17 févr. 2022

La biodiversité marine est une chaîne alimentaire menacée

Menacée par le changement climatique, la biodiversité marine abrite des réseaux trophiques mis à mal dès lors qu’un maillon de la chaîne est en danger.

Louise Bouchardy
Louise BouchardyChargée de projet biodiversité
La biodiversité marine est une chaîne alimentaire menacée
Morue de la mer baltique

Si l’on pouvait se douter que lorsqu’un élément naturel disparaît ou surabonde dans un écosystème, il affecte l’entièreté de la chaîne alimentaire, une étude scientifique l’a démontré. S’attachant à étudier la présence de la morue dans l’écosystème pélagique de la mer Baltique, un groupe de scientifiques a publié en 2008 le résultat de l’étude qui montre de quelle manière les changements climatiques conjugués à l’action humaine (surpêche) ont affecté la présence du hareng, de la morue et de différents planctons, ayant même un effet sur la reproduction de certains oiseaux.

Quand une espèce décroît, tout le réseau trophique est affecté

Le réseau trophique se définit comme “l’ensemble des relations alimentaires entre espèces au sein d'un écosystème, par lesquelles l'énergie et la matière circulent. Dans le milieu marin, les relations trophiques prennent la forme d’un réseau, souvent d’une très grande complexité.” (Milieu marin France). 
Ainsi, dans ce réseau, quand une espèce disparaît, décroît ou, au contraire, surabonde, tout l’écosystème en est affecté. En mer Baltique, à la suite d’une modification de la température et de la salinité de l'eau, la population de morues a diminué fortement depuis le début des années 1980 (ce qu’est venu renforcer la surpêche). La brutale chute de la biomasse de ce poisson piscivore a été suivie d’un accroissement conséquent de sa principale proie, le hareng, dont l’abondante population ne décroît guère depuis le début des années 90. Au cours de cette même période, la biomasse du zooplancton a tout d’abord cru avant de chuter au rythme de l’accroissement de la biomasse totale de hareng, tandis que le phytoplancton a connu une tendance inverse. S’il a fallu 3 à 5 années pour que la différence de population de ces deux poissons soit visiblement marquée, le changement affectant le zooplancton et la phytoplancton a été immédiat, suggérant une relation mutualiste indirecte entre un poisson piscivore et la présence du plancton, mettant en lumière l’évidence selon laquelle l’écosystème de la mer Batique était touché dans tout son réseau trophique. 

Quelle sont les causes de la raréfaction de la morue en mer Baltique ?

La chute brutale des populations de morue en mer Baltique est, selon toute probabilité, due à la forte pression exercée par la pêche, mais également à une trop faible salinité de l’eau et un apport conséquent d’une eau riche en oxygène en provenance de la mer du Nord, que l’on peut raisonnablement attribuer à la fonte d’une partie de la calotte glaciaire.
Par conséquent, les modifications de l’écosystème sont dues aux modifications climatiques et aux méthodes de pêche, deux facteurs dont l’Homme est en grande partie responsable.

Quand un maillon de la chaîne est affecté, toute la chaîne est rompue

Ce que prouve l’étude scientifique, c'est qu’une modification en haut de la chaîne alimentaire a des effets sur tout le système trophique, du plus visible - les poissons dont se nourrit ce poisson prédateur pullulent - jusqu’aux infimes phytoplanctons et zooplanctons et aux bactéries. Il a même été démontré que la raréfaction de la masse des morues en mer Baltique a eu un effet sur la reproduction de certaines espèces d’oiseaux pêcheurs. 
Par conséquent, la modification du premier maillon d’une chaîne alimentaire peut altérer la chaîne alimentaire à plusieurs échelles. La catastrophe écologique se déploie en cascade. Ainsi, certaines espèces qui ne sont pas encore considérées comme menacées pourraient l’être parce qu’ayant atteint la limite de résilience possible. Au vu de la rapidité des changements globaux, la menace pèsera de plus en plus fort sur la biodiversité, mettant en danger les services qu’elle nous rend.