Quels sont les animaux forestiers menacés de disparition ?

En France, nombreuses sont les espèces animales à avoir rejoint la liste rouge de l'UICN. Voici un inventaire de quelques espèces forestières en danger.

Suzanne Sinniger

Chargée de communication
Quels sont les animaux forestiers menacés de disparition ?

Nous savons combien la vie sur Terre serait impossible sans les forêts. Non seulement parce qu’elles sont, avec les océans, le deuxième poumon de notre planète, mais aussi parce que nombre d’espèces leur sont inféodées. Or, à mesure que la déforestation progresse, sous l’effet du réchauffement climatique dont elle accélère tout en même temps le processus, de nombreuses espèces disparaissent ou sont menacées d’extinction. Dans le monde, la déforestation a déjà causé la disparition de 58% des espèces de vertébrés en 40 ans et fait disparaître environ 13 millions d’hectares de bois chaque année. Mais intéressons-nous ici aux espèces forestières menacées d’extinction en France.

Tourterelle des bois : un déclin fulgurant

Le déclin des populations de Tourterelle des bois en Europe est fulgurant. Columba turtur est le columbidé le plus svelte et le plus élancé d’Europe. Se nourrissant essentiellement de petites graines de blé, d’orge ou de tournesol, ainsi que de graines de pin et de plantes adventices, elle se cache dans la végétation et n’est remarquable, le plus souvent, qu’à son doux roucoulement. 
Timide et craintif, cet animal des haies et des broussailles souffre de la destruction de son habitat, mais aussi de la chasse et du braconnage. On considère que l’espèce perd 1 à 2% de sa population chaque année, en France. 

Lynx boréal : menace sur le plus grand des félins européens

Lynx lynx se réfugie essentiellement dans les forêts qui lui sont un milieu propice. S’il a disparu des plaines françaises au Moyen Age, puis des principaux massifs montagneux au XIXe siècle, à cause de la déforestation massive, de la chasse et de la raréfaction de ses proies qui se composent principalement d’ongulés sauvages, il a réapparu naturellement dans les Alpes et le Jura à la suite de réintroductions en Suisse au cours des années 1970. 
Le félin a, par la suite, été réintroduit dans les Vosges au début des années 1980. Mais comme son domaine vital est très étendu (jusqu’à 300 km²), il a le plus grand mal à se répandre à cause de la forte fragmentation des espaces forestiers. On ne compte aujourd’hui pas plus de 150 individus adultes, et la population n’augmente guère car les couples peinent à se croiser et que le braconnage allié aux accidents de la route ne favorise pas son expansion. 

La Grande noctule : la plus grand espèce de chauve-souris en danger

Nyctalus lasiopterus est la plus grande représentante des chiroptères européens. Peuplant la moitié sud de la France, elle se fait rare. Sa population réelle est toutefois difficile à évaluer. Cette chauve-souris est la seule en Europe à avoir la capacité d’attraper et de manger en vol des oiseaux. 
Elle vit dans les arbres creux, c’est pourquoi il est essentiel de conserver dans nos forêts de vieux arbres qui peuvent lui procurer un gîte. La suppression systématique des arbres malades, morts ou dépérissants dans certaines pratiques sylvicoles est l’une des principales causes de sa disparition.

La loutre d’Europe : danger au pays des mustélidés

Lutra lutra était largement répandue en France jusqu’au XIXe siècle. Mais la Loutre d’Europe est en pleine régression, ayant disparu des trois-quarts de son aire de répartition depuis le début du XXe siècle. Elle est aujourd’hui sur la liste rouge de l’UICN, seulement dans la catégorie préoccupation mineure, grâce à la mise en place d’une protection légale de l’espèce qui lui a permis de réoccuper spontanément les cours d’eau qui sont son habitat naturel dans une grande partie des régions de la moitié sud de la France. 
C’est ainsi une avancée par rapport à sa quasi disparition au début des années 70 au cours desquelles elle n’était plus présente que sur la façade atlantique et dans le Massif central. 

L’Ours brun : danger critique d’extinction

Ursus arctos a été placé sur le dernier palier avant la disparition par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ce qui en fait une espèce en danger critique d’extinction. Cette espèce, qui peuplait jadis toute l’Europe et même l’Afrique du Nord, a été si largement pourchassée qu’elle aurait bel et bien disparu de notre pays sans les réintroductions d’ours capturés en Slovénie. 
Aux alentours de l’an mil, toutes les forêts de montagne françaises abritaient des ours bruns, mais la chasse, le développement du pastoralisme et l’exploitation des forêts les ont si bien fait reculer qu’au XIXe siècle seuls quatorze départements montagnards français en comptaient encore. En 1995, il ne demeurait que cinq ours en France, dans le massif des Pyrénées. On estime aujourd’hui la population à une quarantaine d’individus, après plusieurs réintroductions. 

Cerf élaphe de Corse : à la reconquête du territoire perdu

L’extinction des espèces d’animaux sauvages a heureusement des limites et certaines parviennent à reprendre possession de leur territoire. C’est le cas du cerf élaphe de Corse cervus elaphus corsicanus, encore appelé cerf rouge de Corse ou cerf sarde. Cette sous-espèce du cerf élaphe a été pour la première fois observé en Corse, d’où son nom, mais il vit également en Sardaigne d’où il se pourrait qu’il ait été introduit au cours du Néolithique. 
Plus petit et léger que le cerf que nous observons sur le continent, il s’est sans doute adapté à la végétation plus pauvre de l’habitat méditerranéen. 
Ayant totalement disparu à la fin des années 1960 à cause du braconnage, il a été réintroduit sur l'Île de Beauté entre 1985 et 1988. La population serait d’environ 800 individus aujourd’hui, mais elle demeure menacée par les incendies de forêt et le braconnage. 
Protéger nos forêts, c’est aussi protéger les espèces animales et végétales qui y habitent.