17 juin 2026

Crédits nature : ce que les entreprises doivent savoir avant 2027

Alors que 2027 arrive à grands pas, il est urgent de se préparer aux nouvelles réglementations sur les crédits nature qui arrivent.

Crédits nature : ce que les entreprises doivent savoir avant 2027
Zone naturelle en cours de restauration en Bretagne

Un nouveau marché de financement de la biodiversité est en train de prendre forme en Europe. Voici l'état des lieux rigoureux d'un mécanisme qui concerne déjà les entreprises françaises et qui redéfinira, dans les prochaines années, les stratégies de contribution volontaire à la nature.

La Commission européenne a posé la première pierre le 7 juillet 2025 : une feuille de route officielle pour structurer un marché de crédits nature à l'échelle de l'Union européenne. Pour les responsables RSE et les directions générales qui suivent de près les évolutions réglementaires, le signal est clair. Ce marché ne relève plus du domaine spéculatif. Il est en cours de construction avec un calendrier, des institutions et, déjà, une expérience française pionnière sur laquelle l'Europe entend s'appuyer.

La question n'est donc plus "est-ce que les crédits nature vont exister ?" mais bien "comment s'y préparer ?".

Qu'est-ce qu'un crédit nature ?

Le principe s'inspire de celui des crédits carbone, dont les entreprises françaises ont progressivement intégré la logique depuis l'essor du Label Bas-Carbone en 2018. Un crédit nature certifie un bénéfice mesurable pour la biodiversité : restauration d'une zone humide, densification d'un corridor écologique, renaturation d'une friche, gestion conservatoire d'une forêt. Ces bénéfices sont vérifiés par des organismes indépendants, puis convertis en unités — les "crédits" — que des entreprises ou investisseurs peuvent acquérir pour soutenir financièrement ces actions.

La distinction essentielle avec les crédits carbone tient à l'objet certifié : là où les crédits carbone mesurent des tonnes de CO₂ équivalent évitées ou séquestrées, les crédits nature cherchent à quantifier des gains pour les écosystèmes : biodiversité, résilience, services rendus par la nature. Une ambition plus complexe à mesurer, ce qui explique précisément pourquoi le cadre méthodologique est encore en cours d'élaboration.Différences entre crédits nature et crédits carbone

Le calendrier européen : trois étapes d'ici à 2027

La feuille de route présentée par la Commission européenne le 7 juillet 2025 prévoit un programme de travail structuré en trois phases :

  1. Fin 2025 : constitution d'un groupe d'experts chargé d'établir les critères et méthodes applicables à la certification des crédits nature.
  2. Mi-2026 : présentation des premières méthodologies et d'un premier bilan du dispositif.
  3. 2027 : propositions sur les cadres de gouvernance possibles pour la mise en œuvre du marché, assorties d'un projet pilote s'appuyant sur des initiatives internationales de référence, notamment la Biodiversity Credits Alliance et le Panel consultatif international sur les crédits biodiversité (IAPB).

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a résumé l'ambition lors de la présentation : "Nous devons intégrer la nature au bilan." Une formule volontairement proche du langage financier, et qui s'adresse directement aux entreprises.

L'enjeu sous-jacent est considérable. En juin 2025, la Commission évaluait à 38,6 milliards d'euros le déficit d'investissements nécessaires pour atteindre les objectifs européens de biodiversité. Les financements publics seuls ne permettront pas de combler ce fossé. Les crédits nature visent précisément à mobiliser des capitaux privés vers des projets de restauration et de protection des écosystèmes.

La France, précurseur du dispositif

Si l'Europe travaille encore sur les contours de son futur marché, la France a plusieurs longueurs d'avance. Le dispositif des "France Crédits Biodiversité", ainsi rebaptisé en mai 2026, après avoir été connu sous le nom de Sites naturels de compensation, de restauration et de renaturation (SNCRR), est opérationnel depuis novembre 2024. Il a été créé par la loi Industrie verte du 23 octobre 2023.

Il s'agit à ce jour du premier dispositif national de crédits biodiversité en Europe. Son principe : des sites agréés par l'État mènent des opérations de restauration écologique mesurées et certifiées, et émettent des crédits biodiversité que les entreprises peuvent acquérir pour couvrir leurs obligations réglementaires de compensation ou pour alimenter leurs engagements volontaires.

