Ginkgo biloba : l'arbre qui ne meurt jamais

Unique représentant connu à ce jour de la plus vieille famille d’arbres au monde, le ginkgo est extrêmement résistant et paré de nombreuses vertus.

Vianney de la Brosse

Gestionnaire Forestier
Ginkgo biloba : l'arbre qui ne meurt jamais

Naturalisé en Chine, avant d’être exporté au Japon et en Corée au XIIe siècle, plus tard dans le reste du monde, le Ginkgo biloba est un arbre qui n’a pas fini de nous surprendre. Unique représentant connu à ce jour de la plus vieille famille d’arbres au monde, le ginkgo est extrêmement résistant et paré de nombreuses vertus.

Ginkgo biloba, une espèce d’arbre panchronique

On dit du ginkgo biloba qu’il s’agit d’une espèce panchronique ; mais une autre manière de rendre compte de sa particularité est de le traiter de fossile vivant. Cet oxymore peut sembler à première vue déplaisant : qui aimerait être traité de fossile vivant ? Il énonce pourtant bien la chose : le ginkgo biloba est une espèce vivante qui ressemble à d’autres espèces éteintes que l’on ne trouve plus que sous la forme de fossile. Autrement dit, avec un peu plus d’élégance, c’est une espèce relique. Tout cela pourrait donner une mauvaise image de cet arbre extraordinaire, il n’en est rien ! 
C’est tout simplement le seul, l’unique et le dernier représentant de la famille des Ginkgoaceae, division des ginkgophyta. Tout bonnement, il s’agit de la plus ancienne famille d’arbres connue, apparue il y a quelque 270 millions d’années. 40 millions d’années avant que le premier dinosaure soit, Ginkgo était déjà. Cela mérite non seulement le plus grand respect, mais nous rappelle encore les propos d'Emanuele Coccia sur le jardin du monde : les arbres préexistent à la vie animale et en sont la condition sine qua non. 

Le ginkgo biloba, un arbre immortel ?

Si du haut de Ginkgo biloba, 270 millions d’années nous regardent, il se pourrait bien que cette espèce, dont chaque individu peut aisément vivre un millénaire, soit immortelle selon la théorie de la coloniarité émise par Francis Hallé. Ce que le botaniste explique, c’est que les organismes des plantes ne sont pas prévus pour mourir, contrairement aux nôtres, et que, dans de bonnes conditions, ils peuvent vivre sans fin. Quand il leur arrive de mourir, ils ont normalement eu le temps de passer le relais à leurs "clones". C’est ainsi que le Ginkgo que l’on peut voir aujourd’hui dans son élément naturel est à la fois le même et pas tout à fait le même que celui d’il y a 1000, 2000 ou 10 000 ans. Il a peut-être été remplacé par un rejeton, mais celui-ci portant le même génotype, est-il autre ou semblable ? C’est une question que nous laisserons volontiers à la philosophie mais qui ne manquera pas de nous interpeller. Nous-même ne ressemblons pas précisément à l’être que nous étions dix ou vingt ans en arrière, bien que nous portions le même ADN. En d’autres termes, Ginkgo biloba parvient à réconcilier Héraclite et Parménide : il est à la fois le même sans être le même. 
Car si la version sauvage de l’arbre a presque complètement disparu, le spécimen cultivé que nous connaissons l’est depuis au moins mille ans et il est tout en même temps l’arbre fossilisé qui a été retrouvé et l’arbre vivant que l’on peut admirer désormais un peu partout sur Terre. Et sachant que le ginkgo n’a quasiment aucun parasite, n’est pas sensible aux maladies et qu’il résiste à la pollution et à des chocs terribles (il est le seul arbre à avoir survécu à l’explosion nucléaire sur Hiroshima), il est potentiellement immortel, et ne craint que les aléas climatiques ou les attaques humaines. 

