Les graines semées par Pierre Rabhi

Pierre Rabhi, qui est considéré comme l'un des précurseurs de l'agroécologie, nous a quittés, mais son engagement demeure un modèle.

Pierre-François Dumont Saint Priest

Directeur Général Délégué
Les graines semées par Pierre Rabhi
© Le Dauphiné libéré / Claude Fougeirol

Considéré comme l’un des pionniers de l’agroécologie et du retour à la terre, de nouveaux rapports avec le vivant fondés sur le respect, l’observation et la sobriété heureuse, Pierre Rabhi s’est éteint. Mais les braises qu’il a contribué à raviver sont toujours vives et doivent nous permettre de poursuivre le travail qu’il a entamé.

Ce qu'EcoTree doit à Pierre Rabhi

Sans l’esprit précurseur qu’était Pierre Rabhi, aurions-nous su articuler un projet entrepreneurial qui permette au plus grand nombre de contribuer à raviver les braises du vivant, selon la belle expression de Baptiste Morizot ? Aurions-nous, à notre tour, été touchés par cet élan communicatif ? Aurions-nous su imiter son geste de petit colibri pour participer à notre mesure au nécessaire projet de revivification du monde ?
Car, c’est bien de cela qu’il est question dans l’entreprise EcoTree : impulser un élan et entraîner dans notre mouvement le plus grand nombre d’entre vous, particuliers ou entreprises. Et l’objectif de ce mouvement est de ne plus chercher à appréhender la nature uniquement dans une logique productiviste qui ne se soucie pas de bien la traiter, afin d’entrer désormais en collaboration avec elle. Cueillir du monde vivant les fruits que nous avons contribué à lui faire donner, tel est notre mantra. Ceux-ci seront de bonne qualité et en quantité généreuse si notre travail l’est d’abord. 

Pierre Rabhi : l’écologie par l’exemple

Pierre Rabhi n’aura pas attendu que l’agroécologie soit en vogue pour s’y mettre. Il en est d’ailleurs le précurseur, humble et discret. Parti s’installer en Ardèche avant que ce soit la mode du retour à la terre, il aura pratiqué pendant des décennies cette “agriculture du pauvre” qui est l’un des fers de lance de la sobriété heureuse dont il se fit par la suite le promoteur. L’autre fer de lance de cette vie frugale mais réussie est le respect du monde vivant. 
Dans le silence de sa ferme nichée au sommet d’une montagne ardéchoise, il a travaillé la terre pendant une quinzaine d’années avant qu’elle ne suffise à faire vivre sa famille. C’est une leçon de patience que son exemple nous donne, à nous qui sommes forestiers et soucieux de cueillir les fruits que nous donne la nature sans la brusquer. En matière de foresterie, le temps est même plus long, avant de recevoir les fruits de son labeur, mais cela nous enseigne qu’il ne sert à rien de vouloir hâter un temps qui ne nous appartient pas, et qu’il est plus intelligent de chercher à édifier sur le temps long et sur du solide qu’en maltraitant le vivant et en cherchant à forcer sa nature. Les fruits que Pierre Rabhi a récoltés sont nombreux, les graines qu’il a semées plus nombreuses encore. 

Vers une insurrection des consciences

La disparition de Pierre Rabhi ne doit pas nous faire oublier cette “insurrection des consciences” à laquelle il appelait. Au contraire, il faut désormais propager les belles choses qu’il nous a apprises. Contrairement à ce qu’il a pu être dit ou écrit ici ou là, le message du “colibri” n’est pas dépassé, il est toujours aussi actuel et précurseur et l’engagement écologique est toujours d’abord individuel avant que d’être étatique, législatif ou ancré dans un mouvement aux règles bien établies. 
Nous ne pouvons pas attendre que le monde change, c’est à nous de le changer, chacun à notre place, en menant notre tâche de petit colibri. Changer le monde, c’est-à-dire changer notre rapport au monde vivant qui est nôtre sans que nous en soyons le maître. C’est-à-dire reconsidérer notre rapport au vivant non pas pour le changer lui mais pour modifier les structures de notre société humaine lorsque son action sur le monde vivant est néfaste. L’insurrection des consciences, c’est refuser d’accepter le monde tel qu’il nous est donné comme parfait et inquestionnable. Nous constatons régulièrement les dégâts que nos modes de vie causent au monde vivant. 
Et si nous décidions de modifier dans notre vie quotidienne ces petites habitudes qui ne vont pas, et qui nous font du mal autant qu’à la vie qui nous englobe, nous oxygène et nous nourrit ? Et si nous contribuions à réparer les dégâts que nous lui avons causés, individuellement mais tous ensemble ?