 2027.
Les grandes ESN restent concernées directement. La majorité des sociétés de services numériques de taille intermédiaire, en revanche, n'ont plus d'obligation de reporting propre. Mais leurs clients, eux, n'ont pas changé : banques, assureurs, industriels, opérateurs publics restent dans le champ et doivent publier leurs émissions de scope 3 significatives, en particulier la catégorie 1 (achats de biens et services), qui inclut les prestations informatiques.
Pour obtenir ces données, un grand groupe n'a qu'un levier vraiment efficace : reporter l'exigence sur ses fournisseurs. C'est ce mouvement que nous observons chez nos clients grands comptes depuis 2025, et il s'accélère.
Ce que contiennent aujourd'hui les questionnaires fournisseurs
L'exigence arrive sous quatre formes, souvent combinées :
- Une charte fournisseur ou un code d'achats responsables, à signer pour entrer ou rester dans le panel.
- Un questionnaire RSE intégré au dossier d'appel d'offres.
- Une évaluation par un tiers (EcoVadis ou équivalent), dont le score conditionne le maintien de la relation commerciale.
- Une clause contractuelle imposant un reporting annuel d'indicateurs environnementaux.
Le point commun : les questions ne portent plus sur « votre politique environnementale », mais sur des chiffres, des certifications et des engagements datés. Trois exigences reviennent presque systématiquement.
Exigence | Ce qu'elle implique pour une ESN |
|---|---|
Bilan carbone actualisé | Scopes 1 et 2, et de plus en plus scope 3 (équipements, hébergement, déplacements), sur une méthode reconnue (Bilan Carbone®, GHG Protocol) |
Action environnementale vérifiée | Un engagement audité par un tiers indépendant, pas une déclaration d'intention |
Indicateurs suivis dans le temps | Des données mises à jour chaque année, que le client peut reprendre dans son propre rapport de durabilité |
💡 Quand le donneur d'ordre fixe la règle. En 2023, Carrefour Belgique a demandé à ses 100 principaux fournisseurs d'adopter des objectifs de réduction alignés sur une trajectoire 1,5 °C, sous peine d'être retirés de sa liste de fournisseurs privilégiés d'ici à 2026. L'exemple vient de la distribution, mais le mécanisme est le même dans les achats informatiques : ce sont les grands clients qui décident, et les délais sont courts.
Nous avons détaillé ces attentes dans notre article sur la CSRD et la chaîne de fournisseurs.
Réduire d'abord : les leviers propres à une ESN
Aucun questionnaire sérieux ne se satisfait d'une contribution carbone qui viendrait remplacer la réduction. Pour une ESN, les postes à traiter en priorité sont connus :
- Les équipements. Puisque la fabrication pèse environ 60 % de l'empreinte du numérique, allonger la durée de vie des postes et des smartphones, recourir au reconditionné et limiter le renouvellement systématique sont souvent les gestes les plus efficaces.
- L'hébergement. Choix des centres de données, taux d'utilisation des serveurs, sobriété des architectures proposées aux clients : c'est aussi un argument commercial.
- Les déplacements. Les missions chez les clients (scope 3, catégorie 6) et les trajets domicile-travail (catégorie 7) représentent un poste visible, que vos clients regardent de près puisqu'ils l'ont eux-mêmes dans leur bilan.
- Les achats. Logiciels, sous-traitance, prestations : la même logique fournisseur que vos clients appliquent, vous pouvez l'appliquer à vos propres achats.
Le point de départ reste un bilan carbone complet, qui permet de hiérarchiser ces postes et de fixer une trajectoire chiffrée.
Traiter les émissions résiduelles et documenter un engagement durable
Une fois les émissions mesurées et réduites, il reste une part incompressible à court terme. C'est là que nous intervenons, avec deux types de preuves adaptées à des questions différentes.
