La compensation carbone est une illusion

La compensation carbone est une illusion

La compensation carbone peut être dangereuse, en ce qu’elle donne l’illusion du devoir accompli, alors qu’elle ne fait que cacher le vrai problème. Non seulement le prix moyen de la tonne équivalent CO2 est bien trop bas pour inciter les entreprises à moins polluer, mais l’impact de la compensation volontaire est presque nul. Et si la bonne solution était d’adopter une vision globale des choses : contribuer à améliorer l’environnement, tout en réduisant nos émissions de CO2.

La compensation pose problème à l’origine

C’est dans sa conception même que le principe de compensation carbone est remis en cause. Par nature, il revient à déléguer à autrui la responsabilité du changement de comportement. Compenser ses émissions de CO2 en achetant des crédits carbone, c’est dire que l’écologie et l’environnement ne nous concernent pas, mais que d’autres en font leur affaire. L’universitaire Augustin Fragnière, qui est docteur en sciences de l’environnement et a publié une analyse approfondie de cette question explique que “déléguer la résolution des problèmes est devenu pour les pays développés un réflexe conditionné, en même temps qu’une forme de déni de la réalité”.
En définitive, il est moins difficile de compenser ses émissions de CO2 en investissant un peu d’argent dans un projet de reforestation en Afrique, par exemple, que de changer son comportement, dans le but d’émettre moins de Gaz à Effet de Serre (GES). Il va jusqu’à soutenir que les mots de “compensation” et de “neutralité carbone” ne devraient plus être utilisés, car trop trompeurs.

Que compense-t-on ?

Nos émissions de GES sont certaines. Mais qu’en est-il de leur “compensation” ? Est-on jamais sûr que le carbone émis aujourd’hui sera absorbé aujourd’hui, ou même demain ? Peut-on certifier qu’en plantant un arbre par tonne de CO2 émise, la quantité de CO2 sera conservée assez longtemps pour que l’impact carbone soit neutre ? La neutralité carbone repose ainsi sur une simplification scientifique qui suppose une équivalence absolue entre ce qu’émettent nos activités et la réduction de ces émissions par un projet d’absorption du carbone.
Le danger est donc que la compensation carbone soit perçue comme un droit à polluer, qui ne nous aidera pas à parvenir à la neutralité voulue par l’accord de Paris lors de la COP 21.
La Banque mondiale estime qu’il faudrait que la tonne de carbone coûte entre 40 et 80 dollars, afin de pousser les entreprises à réduire leurs émissions plutôt qu’à les compenser, ce qui permettrait de limiter la hausse des températures à 1,5°C d’ici à 2100. Or, aujourd’hui, la tonne de carbone s’échange à moins de 20 dollars. Ainsi les “gros pollueurs” ont-ils plus intérêt à continuer d’émettre des GES et à financer des projets qui ne coûtent pas très cher que de changer radicalement. Il faut également savoir qu’en 2018, moins de 0,2% des émissions ont été volontairement compensées.

Réduire ses émissions et contribuer à l’écologie

Il y a quelques mois, une tribune publiée dans le Monde, écrite par Renaud Bettin et César Dugast et signée par une cinquantaine de chercheurs et de personnalités reconnues pour leur implication en faveur de l’écologie, dont Yann Arthus Bertrand, Stéphane Le Foll, Arnaud Montebourg…, invitait les acteurs entrepreneuriaux à ne plus se contenter de compenser les émissions de CO2, mais à contribuer directement à leur diminution.
Appelant à un changement radical de paradigme pour passer d’actes isolés à une dynamique collective, ils dégageaient trois axes d’action.

Le premier est de “remettre au centre du jeu, et en toute transparence, l’exigence de réduction des émissions à la source.
Le deuxième, d’encourager les entreprises à devenir “d’actives contributrices (et non plus compensatrices) à la baisse des émissions mondiales sur le long terme.
Le troisième, “que chacune de ces entreprises endosse une part de l’immense effort de conservation et de développement des puits de carbone.

Nous voyons clairement vers quelle évolution il faut tendre. Ne plus se contenter de continuer à émettre des GES en achetant des crédits carbone qui donnent bonne conscience, mais réduire drastiquement ses émissions de GES, chacun à sa hauteur. Dans un deuxième temps, contribuer au développement d’une agro-foresterie qui émette le moins de carbone possible et en séquestre le plus possible.
Restaurer des zones humides, préserver les forêts existantes, reboiser les terres dégradées et favoriser le développement d’une riche biodiversité. C’est sur ces axes que nous pouvons jouer pour endiguer le réchauffement climatique et préserver l’avenir de nos enfants.
Nous avons une grande responsabilité devant l’Histoire, et acheter des crédits carbone ne suffira pas à nous absoudre de notre contribution au changement climatique.

 

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