Caractéristiques du Ginkgo biloba

Celui que l’on surnomme “l’arbre aux quarante écus” ou encore “l’Abricotier d’argent” est originaire du sud-est de la Chine. Le botaniste allemand Engelbert Kaempfer fut le premier européen à le décrire, à la fin du XVIIe siècle. Ayant rapporté de jeunes pousses de ginkgo aux Provinces-Unies, c’est au jardin botanique d’Utrecht que le premier ginkgo européen a été planté en 1730.
En France, c’est Auguste Broussonnet qui en rapporta le premier pied, lequel fut planté au Jardin des Plantes de Montpellier en 1778, avant qu’une de ses boutures ne prenne pied au Jardin des Plantes de Paris en 1795, deux spécimens toujours vivants et visibles. 
En chinois moderne, ginkgo biloba se traduit abricot d’argent. C’est à ses fruits qu’il doit ce nom, tandis que son surnom d’arbre aux quarante écus, il le doit à M. de Pétigny, botaniste français qui en acquit, en 1788, 5 plants à un botaniste anglais pour la somme de quarante écus chacun !
Cet arbre, principalement planté en Europe pour ses qualités ornementales, peut atteindre 30 à 40 mètres de hauteur. Son écorce est lisse dans sa jeunesse, craquelée et fissurée avec l’âge, variant du brun au gris. Il est très aisément reconnaissable à ses feuilles uniques, deux lobes en forme de palmes, sans nervure centrale, ce qui est une exception parmi les plantes que nous connaissons.
Caduques, elles sont insérées sur les rameaux, au moyen d’un pétiole, par petits groupes de 3 ou 4. A l’automne, elles prennent une couleur dorée qui ravit les yeux, alors qu’en été elles sont d’un vert assez clair, qui scintille au soleil. 
Cet arbre ne possède pas de graines. Les individus mâles portent des chatons de forme cylindrique, et les femelles des ovules. Lorsque l’ovule est fécondé par le pollen d'un ginkgo mâle, c’est au terme d’un processus assez complexe qui requiert que l’ovule soit tombé au sol et ait commencé à pourrir, avec cette odeur très forte et caractéristique de beurre rance qui fait que l’on ne plante que des mâles dans les villes, puis au printemps une jeune pousse en germe, généralement au pied du plant mère.
En ce qui concerne la qualité du terrain, le ginkgo est peu exigeant, mais préfère les sols siliceux ou silico-argileux frais. Ce n’est pas une essence de culture, sinon pour ses propriétés paramédicales. Le ginkgo est donc principalement planté, en Occident, comme arbre d’ornement et à ce titre, les mâles sont favorisés, à cause de l’odeur de putréfaction très forte qui se dégage des ovules tombant au sol à l’automne, et qui ne sont ni des graines ni des fruits, comme on pourrait le croire. 

Usages du Ginkgo biloba

Traditionnellement utilisé en médecine chinoise, notamment pour les flavonoïdes que contiennent les feuilles de ginkgo biloba, il aurait des effets vertueux sur la perte de mémoire, les maux de tête, la maladie d’Alzheimer ou encore les jambes lourdes, tandis que l’ovule aiderait à traiter les troubles respiratoires. 
Toutefois, la médecine moderne explique qu’aucune étude sérieuse n’a fait la preuve des vertus supposées des feuilles ou de ce qui est pris pour la graine de ginkgo. Une étude américaine du National Toxicology Programme, réalisée en 2013 tend, au contraire, à démontrer que l’usage du ginkgo biloba en complément alimentaire pourrait augmenter le risque de contracter un cancer du foie ou un cancer de la thyroïde. 
Il convient donc de faire attention à l’usage des plantes, qui n’est jamais anodin, et il est en tout cas avéré que l’ovule du ginkgo, à l’état cru, est toxique. Que cela ne nous empêche toutefois pas de faire pousser cet arbre, admirable par bien des aspects, à commencer par son esthétique qui en fait un indémodable des jardins et des parcs.