10 janv. 2023

Noisetier : quelles sont ses caractéristiques ?

Le noisetier, aussi appelé coudrier, est un arbuste aux propriétés très diverses et intéressantes, que les forestiers plantent pour enrichir la biodiversité.

Vianney Renard
Vianney RenardDirecteur Forêt
Noisetier : quelles sont ses caractéristiques ?

Le noisetier, que l’on appelle aussi communément coudrier, est un arbuste dont les fruits comestibles sont pleins de vertus et dont la présence favorise la biodiversité. Cette essence robuste, que l’on trouve dans presque toute l’Europe et une partie de l’Asie, apprécie les emplacements ensoleillés mais se satisfait aussi d’une exposition mi-ombre. L’une des premières à fleurir dès l’hiver, comme l’amandier, elle annonce le retour du printemps. Son bois a, par ailleurs, toujours été paré de vertus magiques bénéfiques.

Comment reconnaître un noisetier ?

Corylus, dont il existe de nombreuses variétés, est un arbuste de la famille des Bétulacées. Il partage d’ailleurs avec le bouleau son cousin une bonne capacité de colonisation du sol à la suite d’une éclaircie, d’une coupe rase, de l’ouverture d’une clairière ou d’un chablis. C’est ainsi un arbuste de lisière et de sous-bois très recommandé dans la formation de lisières graduées en forêt. Il partage également avec le bouleau la forme des feuilles ovales et fortement nervurées, bien que celles du bouleau soient plus pointues. De même, les chatons mâles de l’un et de l’autre se ressemblent, qui pendent en grappes de couleur blanc cassé. 
Le noisetier dépasse rarement 3 mètres de haut et pousse assez naturellement en cépée. Il rejette de souche lorsqu’on le coupe. Son feuillage est caduc et ses fleurs sont mâles ou femelles. La femelle se reconnaît assez aisément à la houpette rouge qui la coiffe, par-dessus le bourgeon. C’est par là qu’elle capture les grains de pollen libérés par les fleurs mâles, ces fameux chatons longs de 2 à 8 cm, qui poussent en grappes de 2 à 5 et sont formés de plusieurs centaines de fleurs minuscules. 
Normalement, les fleurs femelles ne se laissent pas féconder par les fleurs mâles d’un même arbre, ce qui favorise la fécondation croisée. Il a toutefois été observé que, dans certaines régions où le noisetier était isolé, il pouvait arriver à la fleur femelle de se laisser polliniser par le pollen mâle de la même cépée, afin de produire des fruits : les noisettes. 

La noisette, délicieux fruit du coudrier

En effet, sans pollinisation, point de fruit : cette délicieuse noisette aux innombrables vertus, que l’on cultive depuis longtemps. Fort heureusement, l’arbrisseau a plus d’un tour dans son sac et sait, pour se reproduire, se faire aimer de certains comme l’écureuil roux, qui cache des fruits un peu partout, sans savoir (ou peut-être le sait-il) qu’il sème ainsi de futurs noisetiers. Le coudrier (qui est l’autre nom du noisetier) sait encore se reproduire par dispersion de rongeurs plus petits : campagnols, mulots, ou en volant dans le bec du pic épeiche ou de la sittelle torchepot. Mais également par drageon ou marcottage (il s’agit de tiges adventices issues d’une racine nue), ainsi que par rejet de souche. 
La noisette, dont la Turquie s’est fait une spécialité de la culture, en exportant près des trois quarts de la production mondiale, est un petit fruit que l’on mange sec, aux propriétés fort intéressantes. D’où le fait que de multiples variétés de noisetier aient été sélectionnées, dont presque toutes dérivent de Corylus avellana, qui est en quelque sorte le noisetier commun. Corylus maxima purpurea, aussi appelé noisetier de Lambert, est ainsi essentiellement planté comme variété ornementale car la cupule de la noisette prend une belle teinte rose rouge. 
Le noisetier de Byzance, quant à lui, commence à être planté dans les forêts pour sa capacité à s’adapter aux changements climatiques et parce que les forestiers le jugent capable d’être cultivé en futaie où il donnerait du bois d'œuvre. 
Quant aux noisettes comestibles, elles sont généralement consommées comme fruits secs et considérées comme les fruits les plus nutritifs parmi les oléagineux. Riches en protides, lipides et sels minéraux, elles donnent également une excellente huile et l’on en fait même du beurre. Elles sont très riches en Oméga 3, en vitamines E et B, en fibres, en cuivre, en fer, en magnésium et en phosphore. Certains y sont toutefois allergiques, ainsi qu’au pollen du noisetier.

A l’origine du noisetier, le coudrier ?

Aussi appelé coudrier, le noisetier porte le nom latin corylus qui signifie casque, par référence à la cupule, cette bractée membraneuse et frangée qui entoure le fruit. Toutefois, le gaulois le nommait déjà collos, le breton coll et l’indo-européen koslos. Ce qui a tout au moins l’intérêt de prouver combien cet arbuste est important pour les hommes depuis des milliers d’années. 
Il fut plus souvent appelé coudrier que noisetier, dans la langue littéraire et même populaire, jusqu’au XIXe siècle voire au début du XXe. Le nom noisetier dérive de la noix (nux en latin) et n’est attesté en français que depuis le XVIe siècle. Il est toutefois devenu plus courant d’appeler cet arbrisseau noisetier que coudrier, sans doute par une sorte de glissement métonymique qui rend plus logique d'appeler l’arbre dont on récolte les noisettes noisetier que coudrier. 

Usage et symbolique du noisetier

Si le noisetier est principalement cultivé aujourd’hui pour ses amandes, son bois a traditionnellement été employé en vannerie, en tonnellerie, ainsi que pour la fabrication de cannes, de fagots ou encore de manches d’outil. Son bois est rosâtre ou rose-brun, souple et moyennement dur et lourd. On l’utilise aussi pour les clôtures et en plessage, cette forme particulière de taille et de tressage de haies vives qui permet la création d’une clôture végétale. Ce genre de barrière vivante est réputée infranchissable. 
Par ailleurs, le coudrier est un arbre très intéressant pour l’enrichissement de la biodiversité. Il fleurit avec une telle précocité que l’on en a fait un dicton : “Quand arrive la Chandeleur (2 février) le coudrier est en fleurs”. Fleurissant si tôt, il offre de la nourriture aux abeilles et aux pollinisateurs sauvages avant même la fin de l’hiver. En quoi, c’est une espèce intéressante à planter dans les haies mellifères ou aux lisières des forêts, car, espèce post-pionnière, elle ne pousse jamais si bien que là où la végétation herbacée a d’abord colonisé un sol laissé à nu. 
Ses jeunes rameaux et ses feuilles sont nourrissants pour le bétail, si bien qu’il est également espèce fourragère. Enfin, les trufficulteurs sont loin de le dédaigner car ses racines peuvent vivre en symbiose avec la truffe, ce pour quoi il est le seul arbre fruitier à être capable. Il est ainsi possible d’acheter pour les planter des noisetiers truffiers. 
Et si cet arbre est symbole de vie, c’est aussi que la baguette de sourcier a toujours été une baguette de coudrier. Associé à la magie blanche, il se murmure même que c’est sur un balai de noisetier que s’envolent les sorcières.