Début 2026, le dynamisme du dispositif s'accélère : la CDC Biodiversité s'est engagée à déposer six nouvelles demandes d'agrément avant mars 2027, tandis que l'ONF, le Conservatoire du Littoral, Haropa Port et le Grand Port maritime de Marseille ont chacun annoncé leur première demande d'agrément dans l'année. Plus de 40 projets seraient en phase d'émergence sur l'ensemble du territoire.

Le ministère de la Transition écologique a d'ailleurs présenté ce modèle comme une contribution directe aux réflexions de la Commission européenne : la France est citée en exemple par les institutions européennes comme laboratoire d'un dispositif qui pourrait servir de référence au futur cadre commun.

Nature restaurée

Ce que cela signifie concrètement pour les entreprises

Aujourd'hui, les entreprises peuvent déjà acheter des crédits issus des France Crédits Biodiversité dans deux cas de figure :

  • La contribution volontaire : une entreprise souhaitant afficher un engagement crédible en faveur de la biodiversité dans le cadre de sa stratégie RSE ou de son rapport CSRD peut acquérir des crédits pour financer des opérations de restauration écologique sur des sites agréés par l'État.
  • La compensation obligatoire : dans certains cas réglementaires (projets d'aménagement soumis à la séquence Éviter-Réduire-Compenser), les crédits biodiversité peuvent répondre à des obligations légales.

La distinction entre les deux usages (contribution volontaire et compensation réglementaire) est importante. Le groupe de travail du ministère recommande de la clarifier explicitement afin d'éviter toute confusion et de garantir l'intégrité environnementale du dispositif.

À retenir pour les responsables RSE : les crédits nature ne remplacent pas une stratégie de réduction des impacts sur la biodiversité. Le Comité européen des régions, dans son avis d'octobre 2025, a rappelé que ces instruments "ne peuvent que compléter — et jamais remplacer — des financements publics ambitieux et une réglementation contraignante". Les crédits nature sont un outil de financement de la restauration, pas un mécanisme de neutralisation des impacts.

Pourquoi anticiper maintenant ?

Le marché est encore petit (environ 5 millions de dollars de transactions cumulées entre 2022 et 2026 à l'échelle mondiale, selon les données présentées lors d'un événement de la Banque européenne d'investissement en avril 2026). Mais la dynamique réglementaire européenne, combinée aux engagements pris dans le cadre du règlement sur la restauration de la nature (qui impose aux États membres de restaurer 90 % des milieux dégradés d'ici à 2050), va mécaniquement faire croître la demande.

Pour les entreprises qui souhaitent anticiper, trois raisons de se positionner dès aujourd'hui :

  1. La crédibilité de la démarche : s'engager sur des crédits biodiversité agréés par l'État français, avant que le marché ne soit saturé ni banalisé, confère une valeur de signal fort vis-à-vis des parties prenantes.
  2. L'alignement réglementaire : les méthodologies en cours d'élaboration au niveau européen seront vraisemblablement alignées sur les dispositifs nationaux pionniers comme le dispositif France Crédits Biodiversité. S'y familiariser maintenant, c'est réduire les frictions à venir.
  3. La complémentarité avec le carbone : les projets forestiers labellisés Label Bas-Carbone génèrent déjà des co-bénéfices biodiversité mesurables. Dans le cadre du CRCF européen (Carbon Removal Certification Framework), des méthodologies intégrant explicitement les bénéfices biodiversité à l'agriculture du carbone sont attendues pour 2026. La forêt se positionne ainsi comme un actif double : carbone et nature.

EcoTree suit le dossier de près

En tant qu'opérateur forestier engagé dans la gestion durable des forêts et le développement de projets Label Bas-Carbone en France, EcoTree suit l'évolution des crédits nature avec une attention particulière. Nos forêts gérées en mélange d'essences, nos actions en faveur de la biodiversité, et notre expérience dans la certification carbone nous placent en position naturelle pour accompagner les entreprises dans leurs futures stratégies de contribution à la nature.

Les contours du marché européen des crédits nature se dessinent. Nous vous tiendrons informés à chaque étape.

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