Crédits carbone certifiés | Propriété d'arbres | |
|---|---|---|
Question à laquelle ils répondent | « Comment traitez-vous vos émissions résiduelles ? » | « Quel engagement environnemental durable avez-vous pris ? » |
Cadre de vérification | Label Bas Carbone (référentiel public du ministère de la Transition écologique, créé en 2018) ou Bureau Veritas | Gestion selon le référentiel PRO SILVA, traçabilité arbre par arbre, entreprise certifiée B Corp |
Ce que vous recevez | Certificat nominatif par tonne de CO2 séquestrée | Un actif nommé, localisé et suivi dans la durée |
Usage dans un questionnaire | Preuve auditée par un tiers, intégrable dans un reporting ou une réponse EcoVadis | Engagement de long terme, au-delà du seul carbone |
Dans les deux cas, nous fournissons des indicateurs prêts à l'emploi : tonnes de CO2 séquestrées, surfaces suivies, rapport de biodiversité annuel. Les crédits sont émis une fois la séquestration vérifiée, ce qui évite de vendre une promesse.
💡 À quoi ressemble une donnée défendable. En Corrèze, dans la forêt de Lacelle, nous avons reboisé en mars 2026 une friche de 18 hectares laissée à l'abandon depuis 2013, avec environ 30 000 plants de 10 essences. Trois mois plus tard, une visite de contrôle a documenté le taux de reprise essence par essence, y compris les points de vigilance sur le Douglas et le Séquoia. C'est ce niveau de détail, et non un chiffre agrégé, qui permet à un acheteur ou à un auditeur de vérifier ce que vous déclarez. Le suivi complet est présenté dans notre article sur la forêt de Lacelle.
Communiquer sans s'exposer
La directive européenne EmpCo (UE 2024/825), dont l'application était fixée au 27 septembre 2026, interdit d'affirmer qu'un produit ou un service a un impact neutre, réduit ou positif sur la base d'une compensation. La France l'a désormais transposée, et la DGCCRF sanctionne les pratiques commerciales trompeuses au titre du droit français, et le cadre sur les allégations de neutralité carbone existe depuis 2023 (loi Climat et Résilience).
Pour une ESN qui répond à des appels d'offres, l'enjeu est double : ne pas exposer l'entreprise, et ne pas exposer le client qui reprendrait vos formulations dans son propre rapport.
À éviter | À privilégier |
|---|---|
« Nos prestations sont neutres en carbone » | « Nous avons mesuré et réduit nos émissions, et contribuons à des projets certifiés Label Bas Carbone pour nos émissions résiduelles » |
« Hébergement zéro carbone » | « Hébergement dans des centres de données dont nous publions la consommation et l'intensité carbone » |
« Nous compensons nos émissions » | « Nous finançons la séquestration de X tonnes de CO2 dans des forêts françaises » |
Nous revenons sur ces règles dans notre article consacré à EmpCo et aux allégations forêt et biodiversité.
Le secteur tech s'y est déjà mis
Les acteurs du numérique ne se contentent pas de répondre aux questionnaires : certains en font un sujet de relation client. Chez Acer, la démarche menée avec EcoTree associe directement les clients. « Notre démarche permet d'associer nos clients engagés qui peuvent parrainer un arbre et suivre le projet sur le long terme », explique Karim Ouahioune, directeur marketing et communication d'Acer.
Ce type d'engagement a un avantage que les crédits seuls n'ont pas : il se voit, se raconte et se suit dans le temps, ce qui compte autant face à un acheteur que face à des candidats.
Disposer des données avant que le questionnaire n'arrive
Une ESN qui découvre la charte fournisseur quelques semaines avant un renouvellement de contrat doit justifier un engagement qui n'a que quelques semaines d'existence. Celle qui a construit sa démarche en amont dispose de données consolidées, datées et vérifiables, et transforme une contrainte d'achat en argument commercial face à des concurrents qui n'ont encore rien formalisé.
Nous accompagnons plus de 4 000 entreprises partenaires dans leur stratégie de décarbonation, de la sélection des projets jusqu'aux indicateurs de reporting. Si vous préparez une réponse EcoVadis, un appel d'offres grand compte ou le renouvellement d'un référencement, c'est le bon moment pour en parler.
Contactez notre équipe pour construire un engagement documenté, adapté à votre activité et aux attentes de vos clients.
